Crèches en ruines en Palestine
Par emcee le dimanche 17 décembre 2006, 15:37 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Encore et toujours la main de l’Homme et la puissance de la machine à
écraser. Entre autre, machine US, en l’occurrence. Tiens, tiens.
L’armée israélienne ne fait pas dans le sentimentalisme outrancier:
Palestina delenda est!
Voici un article pioché dans « Dissident Voice » (décidément, on
va finir par remarquer qu’il y a du favoritisme dans l’air).
Traduction de “House Demolitions in the West
Bank”
De Jane Smith, membre d’une organisation internationale de femmes
qui tente d’aider sur place les Palestinien-e-s, grâce à son statut de
« privilégiée ».
Démolition de maisons en Cisjordanie

Les machines à briser des vies
En arrivant dans le village d’Al Funduq, dans le centre de la Cisjordanie,
les effets produits par la destruction de la première maison étaient visibles.
Une famille se tenait sur un amas de gravats, muette et hébétée.
La démolition de la deuxième maison commençait juste et les bulldozers
Caterpillar et Volvo s’enfonçaient dans les murs du 1° étage de la maison
presque terminée. A notre approche, quatre Palestiniens ont franchi en courant
la rangée de soldats israéliens pour entrer dans la maison. Leur courage m’a
profondément émue. Les soldats ont fait sortir les hommes de la maison manu
militari, en tenant l’un d’eux fermement par une prise à la nuque et en passant
à deux autres les menottes qu’ils ont gardées pendant tout le temps qu’a duré
la démolition. En l’espace d’une heure, la maison n’était plus qu’un amas de
gravats. La famille n’avait pu rien faire, si ce n’est regarder leurs années de
travail et d’économies anéanties par l’armée israélienne. Caterpillar and Volvo
tirent des bénéfices de la douleur de cette famille.
Les bulldozers ont fait demi-tour et sont repartis en direction du village.
Entretemps, nous avions été rejoints par 5 autres « internationaux ». Nous
sommes partis devant pour parvenir sur les lieux avant l’arrivée des bulls.
L’armée israélienne, évidemment, cernait déjà le bâtiment. C’était une grosse
bâtisse agricole qui renfermait du bétail. De toute évidence, de l’argent y
avait été investi et nul doute que beaucoup de personnes dépendaient de ce
revenu pour se nourrir. Pendant qu’ils démolissaient un bout du bâtiment,
j’aidais la famille à récupérer quelques affaires à la va-vite.
Sans faire de pause, les bulls et l’armée sont repartis pour le quatrième
site à démolir, dans le village voisin d’Hajja.
Les membres de la nouvelle famille étaient en effervescence. Ils avaient la
volonté de résister. Ils étaient au sommet de la colline et criaient leur
colère à l’armée israélienne. Ils agitaient les bras frénétiquement et criaient
aux voisins de venir les rejoindre pour les aider à résister.
Nous avons traversé le champ en courant et avons gravi la colline
rocailleuse et pleine de buissons épineux pour les aider à lutter pour
conserver leur moyen de subsistance. Quand les gens se sont approchés, l’armée
a commencé à lancer des « *sound bombs ». Cela n’a pas arrêté notre élan
et nous avons rejoint la famille réfugiée contre le mur et la barrière de leur
immense structure agricole. Ils avaient des papiers en dépôt chez leur avocat
qui, espéraient-ils, empêcherait la démolition. Pas étonnant qu’ils aient eu
cette vitalité. Ils avaient une chance infime d’empêcher ce forfait. Ils
avaient besoin de temps.
Et le temps, c’est justement ce qu’on n’a pas quand on vit sous occupation
militaire. Ils tentaient fébrilement d’appeler leur avocat. Nous téléphonions
fénétiquement partout, cherchant à joindre quelqu’un qui nous permettrait de
gagner du temps. Il y avait un sentiment d’inexorabilité dans cette démolition,
les soldats avaient déjà investi les lieux, et les membres de la famille
repliés contre le mur de la bâtisse ont obtenu l’ «autorisation» d’évacuer
quelques animaux. Pour qu’il ne soit pas dit que l’armée israélienne est
inhumaine. Même si, comme la hiérarchie établie entre les êtres humains dans
cette partie du monde, certains « méritent » d’être sauvés et
d’autres non.
Et ce qui devait arriver arriva. L’armée a refusé d’attendre que les
documents officiels arrivent et la démolition a commencé. Il a fallu deux
heures pour détruire entièrement cette bâtisse de plusieurs étages.
Pendant la démolition, un groupe d’environ 10 soldats a traversé le champ où
j’étais. Ils ont lancé une sound bomb et tiré au moins une balle en caoutchouc
sur un groupe de jeunes garçons d’environ 12 ans qui passaient par là. Les
garçons n’étaient pas du tout provocants. Au cours de cette journée, j’ai
oublié le nombre de fois où j’ai crié : « Arrêtez, ne tirez
pas ! ».
La démolition de la dernière maison a été de loin la plus éprouvante. La
famille a subi un terrible choc. Les soldats ont tenté d’empêcher les
internationaux de passer, en pointant leurs armes sur nous.
On ne savait pas bien laquelle des deux maisons était visée par les
bulldozers. Devant la première maison, il y avait plusieurs femmes pétrifiées
qui rassemblaient autour d’elles leurs jeunes enfants. Je songeais à ma soeur
et à ma jolie nièce. Pendant le court instant propice, nous nous sommes
engouffrées dans la maison avec les femmes et les enfants, nous y enfermant à
clé. Et c’est alors que nous avons réalisé ce qui se passait dans la maison
voisine. Les membres de la famille s’étaient installés sur le toit, manifestant
bruyamment leur chagrin. Quatre « internationales » sont restés
auprès des femmes et trois d’entre nous, en évitant les soldats, avons rejoint
la famille sur le toit de leur maison à demi construite.
Je n’oublierai jamais la détresse de cette famille. Sur le toit, quand je
suis arrivée, régnait la confusion la plus totale. Je n’avais aucune idée de ce
qui se passait. Un jeune homme était allongé par terre, immobile, les membres
de la famille essayant de le faire revenir à lui. De temps en temps, il était
pris de convulsions, hurlant de douleur. Un autre homme affalé sur le sol se
tordait frénétiquement. Il fallait sans cesse le tenir éloigné du bord du toit
ouvert. J’étais pratiquement certaine qu’il s’agissait de troubles émotionnels,
mais inconsciemment me revenaient en mémoire les histoires qu’on m’avait
racontées sur l’armée israélienne et sur ces gaz inconnus qu’elle avait
utilisés et qui avaient affaibli les victimes pendant une semaine. J’ai entendu
une explosion, puis un troisième homme s’est mis à hurler en se tenant la
jambe. J’ai pensé qu’on lui avait tiré dessus. C’est la première fois que j’ai
véritablement senti que j’avais peur. Peut-être une balle l’avait-elle frôlé
mais heureusement, il n’était pas touché. Une vieille femme s’est effondrée.
Tout le monde gémissait ou hurlait en invoquant Allah. Le divin s’est
matérialisé sous la forme de secouristes. Les secouristes sont les saints de ce
bas monde. Heureusement, l’armée n’a pas tenté de les empêcher d’entrer dans la
maison.
La situation s’est calmée légèrement pendant un bref instant. Puis les 30
soldats qui étaient déployés autour de la maison, se sont rassemblés. Ils
allaient, de toute évidence, entrer en action. Ce qui n’était pas évident,
c’est ce qu’ils allaient faire.
Ils sont entrés en masse dans la maison. Ils ont grimpé la structure en
béton où l’escalier devait être posé dans cette maison encore en construction.
Me bousculant au passage, ils ont fait redescendre les Palestiniens en les
attrapant et en les poussant. Quatre personnes étaient toujours soignées par
les ambulanciers. Ils les ont soulevées du sol et les ont traînées à
l’extérieur.
Une fois que tout le monde était dehors, l’armée israélienne s’est mise à
lancer des « sound bombs » et à tirer des balles en caoutchouc. Les
bombes explosaient tout autour de l’ambulance et un homme a été touché par une
balle en caoutchouc à un mètre ou deux de l’ambulance.
Certains étaient frappés par les soldats. Qui faisaient tomber les gens par
terre. Qui nous hurlaient leur haine au visage, la salive de l’un d’eux
atteignant le mien.
Au cours de la démolition, les soldats se sont mis à tirer des balles en
caoutchouc sur un groupe essentiellement composé de femmes et d’enfants, qui
devant leur maison, regardaient la scène.
Il s’est passé tellement d’atrocités ce jour-là. Mais c’est cette fusillade
arbitraire qui m’a mise en fureur. Un des soldats avait son arme pointée sur
les femmes. Je lui ai crié d’arrêter le plus fort qu’il m’était alors possible,
mais très clairement. Il m’a regardée. Nos regards se sont croisés pendant un
moment qui m’a semblé une éternité. Il n’a pas tiré. Je suis parfaitement
consciente que la seule raison pour laquelle je peux parvenir à ce résultat,
c’est à cause d’un racisme inhérent et profondément, très profondément ancré.
Heureusement il y a encore des situations où le privilège d’être international
fonctionne.
Trois personnes ont été emmenées à l’hôpital de Qalqiliya, sept dans des
cliniques des environs pour être soignées pour les blessures occasionnées par
les balles en caoutchouc et pour commotion.
Un jeune homme sanglotait, assis sur une pile de gravats qui figuraient
l’avenir de sa famille.
La raison de tout cela ? Une Occupation brutale, raciste et
illégale.
Et si vous voulez entendre les raisons invoquées par l’armée israélienne,
c’est que les Palestiniens ont osé construire sur leur propre terre, dans leur
propre village sans l’autorisation d’Israël.
Quant au fait qu’il est pratiquement impossible d’obtenir des permis de
construire, c’est une autre histoire.
Si vous voulez en savoir davantage sur les démolitions et les
permis, voir ici : www.btselem.org et www.icahd.org (en anglais).
- sound bomb: sorte de grenade qui explose en
faisant un bruit épouvantable. Elle ne tue pas, mais elle peut occasionner
d'énormes dégâts physiques et / ou psychologiques, en particulier chez les
sujets fragiles
Jane Smith travaille actuellement pour l’
«International Women's Peace Service » en
Cisjordanie. IWPS est une association de solidarité qui rend compte et
intervient dans les violations des droits humains. Le 22 novembre, l’IWPS a été
appelé dans le cadre de démolitions de maisons dans les villages de Al Funduq
et Hajja.
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NOTES
IWPS :
http://members.freespeech.org/women...
(anglais)
http://www.iwps-pal.org/fr/aboutus/...
(français)
- For photos and video of the demolition go to www.rainbow70.blogspot.com et www.youtube.com/watch?v=9UHAcun3qaU....
http://www.cybersolidaires.org/mond...
Vidéo: Jenine, Jenine
http://video.google.com/videoplay?d...

Oliviers détruits par malveillance en Palestine.
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