Voici l'histoire de Somalatha, originaire du Sri Lanka. Ce n'est pas son vrai nom et vous allez bientôt comprendre pourquoi. C'est une histoire que beaucoup refuseront de croire qu'elle puisse concerner la Grande Bretagne. Hélas, c'est la réalité. Cela s'est passé récemment.

Somalatha est arrivée en Grande Bretagne à l'âge de 29 ans avec une famille pour laquelle elle travaillait en Jordanie. Elle était employée en tant que domestique. Elle devait effectuer 16 à 18h par jour, et était payée 200 livres (300 €) par mois. Les deux premières années, elle n'a jamais bénéficié d'un seul jour de congé.

Elle n'avait pas le droit de prendre ses repas avec la famille et elle mangeait ce qui restait. S'il n'y avait pas de restes, on lui disait de manger des pommes de terre et des oignons. S'il manquait quelque chose, elle était systématiquement accusée, voire punie.

Somalatha, contrainte de dormir sur un canapé lit dans le séjour, était dérangée chaque fois que quelqu'un rentrait tard. Le vendredi soir, c'était particulièrement pénible car les enfants de la famille, des adolescents, rentraient tard et ramenaient leurs amis, et donc, il lui était impossible de dormir.

Son patron a laissé sciemment expirer son visa. Sans visa, elle ne pouvait ainsi plus s'échapper. Elle demandait régulièrement à son employeur de lui rédiger une lettre pour aller faire renouveler son visa mais cela lui était refusé.

D'après la loi actuelle, des femmes comme Somalatha ont une échappatoire. Mais le gouvernement est sur le point de lui barrer tout moyen de s'en sortir. Au début de l'année 2006, il a déposé un projet de loi modifiant la loi en cours qui propose de classer les immigrés au Royaume-Uni en cinq catégories, selon leurs compétences et les avantages économiques qu'ils sont susceptibles d'apporter au pays.

Ces dispositifs excluent les femmes comme Somalatha. Mais les services de l'immigration ont expliqué à "Anti-Slavery International" (Anti-Esclavage International) – une des trois associations caritatives qui ont reçu des aides cette année à la suite de l'*Appel de Noël de l'"Independent" - que les employées de maison comme Somalatha seront liées à l'employeur avec qui elles sont entrées sur le territoire, et n'auront pas le droit de changer d'employeur quel que soit le traitement qu'il leur inflige.

Ce n'est pas le seul domaine où on constate une aggravation de cette forme moderne d'esclavage en Grande Bretagne. Une loi contre le trafic d'êtres humains et le travail forcé a été votée à la suite de la mort de 23 travailleurs chinois qui ramassaient des coques à marée montante dans la baie de Morecambe en 2004. Mais le commerce de l'exploitation des êtres humains n'a pas cessé pour autant.

Beaucoup de travailleurs immigrés venus d'Europe de l'est qui entrent au Royaume Uni de façon légale à la suite des conventions signées dans le cadre de l'élargissement de l'Union Européenne, sont pris dans les filets d'agents du travail qui les enferment dans une spirale de dettes à laquelle ils ne peuvent pratiquement plus échapper.

"Ces trafiquants exigent des sommes importantes, explique Aidan McQuade, directeur d'Anti-Slavery, en leur faisant miroiter qu'ils pourront les amortir grâce aux salaires élevés qu'ils toucheront une fois au RU. Les honoraires des trafiquants peuvent s'élever entre plusieurs centaines de livres et des milliers de livres et leurs taux d'intérêts sont si élevés qu'en réalité, les travailleurs n'arrivent jamais à rembourser leurs dettes".

Somalatha a été tirée d'affaire par Kalayaan, une organisation caritative qui travaille avec Anti-Slavery International et qui s'occupe d'un centre communautaire qui conseille sur les lois sur l'immigration et le droit du travail. Mais beaucoup d'autres souffrent encore. Après une enquête auprès des clients de Kalaayan, 75% d'entre eux ont déclaré avoir subi des abus psychologiques et pour plus d'un tiers des abus physiques.

Jusqu'à présent, la loi donnait la possibilité d'aider des femmes comme Somalatha, leur permettant de changer d'employeur si elles étaient embauchées à plein temps comme domestiques chez des particuliers. Mais avec la volonté du gouvernement travailliste de faire la chasse à l'immigration, ces dispositions vont bientôt changer et, ainsi, des employées comme Somalatha et les autres n'auront plus le droit de changer d'employeur. Les associations craignent que cela n'incite les employeurs à employer des domestiques au noir, ce qui rendrait celles-ci plus vulnérables aux abus.

"Cela signifie qu'elles vont perdre une possibilité capitale de se défendre contre la violence, les mauvais traitements et l'exploitation" déclare Kate Roberts, qui travaille à Kalayaan.

"Elles vont, de fait, perdre les protections fondamentales du droit du travail en Grande Bretagne, à savoir le droit à un salaire minimum, aux congés payés et aux délais de préavis, parce qu'en pratique, ces femmes sont presque toujours domiciliées chez leur employeur et elles n'intenteront pas d'action en justice tant qu'elles ne se seront pas, comme elles disent, 'enfuies'".

Kalaayan et Anti-Slavery International militent pour le maintien de la loi actuelle, qui permet à ces femmes de quitter leur employeur initial tout en conservant leur statut de travailleurs domestiques migrants. Elle leur permet également de faire une demande de régularisation au bout de quatre ans.

Mais l'exploitation des travailleurs ne se cantonne pas aux travailleurs domestiques. Un syndicat a récemment découvert qu'un groupe d'ouvriers polonais qui travaillaient dans une usine de conditionnement de poulet près d'Exeter habitaient dans une maison non meublée. Ils dormaient sur des matelas, sans draps ni couvertures, et utilisaient une cuisinière électrique dont les fils dénudés étaient enfoncés directement dans la prise. Les trafiquants les avaient menacés de les faire expulser et de leur confisquer deux semaines de salaire s'ils parlaient à quiconque de leurs conditions.

Ces hommes et ces femmes avaient été recrutés en Pologne pour venir en Angleterre avec un permis de travail en règle. Deux hommes d'une agence anglaise de recrutement s'étaient rendus dans une ville au centre de la Pologne pour procéder à des entretiens à l'embauche. Ils promettaient le salaire minimum horaire (4 livres cinquante; 6,75 € env.), un logement pour 25 livres (38 €) par personne par semaine et des tas d'heures supplémentaires. Mais les trafiquants exploitent l'ignorance des lois de leurs victimes et leur incapacité à parler anglais. Ils prélèvent sur leur paie des sommes exorbitantes, pour régler "l'inscription au registre" ou les "prolongements de visas".
Les Polonais (dont plusieurs avaient reçu le même numéro d'assurance sociale) se voyaient déduire des montants énormes, pour s'acquitter d'impôts qui n'ont jamais été reversés au Trésor Public. Ils payaient leur loyer 40 livres (60 €), même s'ils dormaient à même le sol et en dépit du fait que le loyer maximum légal pour ceux qui gagnent le salaire minimum doit être légèrement inférieur à 25 livres.

Ceux qui peuvent échapper à ces moyens de rétorsion sont menacés. Anti-Slavery a rencontré deux Vietnamiens qui ont dû verser 18.000 livres (près de 30.000 €) pour avoir un emploi au Royaume Uni. Ils étaient arrivés en Grande Bretagne avec un permis de travail en règle et devaient toucher 4,95 livres (7,25 €) de l'heure. Mais à leur arrivée, leurs passeports ont été confisqués et ils ont été contraints de travailler deux mois sans rémunération. Pour protester, ils se sont mis en grève. Presque aussitôt, leur famille au Vietnam a été menacée de violences physiques.

Tels sont les dessous sordides de la vie des employés que nous rencontrons dans les services des relais d'autoroutes, qui servent de main d'œuvre temporaire dans les ports, qui travaillent dans les restaurants, les hôtels et les "ongleries" ou qui lavent notre linge. L'esclavage, semble-t-il, se porte bien, même s'il est bien caché, dans la Grande Bretagne du XXI° siècle.

Note:

Le virage à 180 degrés du parti travailliste

1990: Alors dans l'opposition, le Parti travailliste promet d'instaurer une loi pour mettre fin à l'exploitation des employés de maison immigrés.
1998: Une des premières mesures de Tony Blair une fois à la tête du gouvernement est de faire voter une loi qui autorise ces employé(e)s à changer d'employeur, à renouveler leur visa pour prolonger leur séjour, et leur permet d'effectuer une demande de régularisation au bout de 4 ans.
2004: A la suite de la mort des ramasseurs de coques dans la baie de Morecambe, le gouvernement fait voter le "Gangmasters (licensing) Act", un dispositif qui permet d'inscrire la main d'œuvre dans les secteurs de l'agriculture et des coquillages, ainsi que des secteurs du conditionnement et de la transformation des produits.
2006: A la suite de son dossier "Une immigration qui réussisse à la Grande Bretagne", le parti travailliste propose d'annuler les droits des travailleurs domestiques migrants. Il refuse de signer la convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains.

The Independent; 13 January 2007

http://news.independent.co.uk/uk/po...

Note: *"Independent Christmas Appeal": Appel aux dons de lecteurs en période de Noël effectué par le journal britannique l'Independent qui distribue les fonds récoltés à trois organismes caritatifs "méritants".

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Note perso:

Cela ne vous rappelle rien?

Sarko et ses lois sur l'"immigration choisie" et sa chasse à l'enfant;
Sarko qui a repoussé les prostituées dans un coin obscur pour les enlever à la vue des bourgeois et qui les a livrées nues et crues aux trafiquants, qui les a rendues vulnérables aux violences et à la maladie;
Sarko qui veut" supprimer" les sans abri (on se demande bien comment. Nous ne tarderons pas à le savoir si tous les cons qui l'ovationnent actuellement – et dont on fait grand cas - sont réellement majoritaires d'ici quelques semaines. BRRR!).
Sarko "sacré", sarko "intronisé".

J'en passe.

Et l'autre madame-je-sais-tout-je-sais-rien qui veut enfermer les jeunes désorientés dans des camps;
Qui n'a rien contre les lois d'immigration de l'autre puisqu'elle ne se lève même pas pour voter contre, malgré la consigne de son parti (pourtant déjà peu enclin à l'humanisme spontané).

Etc. Je n'y reviens pas. J'ai les doigts qui congèlent sur le clavier, à force.

Et puis:
Le PC qui s'attribue le mouvement des anti-capitalistes;
La LCR frappée de frilosité
Et chacun récupérant ses billes. Peu importe les centaines de milliers qui n'en peuvent plus.

Quant à Bush … Ah, Bush! Eh bien, pas de résistance? Je continue! Même si je ne gagne pas.

Il y a quelque chose de vraiment pourri dans le monde occidental.

Et ce n'est pas aux philosophes auto-proclamés qu'on peut faire confiance pour ranimer la flamme humaniste chez ces clowns au coeur de pierre. Ca non.

Alors, qu'est-ce qu'on fait?

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Dernier communiqué RESF en date:

La famille HADZIKIC est bosniaque, originaire de la partie serbe de la Bosnie-Herzégovine. Mirsad et Jasmina Hadzikic ont fui pendant la guerre et se sont réfugiés en Allemagne plusieurs années durant lesquelles leur deuxième enfant est née. Ils ont ensuite tenté de rentrer chez eux. Ils y ont trouvé la maison familiale détruite et un "accueil" des plus hostiles, ce qui les a contraints à reprendre le chemin de l'exil. C'est ainsi qu'ils sont arrivés en Haute Savoie.

Les aînés sont scolarisés : Amina, 16 ans, est en BEP vente action marchande au lycée des Carillons à Annecy, elle est bien intégrée, a rapidement appris le français et envisage des études longues. Elle bénéficie du soutien de ses enseignants.
Sa soeur, Melisa, 13 ans, a toujours un livre à la main, elle est en 5-ième au collège de Saint Jorioz et est, elle aussi, très appréciée de son entourage. Himzo, 17 mois, est né en France, c'est un petit enjoué et curieux de ce qui l'entoure.

La mère et les trois enfants ont été arrêtés le 3 janvier à leur domicile, en l'absence du père qui est recherché par la police mais se démène pour faire sortir sa femme et ses enfants du centre de rétention de Lyon-Saint Exupéry. Ils n'ont pas pu emporter d'effets personnels, pas même des couches pour le petit. Ils sont logés dans une cellule de 4 lits dont la vétusté et la promiscuité ont été dénoncées par le passé.

Jusqu'où les autorités ont-elles l'intention de pousser l'acharnement contre une famille et des enfants dont la vie a déjà été saccagée par la guerre et plusieurs exils. Monsieur le Préfet de Haute-Savoie et son supérieur le ministre de la Chasse à l'enfant sont-ils réellement obligés de démembrer cette famille et d'ajouter un exil supplémentaire à ceux qu'elle a déjà endurés?

Pour demander qu'Amina, Melisa et Himzo Hadzikic soient libérés et que leurs parents soient régularisés (Envoyer copie à RESF Haute-Savoie 5, rue Paul-Cabaud 74000 ANNECY resf74@yahoo.fr)

prefecture.haute-savoie@haute-savoie.pref.gouv.fr

remi.caron@haute-savoie.pref.gouv.fr (Préfet de Haute-Savoie)

philippe.leraitre@haute-savoie.pref.gouv.fr (directeur de cabinet)

eric.canizares@haute-savoie.pref.gouv.fr (chef du service des étrangers)

Téléphone : 04 50 33 60 00 fax : 04 50 52 90 05

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