Gates et Clinton, les deux Tintin en Afrique
Par emcee le samedi 30 septembre 2006, 16:53 - Continents à la dérive - Lien permanent
Les deux Bill roulent pour sauver le continent africain de ce qui est le
plus évident pour eux : la pauvreté et le sida. Pauvreté et maladie en
Afrique ?
Exactement ce qu’il n’y a pas chez leurs descendants américains, sans
doute.
Mais, sont-ils bien raisonnables ?
N’est-ce pas un peu présomptueux de leur part - quand on sait ce que l’un et
l’autre ont fait (ou plutôt n’ont pas fait) sur leur propre continent
- de choisir la position de missionnaires en Afrique?
Tous ces débordements de milliards, toute cette publicité autour des
bienfaits de deux fourbes (je mesure mes mots) de la finance et de la
politique, n’est-ce pas indécent, quand tous deux ont contribué, directement ou
indirectement, activement ou par leur silence, à écraser le continent
africain ?
Je fais semblant de te donner d’une main (en te faisant la leçon, tout de
même) les miettes de ce que je te prends abondamment de l’autre depuis des
siècles et sous des formes diverses et variées.
Et en plus, il faudra sans doute leur dire merci.
Merci, Bill et Bill, nous, les Africains, vous en serons éternellement
redevables. Comme d'hab.
Voici un article de Paul Street, piqué dans "Dissident Voice", une
mine.
Traduction
"Les mêmes chances qu’un enfant américain"
Traduit de: “The Same Opportunities as a Kid From the United
States”
de Paul Street
September 21, 2006

Ségrégation aux US: pas de quoi pavoiser. Séance de vaccination au temps
béni des colonies.
Dans le dernier numéro du New Yorker, il y a un article de David
Remnick sur la nouvelle carrière de Bill Clinton, ancien président des
Etats-Unis. A la page 49 de cet essai, Remnick reprend une partie d’une
conversation qu’il a surprise au début de l’été entre Clinton et le
milliardaire philanthrope Bill Gates au Cap, en Afrique du Sud.
Clinton venait d’arriver après la finale du Mondial sur un jet privé MD-87
(«tout confort, avec mobilier en cuir et salle de réception») qui lui avait été
prêté par un hommes d’affaires dans le secteur minier du nom de Frank Giustra,.
Il venait soutenir Gates qui était là au nom de sa fondation pour réduire les
méfaits du sida en Afrique.
“Côté santé, on peut espérer des progrès incroyables” a déclaré Gates,
parlant des 25 années à venir en Afrique. « Si on se laisse cette marge,
on peut s’attendre à se retrouver avec un continent où un enfant né ici aura
les mêmes chances qu’un enfant en Amérique».
Je soutiens tout effort sérieux et cohérent pour prévenir et réduire la
propagation du sida en Afrique et partout ailleurs.
Mais au risque de paraître désagréable, j’ai une question à poser à l’ancien
président et à l’homme le plus riche de la Planète : « les mêmes
chances que quels gamins américains? »
S’agit-il de ceux qui, en majorité blancs, sont nés avec une petite cuillère
en argent dans la bouche et qui font partie du 1% de la population qui possède
la moitié des richesses du pays … OU BIEN du million d’enfants noirs dont les
ressources sont inférieures à la moitié du seuil de pauvreté tel qu’il est
défini de façon manifestement inepte par le gouvernement fédéral
américain?
S’agit-il de ceux qui peuvent faire toutes les frasques possibles et
imaginables et qui seront, malgré cela, encore assurés d’être riches jusqu’à la
fin de leurs jours … OU BIEN de ceux dont les « erreurs » et les
transgressions techniques les condamneront à des incarcérations à répétition et
à un casier judiciaire chargé à vie?
S’agit-il de ceux qui vivent dans des quartiers qui disposent d’importantes
ressources privées et publiques (librairies, bibliothèques, installations
sportives coûteuses, restaurants, épiceries avec toutes les prestations
nécessaires et bien plus encore) ? … OU BIEN de ceux qui vivent dans des
ghettos exsangues où les bureaux d’agents de change et les épiceries et
marchands d’alcool locaux sont plus nombreux que les banques, les parcs, les
cabinets de médecins ou de dentistes et où les caméras de surveillance et les
travailleurs sociaux chargés de liberté conditionnelle sont plus nombreux que
les offres légitimes d’emplois?
S’agit-il de ceux qui vivent, par ex, à Lake Forest dans la banlieue nord de
Chicago où le revenu moyen (chiffres officiels de l’an 2000) est de 136.142
dollars, et où 60% des adultes ont des emplois classés au sommet de la pyramide
des salaires (direction d’entreprise, professions libérales ou assimilées), où
moins de 2% des enfants vivent dans des foyers pauvres, et où les enfants des
écoles publiques sont dotés de plus de 20.000 dollars par an?
Ou bien parle-t-on de ceux qui vivent à Harvey, banlieue de Chicago à 90%
noire où le revenu moyen est inférieur à 32.000 dollars, où 28% des enfants
sont classés « pauvres », où à peine un cinquième des adultes a un travail
se situant en haut de la pyramide des salaires et où les subventions par enfant
scolarisé s’élèvent à approximativement 7000 dollars par an (à peine plus du
TIERS de ce dont bénéficie un élève scolarisé dans les écoles de Lake Forest),
grâce aux politiques gouvernementales qui entretiennent les privilèges en
distribuant les aides à la scolarité avec parcimonie ?
Comme l’a dit Jonathan Kozol dans son livre “Des Résurrections Ordinaires”,
paru en 1999, sur l’école de quartier à New York et les disparités existantes,
"Il y a des inégalités criantes au sein d’une ville métropolitaine qui se
revendique encore de certains vestiges d’idéaux humanitaires issus de l’époque
de la lutte pour les droits civiques et des rêves toujours vivaces de Martin
Luther King »
Je pourrais poursuivre indéfiniment … La présentation empirique des
disparités aux Etats-Unis même est longue et déprimante, ce qui n’est pas
surprenant pour le pays industrialisé de loin le plus inégalitaire au monde et
où les richesses vont essentiellement à ceux qui sont au sommet de la
pyramide.
Les exemples que je donne ci-dessus ne sont qu’une infime partie de
l’impressionnante montagne de disparités sociales liées à la couleur de la peau
qui perdure et s’accentue avec la célébration écoeurante d’un narcissisme
national sur la soi-disant supériorité des Etats-Unis, thème récurrent des
discours officiels. Nos idéologues félicitent les Etats-Unis de s’être
affranchis de leur passé raciste et ploutocratique alors qu’un ménage noir
représente 7 cents contre un dollar pour les blancs, alors que le taux de
pauvreté augmente régulièrement depuis 5 ans (du jamais vu dans l’histoire des
Etats-Unis) et que les 20% de la population qui bénéficient des plus hauts
salaires reçoivent plus de la moitié du revenu national pour la première fois
depuis qu’existent des statistiques sur le revenu national.
Comme l’a signifié Frederick Douglass à l’Amérique blanche en 1852:
« Votre célébration est une imposture », et, comme l’a dit Martin Luther
King 115 ans plus tard : « le pays qui provoque le plus de violence
dans le monde (les Etats-Unis) fait la guerre au Vietnam pour la
« liberté » alors qu’il ne balaye même pas devant sa porte
»
Je ne suis ni un isolationniste gauchiste ni un partisan farouche de
l’«Amérique d’abord». Les Etats-Unis ont fait beaucoup de tort dans le monde
entier et auraient une obligation morale à aider le reste de l’humanité même
s’ils n’avaient jamais provoqué de dégâts à l’extérieur de leurs
frontières.
Et pourtant les deux Bill (Clinton et Gates) et d’autres américains riches
et puissants, soucieux de « remettre en état les sociétés brisées »
et de redresser « les états en échec » feraient bien de regarder
franchement et longuement dans le miroir de l’empire US, où les obsessions
militaires mondiales de ses élites à la fois alimentent et réfléchissent la
pérennité d’inégalités criantes et la perversité des priorités nationales qui
tournent en ridicule les objectifs égalitaires et démocratiques que professe le
pays. (NDLT : bon, je fais ce que je peux !)
L’empire tue également intra muros
Les aides de l’Etat tombent de façon disproportionnée dans l’escarcelle de
la minorité de privilégiés mais les coûts généraux sont répartis dans la
société toute entière et pèsent lourdement surtout sur les plus désavantagés,
censés s’engager dans l’armée impériale et souffrir en silence du détournement
des deniers publics pour une cause que les responsables politiques se
complaisent à appeler « la défense » Tout cela est décrit de façon
plus franche par les initiés du Pentagone qui parlent de « forces de
projection mondiale », des opérations qui, comme par hasard, font grimper les
valeurs en bourse et remplissent les caisses des PDG de charmantes entreprises
publiques comme Boeing ou Raytheon .
Paul Street is the author of Empire and Inequality: America and the
World Since 9/11 (Boulder, CO: Paradigm, 2004) and Segregated Schools:
Educational Apartheid in the Post-Civil Rights Era (New York, NY: Routledge,
2005).
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Commentaire perso :
Les deux guignols, les deux Roule-t'as-Bill, s’en vont expliquer aux pauvres
en Afrique ce qu’il faut faire en matière de santé et de prospérité.
No souçaille, ils sont spécialistes !
Bill Numbeur Ouane
Le Clinton, lui, alors qu’il était président, a été, entre autres, incapable
de mener à bien la réforme promise de la sécurité sociale qui aurait permis à
tous les Américains d’avoir une couverture de santé.
La proposition d’instauration d’un système universel de sécurité sociale,
qui faisait pourtant la part belle aux assurances privées, a été rejetée par le
Congrès US sous la pression des libéraux de tous bords et des lobbies
industriels et financiers, dont les Clinton avaient besoin, justement, pour
financer leurs ambitions dévorantes.
Aujourd’hui, en Amérique, après, de surcroît, l’installation à la Maison
Blanche des rapaces néo-cons, la situation a encore empiré : selon les
chiffres du bureau du recensement des Etats-Unis, fin 2005, 46,6 millions
d’américains étaient dépourvus d’assurance santé. Ce chiffre, qui correspond à
15,9% de la population, est en hausse de 2,9% en un an. Trop pauvres pour payer
une assurance privée, mais pas assez pour bénéficier d’une couverture gratuite
comme les 36 millions de leurs concitoyens (12,6% de la population) qui se
situent en dessous du seuil de pauvreté (qui, on l’a vu, est calculé bien en
deçà des réalités au quotidien). Donc, si on compte bien, il y a au moins plus
d’un quart de la population US dans la plus grande précarité. Sans doute ce
qu’on appelle le Quart Monde…
Pourtant, aux Etats-Unis les dépenses de santé ont atteint 1.900 milliards
de dollars en 2004, après une progression de 7,9% en une seule année. Ben oui,
si tu peux payer, tu paies un max, avec les dernières technologies et tout ce
qu’il faut pour sauver les riches.
(Eh oui, ça se passe comme ça chez les amis du petit ministre de
l’Intérieur français, éperdu d’admiration pour le grand benêt).
En tous cas, c’est dire si le Clinton est habilité à indiquer des solutions
efficaces au problème du sida en Afrique.
Sans doute, fort de son expérience personnelle, prônera-t-il … l’abstinence
?
Comme le dadais de la Maison Blanche et ses fifres.
Bill Numbeur Tou
Quant à l’autre Bill, c’est l’homme le plus riche des Etats-Unis, et donc de
la planète. Et sa fortune a encore augmenté cette année. Waow ! C’est pas
rien!
Le Gates, lui, saura, n’en doutons pas, expliquer comment on peut (et doit)
créer sa propre entreprise. Evidemment, il faudra que les états africains
fassent un petit effort, comme, par exemple, réduire au maximum les charges des
entreprises, voire les en exonérer, et également leur permettre de développer
un quasi-monopole privé, qui pour être le plus rentable possible, se doit
d’étendre ses filets sur la planète entière.
Et, après, on peut discuter. On peut même s’amuser à se choisir des pauvres
et à aller les évangéliser. En jet privé, quand même. Sinon, ça le fera pas. On
perd trop de temps.
Bon, pendant ce temps, tous ces impôts que les entreprises privées ne paient
pas ne rentrent pas dans des caisses de solidarité pour aider les pauvres (en
particulier, les enfants), construire des écoles, améliorer l’habitat et
construire des logements sociaux et des hôpitaux publics.
Mais qui a besoin de tout ça ? Quand on a les sous, on peut se le
payer, non ?
De toute façon, l’argent quand ils en ont, les états, ils s’en servent pour
faire la guerre. Ou construire des prisons. Alors ….
Tenez, en parlant de guerre, le gouvernement US dépense 500 milliards de
dollars pour entretenir son armée, chiffre qui correspond à près de la moitié
des sommes engagées pour toutes les forces armées du monde entier. 700 bases
militaires US sont installées dans pratiquement tous les pays de la
planète.
Et Warren, me direz-vous ?
Riri et Fifi sont soutenus par Loulou, alias Warren Buffet, qui met une
participation substantielle dans le nourrain, et c’est pas tout…
KWAHA ? vous ne connaissez pas Warren ? Et pourtant, il mange à sa
faim celui-là aussi. C’est la deuxième fortune mondiale et il a promis de faire
don d’une grande partie de sa fortune à la Fondation Bill Gates.
C’est drôlement sympa de sa part. Il l’aurait donnée à l’Etat, on sait bien
ce que celui-ci en aurait fait ! Là, non, son argent va servir à expliquer
aux Africains que si on veut que d’ici 25 ans il n’y ait plus de sida en
Afrique et que les petits Africains soient aussi heureux que les petits
Américains, il y a des mesures à prendre tout de suite.
D’accord que 25 ans, ça fait beaucoup. Ceux qui sont pauvres et malades, ils
ne vont pas avoir beaucoup de chances de voir les retombées des largesses de
ces bienfaiteurs de l’humanité.
Espérons qu’ils auront au moins le temps de recevoir leur photo dédicacée.
Voire de les apercevoir, s’ils ont la chance d’avoir un pied-à-terre près d’un
aéroport ou d’un hôtel Hilton.
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La vérité si je mens :
Les 5 premières fortunes aux USA, en milliards de dollars
Bill Gates - $51bn
Warren Buffett - $40bn
Paul Allen - $22.5bn
Michael Dell - $18bn
Larry Ellison - $17bnSource: Forbes
http://news.bbc.co.uk/2/hi/business...
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Cela n’a apparemment rien à voir, mais moi, je dis que la planète ne sera
PAS sauvée par les candidats des médias aux présidentielles en France.
Pensez-y. Ayez de l’ambition pour la planète.
Les Bush et les Clinton de France sont pour le statu quo et, donc,
l'apartheid permanent, quitte à lancer une opération pièces jaunes pour faire
croire qu’ils s’intéressent. Alors que c’est tout le contraire.
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Lisez donc cet excellent article de Damien Millet président du CADTM France
(Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde) sur la « solidarité
sauce Gates »:

Commentaires
Mais, cher Monsieur, en Afrique je suis certain que sur les PC de pas mal des gens qui veulent qu'on les aider à lutter contre le SIDA et la pauvreté (deux maladies sexuellement transmissisibles, comme chacun sait) il y a des logiciels piratés. Qu'on les aide, d'accord, à la rigueur (après tout, y z'ont qu'à arrêter de baiser comme des bêtes, hein, pour commencer).
Donc, les aider oui, mais pas avant qu'ils aient tous payé leur licence pour Windows XP, Word, Excel, etc... Bien entendu, c'est pas une question d'argent, c'est une question de principes : il faut respecter la législation sur la propriété intellectuelle. Sinon, Bill, avec quoi il va remplir les réservoirs de son jet pour aller les voir, tous ces Africains qu'arrêtent pas de se plaindre ? Vous avez vu le prix du kérosène à la pompe ?
Certes, certes, il faudrait d'abord que les geigneurs s'acquittent de leur droit de
cuisspassage à Windows. Et donc à Bill. Et les Africains, même s'ils ne sont pas les plus concernés, n'en sont pas plus exemptés que les autres. Sinon, Bill aura des dettes et QUI viendra alors les sauver d'une disparition inéluctable?D'autre part, c'est bien connu, quand il y a de la geigne, y a pas de plaisir.
Cela dit, Luc, si je suis flattée d'être qualifiée de "Cher Monsieur", je ne mérite pas cette appellation très exagérée. Il serait donc plus approprié, si on veut absolument marquer la même déférence, de m'attribuer du "Chère madame".