Irak : tout doit disparaître
Par emcee le samedi 9 décembre 2006, 20:19 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Traduction de “Business Is the Next Big Casualty in
Iraq”, article paru dans “alternet”
De Dahr Jamail et Ali Al-Fadhily, IPS News.
Prochaine grande victime en Irak : le
commerce
4 décembre, 2006
http://www.alternet.org/waroniraq/4...
La plupart des entreprises irakiennes se sont écroulées sous le poids des
lois économiques édictées par les Américains, l’effondrement de la sécurité, le
manque d’électricité et de carburant et une inflation galopante.
«L’Irak a hérité des lois d’investissement étrangères que voulaient imposer
depuis longtemps les grands groupes américains» dit Antonia Juhasz, une
universitaire qui enseigne actuellement à l’institut des études politiques de
Washington.
Juhasz explique que les nouvelles législations, qui faisaient partie des 100
ordonnances de Brenner établies par l’ancien administrateur civil US, Paul
Brenner, quand il était à la tête de l'Autorité Provisoire de la Coalition
(CPA, Coalition Provisional Authority) au cours de la première année de
l’occupation, ont procuré aux groupes US une multitude d’avantages.
Parmi ces avantages : le rapatriement intégral des bénéfices réalisés
en Irak par les entreprises étrangères ; la cession à des groupes
étrangers de toutes les entreprises irakiennes, y compris les banques; la
privatisation de l’ensemble du secteur public irakien ; l’immunité
juridique totale aux occupants et à leurs sous-traitants en Irak ; et le
« traitement national » qui exclut pendant des années les Irakiens de
la reconstruction tandis que le gouvernement US offrait 50 milliards de dollars
à quelque 150 entreprises américaines pour venir travailler en Irak.
« Les entreprises américaines ont alors envahi l’Irak » raconte
Juhasz. «Beaucoup d’entreprises avaient les yeux braqués sur la privatisation
en Irak, rendue possible par le même Brenner, ce qui explique leur intérêt pour
des ‘remaniements importants’ plutôt que pour le rétablissement des
institutions du pays».
Contrairement à ce qui se passait dans le système politique précédent, où
les entreprises recevaient des aides importantes de l’Etat, qui s’inspirait du
modèle socialiste, et où le gouvernement permettait aux Irakiens de créer leur
propres usines ou ateliers en leur accordant des aides diverses et
variées.
Les entreprises recevaient des prêts à faibles taux d’intérêts et étaient
autorisées à transférer de l’argent à l’étranger. Elles avaient la possibilité
de s’implanter sur des terrains appartenant à l’Etat. Les lois administratives
facilitaient la création d’entreprise, et c’est ainsi que beaucoup de petits
secteurs d’activité ont vu le jour un peu partout au cours des années 70 et
80.
Les industries importantes en Irak comme celles des produits pétroliers, des
phosphates et du ciment, ou le secteur militaire, étaient pour la plupart, sous
le régime précédent, gérées par l’Etat. Les compagnies étrangères avaient le
droit, sous le contrôle de l’Etat, de construire des usines quand s’est
développée en Irak une plus grande industrialisation.
Cette tendance à la croissance s’est inversée au cours des années 90 quand
l’ONU, poussée par les Etats-Unis, a imposé à l’Irak des sanctions économiques.
Ces sanctions ont fait chuter le dinar irakien et ont empêché la population
d’acheter des biens et des services. La situation économique s’est encore
aggravée lors de l’invasion menée par les Etats-Unis où la plupart des usines
ont cessé de tourner. Beaucoup ont été bombardées, quant aux autres, les
ouvriers ne s’y rendaient plus. Après l’invasion, plusieurs ont été pillées et
n’ont plus pu repartir.
Certains commerces privés ont tenu davantage mais à la fin, les problèmes de
sécurité, l’absence d’électricité et de combustible, un taux d’inflation énorme
(70%) et le manque de sécurité dans les transports ont forcé beaucoup d’entre
elles à fermer. Le taux de chômage est estimé actuellement à plus 50%, mais le
plupart des gens pensent que la situation est bien pire.
Des milliers de propriétaires d’usines et de commerces ont revendu ce qu’ils
ont pu et se sont enfuis dans des pays voisins. Et ceux qui ne l’ont pas fait
le regrettent maintenant amèrement.
« J’employais plus de 30 salariés dans mon usine de plastiques et ça
marchait bien avant l’occupation », raconte Abbas Ali à Bagdad, «On ne peut
plus travailler à l’heure actuelle et il a fallu que je reprenne mon ancien
emploi de professeur. On m’avait offert 200 000 dollars pour racheter mon
entreprise et maintenant elle ne vaut plus rien. Je m’en veux de ne pas l’avoir
vendue pour fuir le pays, comme certains de mes collègues qui sont actuellement
à l’abri en Syrie».
Et pourtant il y a encore des aciéries, des fabriques de textiles et
d’autres usines qui continuent de produire ce qu’elles peuvent.
Kais al-Nazzal a construit une ensemble d’aciéries à environ 60 kms de
Bagdad, près de Fallujah et il se démène pour continuer à les faire fonctionner
« Nous avons fait venir le matériel le plus performant pour le traitement
de l’acier et nous avons dépensé des millions de dollars pour construire des
bâtiments modernes qui répondent aux normes internationales » dit Kais
al-Nazzal « Nous avons réussi à poursuivre pendant toute la période de
l’occupation, mais il faut reconnaître que nous rencontrons d’énormes
difficultés à cause des perturbations récentes dans le pays qui ont occasionné
des pertes considérables ».
Les études locales annoncent un taux de chômage de 85% dans le secteur
industriel.
Quant aux 15% restants, beaucoup sont salariés d’usines gérées par l’Etat et
sont payés même s’ils ne produisent rien.
“Nous essayons de travailler un peu mais la situation ne nous y encourage
pas ; nous devrons attendre, semble-t-il, qu’un miracle se produise »
déclare le directeur d’une cimenterie d’Etat à la périphérie de
Bagdad.
Le bourbier économique et commercial dans lequel se trouve l’Irak
aujourd’hui est flagrant dans les marchés de la capitale.
Environ 80% des produits manufacturés du pays étaient distribués avant
l’invasion et l’occupation sur le marché Shoria au centre de Bagdad. Ce marché
de gros est un bazar installé dans des rues étroites où des centaines de petits
commerçants étalent leurs marchandises.
«Il n’y a plus de production irakienne» explique Johar Aziz à IPS,
distributeur d’articles en matière plastique. «Il y avait des produits
fabriqués en Irak partout au cours du quart de siècle qui a précédé
l’occupation, mais maintenant nous ne vendons plus que des produits importés de
très mauvaise qualité, et les gens sont obligés d’en acheter parce qu’il n’y a
rien d’autre».
D’autres marchés à Bagdad subissent une crise semblable, comme l’espace
Samarraii pour les pneus, le marché Jamila pour les fruits et légumes et le
marché Sinaa pour les ordinateurs.
Les principaux centres commerciaux comme ceux de Saadoon Street et de
Rasheed Street ainsi que le quartier Mansour, autrefois prestigieux, et le
district Karrada ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient. «Les magasins
étaient ouverts au moins seize heures par jour mais actuellement, nous
n’ouvrons que quelques heures à cause des risques», dit Duraid Abdullah, un
commerçant en électroménager. «Nous courons toutes sortes de risques depuis le
kidnapping crapuleux ou sectaire jusqu’à l’expulsion de nos commerces par des
factions soutenues par les forces gouvernementales».
Un entrepreneur qui possédait autrefois une petite fabrique de textiles qui
a fait faillite a déclaré qu’il n’avait jamais pensé que l'arrivée des
Américains nuirait aux affaires.
«L’image du Japon après la Seconde Guerre mondiale était présente à l’esprit
des entrepreneurs en Irak après l’occupation», explique-t-il. «La plupart
d’entre nous pensions que l’invasion de l’Irak était néfaste pour de multiples
raisons mais qu’elle était sans aucun doute bénéfique pour les affaires en
général et le secteur industriel en particulier. Nous nous sommes complètement
trompés. L’économie irakienne était vouée à la destruction pour des raisons
politiques».
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Lire aussi (très intéressant) :
http://www.cetim.ch/fr/intervention...
Extrait :
Résumé
En dépit du fait que la coalition anglo-étasunienne n'avait strictement
aucun droit sur l'Irak et ses ressources en tant que force occupante
conformément au droit international, elle a privatisé l'ensemble de l'économie
de ce pays souverain, puis l'a livré aux sociétés étrangères, sous couvert de
la politique de reconstruction. L'administrateur civil de l'autorité provisoire
de la coalition, Paul Bremer, a édicté durant ses 13 mois de pouvoir 100
ordonnances (Coalition Provisional Authority Orders) qui font maintenant office
de nouvelles lois nationales et traitent aussi bien des investissements privés,
que des privatisations du secteur public ou des brevets sur le vivant. Le
peuple irakien n’a jamais été consulté.
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Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond sur cette planète.

Commentaires
Dès avant l'invasion, la grande idée était l'appropriation privée des entreprises et ressources irakiennes. Ceux qui ne suivaient pas les diktats des USA allaient, il était alors clair, être exclus du partage du gateau une fois l'Irak "libérée"...Ensuite, on a pu assister à l'ignoble pantalonnade des pays qui furent opposés à l'attaque de l'Irak, exemple de la France qui se plaignait d'être exclue dudit partage (pillage)...
Je ne sais pas ce qui ne tourne pas rond, mais je peux dire ce qui tourne rond: le grand principe capitaliste qui veut, partout et pour tout le monde, qu'une petite partie des habitants de cette terre s'approprie une très grande partie du bien commun.
je suis bien d'accord, bert, et dire qu'il y a encore un pourcentage effarant d'Américains qui soutiennent toujours la guerre en Irak: ou bien les sondages sont de l'intox (ce qui ne serait pas surprenant), ou bien ils ont créé une nation d'analphabètes anesthésiés à Fox News incapables de se cultiver par eux-mêmes (ils sont pourtant branchés ouèbe) - et ce serait bien triste... et effrayant.
Parce que notre tour viendra et assez vite. Si ce n'est déjà fait.
Il n'y a qu'à voir le souk médiatique autour de la présidentielle..
Je pense que de nombreuses personnes sont prêtes à accepter la guerre en Irak pour les raisons suivantes:
1) pas de conscription, donc pas de guerre pour beaucoup de familles, pas d'"état de guerre" aux USA, où de nombreux commentateurs le font souvent remarquer.
2) la présentation de cette guerre comme étant livrée "au terrorisme", donc justifiée, au pire comme "un moindre mal".
3) l'humiliation nationale, dans un pays très patriote et nationaliste, que représente la déroute actuelle.
La première et la troisième raison sont "américaines", mais la seconde concerne aussi les européens, à qui on sert le même couplet, il s'agit principalement d'une "guerre au terrorisme".
Quant à la privatisation du conflit, le meileur exemple en est que les mercenaires (appelés "contractants"...) sont aussi nombreux que les troupes militaires. La guerre elle même a été privatisé...
Excellente analyse.