Ne te demande pas pour qui ils construisent ce mur.

(Ils le construisent pour toi)

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Des milliers de kilomètres de frontière à "sécuriser".L'administration Bush dilapide les deniers publics pour donner des chantiers pharaoniques à des entreprises militaires

Le président a signé la loi permettant d’isoler le Mexique des Etats-Unis. Ce message au Mexique est aussi sympathique que si vous décidiez d’installer du fil de fer barbelé, des caméras de surveillance et une clôture électrique entre votre maison et celle de votre voisin. C’est le message de remerciement qu’envoie George Bush à Vicente Fox, le président mexicain sortant, pro américain, qui a mis dans la balance sa crédibilité politique en garantissant dans son programme électoral que son « amitié » avec George Bush éviterait la construction de ce mur. On aurait pu vous prévenir, Monsieur Fox, George Bush n’a pas d’ «amis», sauf ceux qui lui servent, et un futur ex-président ne vaut pas la peine de se fatiguer.

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Un mur infranchissable

Ce projet de fermeture de la frontière, qui pourrait atteindre au final la somme de 9 milliards de dollars, n’est qu’un fromage octroyé à des entreprises militaires comme Boeing. Cette barrière électronique ultraperformante va d’abord s'étirer sur un millier de kilomètres et, si le projet est complètement mené à son terme, elle devrait clôturer toute la frontière sud des USA. C’est la version étasunienne du mur de Berlin, de la grande muraille de Chine et du mur de séparation d’Israël avec la Palestine.

Les racistes se frottent les mains, mais le big business est effondré

Si les xénophobes les plus acariâtres répartis dans les 50 états se réjouissent de la construction de ce mur, Wall Street soi–même est effaré par la décision du gouvernement

Les secteurs de l’agroalimentaire, des services et du bâtiment, les industriels qui dépendent du travail à la chaîne, tous comptent sur le travail des clandestins, pour, non seulement disposer de main d’œuvre bon marché et vulnérable, mais aussi pour faire baisser les salaires des salariés nationaux … c à d pour faire baisser les salaires de nombre de ces mêmes xénophobes acariâtres qui applaudissent actuellement des deux mains.

Ce que voulait Wall Street, ce n’était pas un « mur » pour stopper l’immigration clandestine mais un programme de « travailleurs invités », euphémisme qui permettait aux entreprises d’exploiter en toute légalité tout un vivier de main d’œuvre bon marché (qui servirait aussi à maintenir les salaires sur place à un niveau bas) puis de renvoyer dans leur pays les travailleurs « invités », handicapés à la suite d’une blessure ou au bout du rouleau.

C’est une sorte de féodalisme “amélioré”, revu et corrigé pour coller au capitalisme mondialisé : la notion de salaire de misère est la même mais les serfs sont des marchandises qui ne restent pas entreposées sur le territoire en permanence.

Barrage en prévision des déplacements de masse dus au changement climatique

Outre les facteurs économiques, raciaux, ethniques et religieux qui stimulent l’hystérie anti-immigration, ce Mur est aussi destiné à constituer un barrage en prévision des déplacements massifs de populations dus au réchauffement climatique. La désertification des régions proches de l’Equateur de l’hémisphère occidental (de même que les perturbations dans les périodes de pousse en Europe, en Afrique, en Australie et en Asie) va entraîner des bouleversements énormes en matière de démographie mondiale et provoquer la migration de populations faméliques et aux abois à la recherche d’eau et de climat tempéré.

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Tous pris au piège

Quant à nous qui habitons au nord du mur qui sépare le Mexique et les Etats-Unis, quelque chose d’autre devrait nous interpeller, quelque chose qui dépasse la simple cruauté de cette volonté de laisser le reste du monde à la porte.
Pour qui d’autre ce mur va-t-il être construit ? En effet, il servira peut-être à barrer l’entrée au basané qui cherche à venir aux Etats-Unis pour gagner sa pitance. Mais les murs ont deux côtés et ce qui sert à laisser dehors les intrus sert également à maintenir à l’intérieur ceux qui sont dedans. Cela soulève la question dérangeante, que se posent inconsciemment certains : où vous rendriez-vous, et par quel moyen, si vous vous sentiez menacé par votre propre gouvernement ?

Ca n'arrive pas qu'aux autres

Ceux qui estiment que c’est de la paranoïa devraient se rappeler qu’entre 1932 et 1939 en Allemagne sous la république de Weimar, qu’il n’y avait qu’une fenêtre étroite pour laisser le passage à ceux qui étaient marqués au fer rouge et qui voulaient fuir le pays, même en n’emportant que les vêtements qu’ils avaient sur le dos. Nombreux étaient ceux qui pensaient que leur propre pays, l’Allemagne, qui faisait partie des pays les plus « civilisés » de tous les temps, ne pouvait pas faire ce qu’il a fait et ils sont morts à cause de leur imprévoyance.

Des millions de personnes dans le monde ont connu ce que c'est que vivre dans un endroit d’où on ne peut pas partir. Mais beaucoup d’Américains sont trop gâtés.

Si vous n’avez pas été Indien, acculé dans une réserve par la force des baïonnettes, ou Noir, à l’époque de l’esclavage ou des lois Jim Crow, ou immigré venu de Chine ou des Philippines lors de la Conquête de l’Ouest, ou Japonais résidant à l’ouest des Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale, ou immigré venu d’un pays du Moyen Orient, vous n’avez pas encore eu à vous intéresser aux camps de concentration, aux gouvernements totalitaires et aux rafles qui vous conduisent en captivité à durée indéterminée.

En 1935, Sinclair Lewis publiait un roman appelé “Ca n’arrivera jamais ici”. Il s’agit d’une chronique de la vie en Amérique au cas où l’impensable se produirait et où un gouvernement théocratique et totalitaire régenterait nos vies. Pourquoi cela n’arriverait-il pas ici quand cela s’est produit partout ailleurs ? Et si cela arrivait, que feriez-vous ? Vous pourriez vous déplacer au sein du pays jusqu’à ce qu’on s’aperçoive de votre insoumission et alors, où iriez-vous et comment vous y rendriez vous?

Guantanamo

Pour qui les USA ont-ils construit le camp de Guantanamo ? Si c’est un camp de concentration utilisé pour détenir illégalement des prisonniers, c’est également un outil psychologique : son existence même rappelle à ceux qui ne sont pas américains, que, où qu’ils soient, l’Oncle SAM a le pouvoir de les kidnapper, de leur faire faire le tour du monde en avion, de les torturer et s’en laver les mains ensuite, si, d’aventure, ils « ne restaient pas à leur place ».

Mais Guantanamo a été construit pour d’autres également.

Il a été construit pour vous et pour moi.

Non pas que les Américains seraient effectivement incarcérés à Guantanamo – cela ne sera pas nécessaire parce qu’avec l’adoption des nouvelles lois soutenues de concert par les législateurs Démocrates et Républicains, les citoyens américains n’auront peut-être plus la possibilité de se prévaloir de l’Habeas Corpus s’ils sont désignés comme «ennemis du peuple». Qu’est-ce qui interdira de vous expédier vers un de ces « sites noirs » de la CIA pour vous interroger ou pour vous faire tout simplement disparaître ? Qui serait au courant? Qui réagirait ou aurait la possibilité de réagir contre cela?

Guantanamo, c’est plus qu’un camp de prisonniers. C’est l’état d’esprit dans l’Amérique du XXI° siècle, un message pas trop subtil au peuple américain pour lui dire que son propre gouvernement est cruel au point de prendre des mesures radicales telles que la torture et l'internement arbitraire à durée indéterminée.

Guantanamo n’est pas un cul-de-basse-fosse confidentiel, au contraire, à l’origine, on voulait que l’existence de cet endroit soit de notoriété publique. Vous et moi sommes censés avoir entendu parler de cet endroit et savoir que notre propre gouvernement exhibe effrontément les droits constitutionnels, les droits civils et les codes de conduite internationaux.
Guantanamo est le message de ce gouvernement aux citoyens américains pour qu’ils ne disent rien, baissent la tête et n’arrêtent pas de ramer pour faire avancer la galère.

Guantanamo est le message psychologique et politique à l’Amérique comme celui qu’avait envoyé Crassus à l’Empire Romain en 71 av. JC quand il a fait crucifier 6000 esclaves de Spartacus et exposer leurs corps à la vue de tous le long de la Voie Appia en guise d’avertissement à tous les autres.

Quelle Amérique la caste de féodaux veut-elle créer?

Malgré la promotion de «valeurs» et les discours sur la foi et la religion, ils font de l’Amérique une nation impériale de conquistadors, dominatrice, pragmatique, cruelle, et compétitive, conforme à la face cachée de l’histoire de l'Amérique depuis Christophe Colomb.

Beaucoup de ceux à l’extrême droite de l’échiquier politique, la caste anti-démocrate des « Gentlemen d’élite », pensent que les Américains se sont «ramollis», sont devenus trop mous pour préserver la supériorité de l’Amérique au niveau mondial ; Ils se moquent bien qu’une militante pour la paix comme Rachel Corrie ait été écrasée par un bulldozer en voulant protéger la maison et le foyer d’opprimés ; ils se moquent bien qu’un journaliste militant, Brad Will, ait été descendu par la police et les services secrets gouvernementaux à Oaxaca, au Mexique. Les « Gentlemen d’élite » de la caste dirigeante américaine n’ont nul besoin de « gentils », ni de héros ou d’héroïnes, ni de ceux qui prônent la bienveillance et la justice pour l’humanité entière. Ils ont besoin simplement de meilleurs soldats. Il leur faut pour leurs galères des rameurs qui soient plus forts, plus productifs, plus agressifs et plus énergiques. Tout comme on bat un chien pour le rendre agressif, ils veulent battre le peuple américain (au niveau psychologique, économique, politique et légal) pour les rendre aussi méchants et fidèles à leur maître qu’un chien méchant.

Si la criminalité augmente, c’est bon. Si l’agressivité au volant augmente, c’est bon. Si le tissu social s’effiloche, c’est bon. Si les gens ont peur de l’avenir, s’ils ont faim, s’ils sont incultes, s’ils perdent leurs indemnités de départ à la retraite, s’ils perdent leur couverture sociale, s’ils se méfient de leurs amis et de leurs voisins, c’est bon. C’est le traitement des camps de redressement, l’enrégimentement et la militarisation de la nation toute entière. C’est le durcissement délibéré de la société. Si les Américains apprennent à Haïr, à désigner des Boucs Emissaires, à agir par Conviction Religieuse plutôt que de se laisser guider par la Raison, à ne se fier et à se conformer qu’à la Parole Officielle, à cultiver la Peur et l’Agressivité puis la diriger sur ordre, ça, c’est vraiment bon.

On nous enferme derrière une haute muraille au-delà de laquelle se trouvent des êtres humains, la connaissance et l’information. Nous sommes dans une prison de l’esprit, à défaut d’être dans une véritable prison.

Amérique, ne te demande pas pour qui on construit le Mur. C’est pour toi qu’on le construit.

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NB: les titres et les illustrations dans l'article ont été ajoutés.

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Source: http://www.atlasmagazine.com/photo/...

Franchir la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis deviendra encore plus difficile et périlleux. Ici, des passeurs attendent le moment propice pour faire traverser un groupe de Mexicains.