Dehors, tout le monde, on ferme !
Par emcee le dimanche 26 novembre 2006, 21:42 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Traduction de: Ask Not For Whom the Wall is Built. (It's Built For
You)
de Zbignew Zingh

Empêcher les Mexicains de franchir la frontière coûte que
coûte
November 4, 2006
Ne te demande pas pour qui ils construisent ce
mur.
(Ils le construisent pour toi)

Des milliers de kilomètres de frontière à
"sécuriser".L'administration Bush dilapide les deniers publics pour
donner des chantiers pharaoniques à des entreprises militaires
Le président a signé la loi permettant d’isoler le Mexique des Etats-Unis.
Ce message au Mexique est aussi sympathique que si vous décidiez d’installer du
fil de fer barbelé, des caméras de surveillance et une clôture électrique entre
votre maison et celle de votre voisin. C’est le message de remerciement
qu’envoie George Bush à Vicente Fox, le président mexicain sortant, pro
américain, qui a mis dans la balance sa crédibilité politique en garantissant
dans son programme électoral que son « amitié » avec George Bush
éviterait la construction de ce mur. On aurait pu vous prévenir, Monsieur Fox,
George Bush n’a pas d’ «amis», sauf ceux qui lui servent, et un futur
ex-président ne vaut pas la peine de se fatiguer.

Un mur infranchissable
Ce projet de fermeture de la frontière, qui pourrait atteindre au final la
somme de 9 milliards de dollars, n’est qu’un fromage octroyé à des entreprises
militaires comme Boeing. Cette barrière électronique ultraperformante va
d’abord s'étirer sur un millier de kilomètres et, si le projet est complètement
mené à son terme, elle devrait clôturer toute la frontière sud des USA. C’est
la version étasunienne du mur de Berlin, de la grande muraille de Chine et du
mur de séparation d’Israël avec la Palestine.
Les racistes se frottent les mains, mais le big business est
effondré
Si les xénophobes les plus acariâtres répartis dans les 50 états se
réjouissent de la construction de ce mur, Wall Street soi–même est effaré par
la décision du gouvernement
Les secteurs de l’agroalimentaire, des services et du bâtiment, les
industriels qui dépendent du travail à la chaîne, tous comptent sur le travail
des clandestins, pour, non seulement disposer de main d’œuvre bon marché et
vulnérable, mais aussi pour faire baisser les salaires des salariés nationaux …
c à d pour faire baisser les salaires de nombre de ces mêmes xénophobes
acariâtres qui applaudissent actuellement des deux mains.
Ce que voulait Wall Street, ce n’était pas un « mur » pour stopper
l’immigration clandestine mais un programme de « travailleurs invités »,
euphémisme qui permettait aux entreprises d’exploiter en toute légalité tout un
vivier de main d’œuvre bon marché (qui servirait aussi à maintenir les salaires
sur place à un niveau bas) puis de renvoyer dans leur pays les travailleurs
« invités », handicapés à la suite d’une blessure ou au bout du
rouleau.
C’est une sorte de féodalisme “amélioré”, revu et corrigé pour coller au
capitalisme mondialisé : la notion de salaire de misère est la même mais
les serfs sont des marchandises qui ne restent pas entreposées sur le
territoire en permanence.
Barrage en prévision des déplacements de masse dus au changement
climatique
Outre les facteurs économiques, raciaux, ethniques et religieux qui
stimulent l’hystérie anti-immigration, ce Mur est aussi destiné à constituer un
barrage en prévision des déplacements massifs de populations dus au
réchauffement climatique. La désertification des régions proches de l’Equateur
de l’hémisphère occidental (de même que les perturbations dans les périodes de
pousse en Europe, en Afrique, en Australie et en Asie) va entraîner des
bouleversements énormes en matière de démographie mondiale et provoquer la
migration de populations faméliques et aux abois à la recherche d’eau et de
climat tempéré.

Tous pris au piège
Quant à nous qui habitons au nord du mur qui sépare le Mexique et les
Etats-Unis, quelque chose d’autre devrait nous interpeller, quelque chose qui
dépasse la simple cruauté de cette volonté de laisser le reste du monde à la
porte.
Pour qui d’autre ce mur va-t-il être construit ? En effet, il servira
peut-être à barrer l’entrée au basané qui cherche à venir aux Etats-Unis pour
gagner sa pitance. Mais les murs ont deux côtés et ce qui sert à laisser dehors
les intrus sert également à maintenir à l’intérieur ceux qui sont dedans. Cela
soulève la question dérangeante, que se posent inconsciemment certains :
où vous rendriez-vous, et par quel moyen, si vous vous sentiez menacé par votre
propre gouvernement ?
Ca n'arrive pas qu'aux autres
Ceux qui estiment que c’est de la paranoïa devraient se rappeler qu’entre
1932 et 1939 en Allemagne sous la république de Weimar, qu’il n’y avait qu’une
fenêtre étroite pour laisser le passage à ceux qui étaient marqués au fer rouge
et qui voulaient fuir le pays, même en n’emportant que les vêtements qu’ils
avaient sur le dos. Nombreux étaient ceux qui pensaient que leur propre pays,
l’Allemagne, qui faisait partie des pays les plus « civilisés » de
tous les temps, ne pouvait pas faire ce qu’il a fait et ils sont morts à cause
de leur imprévoyance.
Des millions de personnes dans le monde ont connu ce que c'est que vivre
dans un endroit d’où on ne peut pas partir. Mais beaucoup d’Américains sont
trop gâtés.
Si vous n’avez pas été Indien, acculé dans une réserve par la force des
baïonnettes, ou Noir, à l’époque de l’esclavage ou des lois Jim Crow, ou
immigré venu de Chine ou des Philippines lors de la Conquête de l’Ouest, ou
Japonais résidant à l’ouest des Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale,
ou immigré venu d’un pays du Moyen Orient, vous n’avez pas encore eu à vous
intéresser aux camps de concentration, aux gouvernements totalitaires et aux
rafles qui vous conduisent en captivité à durée indéterminée.
En 1935, Sinclair Lewis publiait un roman appelé “Ca n’arrivera jamais
ici”. Il s’agit d’une chronique de la vie en Amérique au cas où
l’impensable se produirait et où un gouvernement théocratique et totalitaire
régenterait nos vies. Pourquoi cela n’arriverait-il pas ici quand cela s’est
produit partout ailleurs ? Et si cela arrivait, que feriez-vous ?
Vous pourriez vous déplacer au sein du pays jusqu’à ce qu’on s’aperçoive de
votre insoumission et alors, où iriez-vous et comment vous y rendriez
vous?
Guantanamo
Pour qui les USA ont-ils construit le camp de Guantanamo ? Si c’est un
camp de concentration utilisé pour détenir illégalement des prisonniers, c’est
également un outil psychologique : son existence même rappelle à ceux qui
ne sont pas américains, que, où qu’ils soient, l’Oncle SAM a le pouvoir de les
kidnapper, de leur faire faire le tour du monde en avion, de les torturer et
s’en laver les mains ensuite, si, d’aventure, ils « ne restaient pas à
leur place ».
Mais Guantanamo a été construit pour d’autres également.
Il a été construit pour vous et pour moi.
Non pas que les Américains seraient effectivement incarcérés à Guantanamo –
cela ne sera pas nécessaire parce qu’avec l’adoption des nouvelles lois
soutenues de concert par les législateurs Démocrates et Républicains, les
citoyens américains n’auront peut-être plus la possibilité de se prévaloir de
l’Habeas Corpus s’ils sont désignés comme «ennemis du peuple». Qu’est-ce qui
interdira de vous expédier vers un de ces « sites noirs » de la CIA
pour vous interroger ou pour vous faire tout simplement disparaître ? Qui
serait au courant? Qui réagirait ou aurait la possibilité de réagir contre
cela?
Guantanamo, c’est plus qu’un camp de prisonniers. C’est l’état d’esprit dans
l’Amérique du XXI° siècle, un message pas trop subtil au peuple américain pour
lui dire que son propre gouvernement est cruel au point de prendre des mesures
radicales telles que la torture et l'internement arbitraire à durée
indéterminée.
Guantanamo n’est pas un cul-de-basse-fosse confidentiel, au contraire, à
l’origine, on voulait que l’existence de cet endroit soit de notoriété
publique. Vous et moi sommes censés avoir entendu parler de cet endroit et
savoir que notre propre gouvernement exhibe effrontément les droits
constitutionnels, les droits civils et les codes de conduite
internationaux.
Guantanamo est le message de ce gouvernement aux citoyens américains pour
qu’ils ne disent rien, baissent la tête et n’arrêtent pas de ramer pour faire
avancer la galère.
Guantanamo est le message psychologique et politique à l’Amérique comme
celui qu’avait envoyé Crassus à l’Empire Romain en 71 av. JC quand il a fait
crucifier 6000 esclaves de Spartacus et exposer leurs corps à la vue de tous le
long de la Voie Appia en guise d’avertissement à tous les autres.
Quelle Amérique la caste de féodaux veut-elle créer?
Malgré la promotion de «valeurs» et les discours sur la foi et la
religion, ils font de l’Amérique une nation impériale de conquistadors,
dominatrice, pragmatique, cruelle, et compétitive, conforme à la face cachée de
l’histoire de l'Amérique depuis Christophe Colomb.
Beaucoup de ceux à l’extrême droite de l’échiquier politique, la caste
anti-démocrate des « Gentlemen d’élite », pensent que les Américains se
sont «ramollis», sont devenus trop mous pour préserver la supériorité
de l’Amérique au niveau mondial ; Ils se moquent bien qu’une militante
pour la paix comme Rachel Corrie ait été écrasée par un bulldozer en voulant
protéger la maison et le foyer d’opprimés ; ils se moquent bien qu’un
journaliste militant, Brad Will, ait été descendu par la police et les services
secrets gouvernementaux à Oaxaca, au Mexique. Les « Gentlemen
d’élite » de la caste dirigeante américaine n’ont nul besoin de
« gentils », ni de héros ou d’héroïnes, ni de ceux qui prônent la
bienveillance et la justice pour l’humanité entière. Ils ont besoin simplement
de meilleurs soldats. Il leur faut pour leurs galères des rameurs qui soient
plus forts, plus productifs, plus agressifs et plus énergiques. Tout comme on
bat un chien pour le rendre agressif, ils veulent battre le peuple américain
(au niveau psychologique, économique, politique et légal) pour les rendre aussi
méchants et fidèles à leur maître qu’un chien méchant.
Si la criminalité augmente, c’est bon. Si l’agressivité au volant augmente,
c’est bon. Si le tissu social s’effiloche, c’est bon. Si les gens ont peur de
l’avenir, s’ils ont faim, s’ils sont incultes, s’ils perdent leurs indemnités
de départ à la retraite, s’ils perdent leur couverture sociale, s’ils se
méfient de leurs amis et de leurs voisins, c’est bon. C’est le traitement des
camps de redressement, l’enrégimentement et la militarisation de la nation
toute entière. C’est le durcissement délibéré de la société. Si les Américains
apprennent à Haïr, à désigner des Boucs Emissaires, à agir par Conviction
Religieuse plutôt que de se laisser guider par la Raison, à ne se fier et à se
conformer qu’à la Parole Officielle, à cultiver la Peur et l’Agressivité puis
la diriger sur ordre, ça, c’est vraiment bon.
On nous enferme derrière une haute muraille au-delà de laquelle se trouvent
des êtres humains, la connaissance et l’information. Nous sommes dans une
prison de l’esprit, à défaut d’être dans une véritable prison.
Amérique, ne te demande pas pour qui on construit le Mur. C’est pour
toi qu’on le construit.
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NB: les titres et les illustrations dans l'article ont été ajoutés.

Source: http://www.atlasmagazine.com/photo/...
Franchir la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis deviendra
encore plus difficile et périlleux. Ici, des passeurs attendent le moment
propice pour faire traverser un groupe de Mexicains.

Commentaires
nos états schengen sont plus fortiches, ils vont construire les vrais murs de l'autre coté de ma méditerranée ... les autres, ceux bien plus immatèriels mais tout autant efficaces, ils oeuvrent au quotidien à les construire dans les têtes ...
:o)))
j'ai de plus en plus la gueule de bois ...
Merci pour ce message, Les Marques
Hélas, oui, l'Occident boucle ses frontières, laissant à la porte les populations entières qu'il a largement contribué à affamer.
Et l'Europe, cette Europe dont on nous a tant chanté les louanges en 2005, n'est certes pas en reste.
Moi aussi, je suis révoltée par tant de cynisme de la part de ceux qui gouvernent et par tant d'apathie ou d'indifférence, voire de haine viscérale, de la part des autres.
Serait-ce que nous sommes tous derrière un mur invisible, comme tu le soulignes, mais tout aussi infranchissable?
J'avais déjà fait un bref article sur différents murs. Ici:
http://blog.emceebeulogue.fr/post/2...
Curieux (enfin, pas tellement) que ceux-ci se construisent peu après, finalement, la chute du Mur de Berlin.
Il est pas un peu mal barré le XXIème siècle?...
...et le petit Nicolas, grand admirateur des zusa et des Bush, construit patiement ses murs...
Attends qu'il parvienne au pouvoir et les zusa seront là...plus besoin de télé...ce sera du direct...