N’est-ce pas un peu présomptueux de leur part - quand on sait ce que l’un et l’autre ont fait (ou plutôt n’ont pas fait) sur leur propre continent - de choisir la position de missionnaires en Afrique?

Tous ces débordements de milliards, toute cette publicité autour des bienfaits de deux fourbes (je mesure mes mots) de la finance et de la politique, n’est-ce pas indécent, quand tous deux ont contribué, directement ou indirectement, activement ou par leur silence, à écraser le continent africain ?

Je fais semblant de te donner d’une main (en te faisant la leçon, tout de même) les miettes de ce que je te prends abondamment de l’autre depuis des siècles et sous des formes diverses et variées.

Et en plus, il faudra sans doute leur dire merci.

Merci, Bill et Bill, nous, les Africains, vous en serons éternellement redevables. Comme d'hab.

Voici un article de Paul Street, piqué dans "Dissident Voice", une mine.

Traduction

"Les mêmes chances qu’un enfant américain"

Traduit de: “The Same Opportunities as a Kid From the United States”

de Paul Street

www.dissidentvoice.org

September 21, 2006

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Ségrégation aux US: pas de quoi pavoiser. Séance de vaccination au temps béni des colonies.

Dans le dernier numéro du New Yorker, il y a un article de David Remnick sur la nouvelle carrière de Bill Clinton, ancien président des Etats-Unis. A la page 49 de cet essai, Remnick reprend une partie d’une conversation qu’il a surprise au début de l’été entre Clinton et le milliardaire philanthrope Bill Gates au Cap, en Afrique du Sud.

Clinton venait d’arriver après la finale du Mondial sur un jet privé MD-87 («tout confort, avec mobilier en cuir et salle de réception») qui lui avait été prêté par un hommes d’affaires dans le secteur minier du nom de Frank Giustra,. Il venait soutenir Gates qui était là au nom de sa fondation pour réduire les méfaits du sida en Afrique.

“Côté santé, on peut espérer des progrès incroyables” a déclaré Gates, parlant des 25 années à venir en Afrique. « Si on se laisse cette marge, on peut s’attendre à se retrouver avec un continent où un enfant né ici aura les mêmes chances qu’un enfant en Amérique».

Je soutiens tout effort sérieux et cohérent pour prévenir et réduire la propagation du sida en Afrique et partout ailleurs.

Mais au risque de paraître désagréable, j’ai une question à poser à l’ancien président et à l’homme le plus riche de la Planète : « les mêmes chances que quels gamins américains? »

S’agit-il de ceux qui, en majorité blancs, sont nés avec une petite cuillère en argent dans la bouche et qui font partie du 1% de la population qui possède la moitié des richesses du pays … OU BIEN du million d’enfants noirs dont les ressources sont inférieures à la moitié du seuil de pauvreté tel qu’il est défini de façon manifestement inepte par le gouvernement fédéral américain?

S’agit-il de ceux qui peuvent faire toutes les frasques possibles et imaginables et qui seront, malgré cela, encore assurés d’être riches jusqu’à la fin de leurs jours … OU BIEN de ceux dont les « erreurs » et les transgressions techniques les condamneront à des incarcérations à répétition et à un casier judiciaire chargé à vie?

S’agit-il de ceux qui vivent dans des quartiers qui disposent d’importantes ressources privées et publiques (librairies, bibliothèques, installations sportives coûteuses, restaurants, épiceries avec toutes les prestations nécessaires et bien plus encore) ? … OU BIEN de ceux qui vivent dans des ghettos exsangues où les bureaux d’agents de change et les épiceries et marchands d’alcool locaux sont plus nombreux que les banques, les parcs, les cabinets de médecins ou de dentistes et où les caméras de surveillance et les travailleurs sociaux chargés de liberté conditionnelle sont plus nombreux que les offres légitimes d’emplois?

S’agit-il de ceux qui vivent, par ex, à Lake Forest dans la banlieue nord de Chicago où le revenu moyen (chiffres officiels de l’an 2000) est de 136.142 dollars, et où 60% des adultes ont des emplois classés au sommet de la pyramide des salaires (direction d’entreprise, professions libérales ou assimilées), où moins de 2% des enfants vivent dans des foyers pauvres, et où les enfants des écoles publiques sont dotés de plus de 20.000 dollars par an?

Ou bien parle-t-on de ceux qui vivent à Harvey, banlieue de Chicago à 90% noire où le revenu moyen est inférieur à 32.000 dollars, où 28% des enfants sont classés « pauvres », où à peine un cinquième des adultes a un travail se situant en haut de la pyramide des salaires et où les subventions par enfant scolarisé s’élèvent à approximativement 7000 dollars par an (à peine plus du TIERS de ce dont bénéficie un élève scolarisé dans les écoles de Lake Forest), grâce aux politiques gouvernementales qui entretiennent les privilèges en distribuant les aides à la scolarité avec parcimonie ?

Comme l’a dit Jonathan Kozol dans son livre “Des Résurrections Ordinaires”, paru en 1999, sur l’école de quartier à New York et les disparités existantes, "Il y a des inégalités criantes au sein d’une ville métropolitaine qui se revendique encore de certains vestiges d’idéaux humanitaires issus de l’époque de la lutte pour les droits civiques et des rêves toujours vivaces de Martin Luther King »

Je pourrais poursuivre indéfiniment … La présentation empirique des disparités aux Etats-Unis même est longue et déprimante, ce qui n’est pas surprenant pour le pays industrialisé de loin le plus inégalitaire au monde et où les richesses vont essentiellement à ceux qui sont au sommet de la pyramide.

Les exemples que je donne ci-dessus ne sont qu’une infime partie de l’impressionnante montagne de disparités sociales liées à la couleur de la peau qui perdure et s’accentue avec la célébration écoeurante d’un narcissisme national sur la soi-disant supériorité des Etats-Unis, thème récurrent des discours officiels. Nos idéologues félicitent les Etats-Unis de s’être affranchis de leur passé raciste et ploutocratique alors qu’un ménage noir représente 7 cents contre un dollar pour les blancs, alors que le taux de pauvreté augmente régulièrement depuis 5 ans (du jamais vu dans l’histoire des Etats-Unis) et que les 20% de la population qui bénéficient des plus hauts salaires reçoivent plus de la moitié du revenu national pour la première fois depuis qu’existent des statistiques sur le revenu national.

Comme l’a signifié Frederick Douglass à l’Amérique blanche en 1852: « Votre célébration est une imposture », et, comme l’a dit Martin Luther King 115 ans plus tard : « le pays qui provoque le plus de violence dans le monde (les Etats-Unis) fait la guerre au Vietnam pour la « liberté » alors qu’il ne balaye même pas devant sa porte »

Je ne suis ni un isolationniste gauchiste ni un partisan farouche de l’«Amérique d’abord». Les Etats-Unis ont fait beaucoup de tort dans le monde entier et auraient une obligation morale à aider le reste de l’humanité même s’ils n’avaient jamais provoqué de dégâts à l’extérieur de leurs frontières.

Et pourtant les deux Bill (Clinton et Gates) et d’autres américains riches et puissants, soucieux de « remettre en état les sociétés brisées » et de redresser « les états en échec » feraient bien de regarder franchement et longuement dans le miroir de l’empire US, où les obsessions militaires mondiales de ses élites à la fois alimentent et réfléchissent la pérennité d’inégalités criantes et la perversité des priorités nationales qui tournent en ridicule les objectifs égalitaires et démocratiques que professe le pays. (NDLT : bon, je fais ce que je peux !)

L’empire tue également intra muros

Les aides de l’Etat tombent de façon disproportionnée dans l’escarcelle de la minorité de privilégiés mais les coûts généraux sont répartis dans la société toute entière et pèsent lourdement surtout sur les plus désavantagés, censés s’engager dans l’armée impériale et souffrir en silence du détournement des deniers publics pour une cause que les responsables politiques se complaisent à appeler « la défense » Tout cela est décrit de façon plus franche par les initiés du Pentagone qui parlent de « forces de projection mondiale », des opérations qui, comme par hasard, font grimper les valeurs en bourse et remplissent les caisses des PDG de charmantes entreprises publiques comme Boeing ou Raytheon .

Paul Street is the author of Empire and Inequality: America and the World Since 9/11 (Boulder, CO: Paradigm, 2004) and Segregated Schools: Educational Apartheid in the Post-Civil Rights Era (New York, NY: Routledge, 2005).


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Commentaire perso :

Les deux guignols, les deux Roule-t'as-Bill, s’en vont expliquer aux pauvres en Afrique ce qu’il faut faire en matière de santé et de prospérité.
No souçaille, ils sont spécialistes !

Bill Numbeur Ouane

Le Clinton, lui, alors qu’il était président, a été, entre autres, incapable de mener à bien la réforme promise de la sécurité sociale qui aurait permis à tous les Américains d’avoir une couverture de santé.

La proposition d’instauration d’un système universel de sécurité sociale, qui faisait pourtant la part belle aux assurances privées, a été rejetée par le Congrès US sous la pression des libéraux de tous bords et des lobbies industriels et financiers, dont les Clinton avaient besoin, justement, pour financer leurs ambitions dévorantes.

Aujourd’hui, en Amérique, après, de surcroît, l’installation à la Maison Blanche des rapaces néo-cons, la situation a encore empiré : selon les chiffres du bureau du recensement des Etats-Unis, fin 2005, 46,6 millions d’américains étaient dépourvus d’assurance santé. Ce chiffre, qui correspond à 15,9% de la population, est en hausse de 2,9% en un an. Trop pauvres pour payer une assurance privée, mais pas assez pour bénéficier d’une couverture gratuite comme les 36 millions de leurs concitoyens (12,6% de la population) qui se situent en dessous du seuil de pauvreté (qui, on l’a vu, est calculé bien en deçà des réalités au quotidien). Donc, si on compte bien, il y a au moins plus d’un quart de la population US dans la plus grande précarité. Sans doute ce qu’on appelle le Quart Monde…

Pourtant, aux Etats-Unis les dépenses de santé ont atteint 1.900 milliards de dollars en 2004, après une progression de 7,9% en une seule année. Ben oui, si tu peux payer, tu paies un max, avec les dernières technologies et tout ce qu’il faut pour sauver les riches.

(Eh oui, ça se passe comme ça chez les amis du petit ministre de l’Intérieur français, éperdu d’admiration pour le grand benêt).

En tous cas, c’est dire si le Clinton est habilité à indiquer des solutions efficaces au problème du sida en Afrique.

Sans doute, fort de son expérience personnelle, prônera-t-il … l’abstinence ?

Comme le dadais de la Maison Blanche et ses fifres.

Bill Numbeur Tou

Quant à l’autre Bill, c’est l’homme le plus riche des Etats-Unis, et donc de la planète. Et sa fortune a encore augmenté cette année. Waow ! C’est pas rien!

Le Gates, lui, saura, n’en doutons pas, expliquer comment on peut (et doit) créer sa propre entreprise. Evidemment, il faudra que les états africains fassent un petit effort, comme, par exemple, réduire au maximum les charges des entreprises, voire les en exonérer, et également leur permettre de développer un quasi-monopole privé, qui pour être le plus rentable possible, se doit d’étendre ses filets sur la planète entière.

Et, après, on peut discuter. On peut même s’amuser à se choisir des pauvres et à aller les évangéliser. En jet privé, quand même. Sinon, ça le fera pas. On perd trop de temps.

Bon, pendant ce temps, tous ces impôts que les entreprises privées ne paient pas ne rentrent pas dans des caisses de solidarité pour aider les pauvres (en particulier, les enfants), construire des écoles, améliorer l’habitat et construire des logements sociaux et des hôpitaux publics.

Mais qui a besoin de tout ça ? Quand on a les sous, on peut se le payer, non ?

De toute façon, l’argent quand ils en ont, les états, ils s’en servent pour faire la guerre. Ou construire des prisons. Alors ….

Tenez, en parlant de guerre, le gouvernement US dépense 500 milliards de dollars pour entretenir son armée, chiffre qui correspond à près de la moitié des sommes engagées pour toutes les forces armées du monde entier. 700 bases militaires US sont installées dans pratiquement tous les pays de la planète.

Et Warren, me direz-vous ?

Riri et Fifi sont soutenus par Loulou, alias Warren Buffet, qui met une participation substantielle dans le nourrain, et c’est pas tout…

KWAHA ? vous ne connaissez pas Warren ? Et pourtant, il mange à sa faim celui-là aussi. C’est la deuxième fortune mondiale et il a promis de faire don d’une grande partie de sa fortune à la Fondation Bill Gates.

C’est drôlement sympa de sa part. Il l’aurait donnée à l’Etat, on sait bien ce que celui-ci en aurait fait ! Là, non, son argent va servir à expliquer aux Africains que si on veut que d’ici 25 ans il n’y ait plus de sida en Afrique et que les petits Africains soient aussi heureux que les petits Américains, il y a des mesures à prendre tout de suite.

D’accord que 25 ans, ça fait beaucoup. Ceux qui sont pauvres et malades, ils ne vont pas avoir beaucoup de chances de voir les retombées des largesses de ces bienfaiteurs de l’humanité.

Espérons qu’ils auront au moins le temps de recevoir leur photo dédicacée. Voire de les apercevoir, s’ils ont la chance d’avoir un pied-à-terre près d’un aéroport ou d’un hôtel Hilton.

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La vérité si je mens :

Les 5 premières fortunes aux USA, en milliards de dollars
Bill Gates - $51bn
Warren Buffett - $40bn
Paul Allen - $22.5bn
Michael Dell - $18bn
Larry Ellison - $17bn

Source: Forbes

http://news.bbc.co.uk/2/hi/business...

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Cela n’a apparemment rien à voir, mais moi, je dis que la planète ne sera PAS sauvée par les candidats des médias aux présidentielles en France. Pensez-y. Ayez de l’ambition pour la planète.

Les Bush et les Clinton de France sont pour le statu quo et, donc, l'apartheid permanent, quitte à lancer une opération pièces jaunes pour faire croire qu’ils s’intéressent. Alors que c’est tout le contraire.

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Lisez donc cet excellent article de Damien Millet président du CADTM France (Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde) sur la « solidarité sauce Gates »:

http://www.liberation.fr/opinions/r...