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mur en Cisjordanie. Les Palestiniens sont en prison à ciel ouvert.

Traduction de l’article d’Amira Hass, paru dans Ha’aretz et repris par ''CounterPunch''

LA GUERRE CONTRE LES FAMILLES

30 ans après, une mère de famille perd le droit d’entrer en Israël

« Il doit y avoir une erreur, il s’agit probablement de l’excès de zèle d’un employé de bureau au poste frontière. » a répondu Aadel Samara quand sa femme, Enayeh, lui a annoncé au téléphone le 26 mai, qu’on lui avait refusé l’entrée en Israël par le pont Sheikh Hussein (près de la ville israélienne de Beit She'an, à la frontière entre la Jordanie et Israël. NDLT).

On ne pouvait raisonnablement penser qu’à une erreur. Après tout, pendant ces trente années qu’ils avaient passées ensemble, le rituel était le même: tous les trois mois, un jour ou deux avant l’expiration de son visa sur son passeport américain, elle partait quelques jours : pour la Jordanie, parfois pour Chypre ou pour l’Egypte, puis elle revenait avec un nouveau visa valable trois mois .

Les Samara sont tous deux nés à Beit Ur al Foqa, un village à l’ouest de Ramallah. Enayeh est née en 1950 et Aadel en 1944. Mais en 1967, deux mois avant la guerre des Six Jours, elle est partie voir son père qui travaillait aux Etats-Unis.

Après l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, Israël a procédé à un recensement, décrétant que tous ceux qui étaient absents des territoires au moment du recensement ne seraient plus considérés comme résidents. C’est ainsi que, comme des milliers d’autres Palestiniens, Enayeh a perdu son statut de résidente permanente. En 1975, elle s’est rendue dans sa ville natale avec un passeport américain et un visa touristique. C’est là qu’elle a rencontré Aadel, qu’ils sont tombés amoureux et qu’ils se sont mariés. Sa fille, à peine âgée de trente-neuf jours et qu’elle allaitait, a dû faire partie du voyage trimestriel en Jordanie pour le renouvellement de son visa. Ils ont effectué plus d’une dizaine de demandes de regroupement familial mais en vain.

Les autorités israéliennes qui contrôlent le Registre de la Population Palestinienne depuis 1967 ont refusé. Alors, pendant toutes ces années, ils n’avaient pas d’autre possibilité que de s’habituer à ces voyages fréquents. « Nous aurions pu créer une entreprise prospère avec tout l’argent que nous avons mis dans ces voyages » dit Aadel. « Essaie de passer par le Pont Allenby », lui conseille-t-il le 26 mai. Il n’a même pas raconté à ses enfants ce qui s’est passé exactement. « J’essaie d’éviter de leur parler des coups durs, sinon, ils se mettraient à pleurer, explique-t-il, oubliant, apparemment, que Samer a déjà 30 ans et que Yazan en a 26. Mais quand la sœur d’Enayeh a téléphoné pour prévenir que celle-ci n’avait pas réussi à passer non plus, ils ont compris qu’ils avaient été bien naïfs de croire que leur vie, avec ce rituel quelque peu singulier, n’en serait pas un jour perturbée.

Aadel a passé un mois à faire la navette entre les divers services administratifs des autorités palestiniennes tout en essayant également, en vain, d’obtenir un rendez-vous avec des représentants du consulat américain. Parallèlement, à Chicago, sa belle-sœur tentait d’attirer l’attention du sénateur de la circonscription. Enayeh, de son côté, remettait une lettre à l’ambassade des Etats-Unis à Amman, courrier resté sans réponse.

Des cas similaires

C’est en effectuant toutes ces démarches qu’ils ont rencontré de plus en plus de personnes confrontées à des problèmes similaires et ils en sont tous venus à la conclusion que cette situation, qui dépassait le cadre de cas particuliers, était en fait l’application d’une politique décidée en haut lieu. Plusieurs de ceux à qui on a interdit l’entrée en Israël ont compris, d’après les dires des autorités ou de la police à la frontière, que les « ordres venaient du ministère de l’Intérieur » ou bien « qu’à partir de maintenant, nous n’aurons le droit de venir en Israël qu’une seule fois par an et pour pas plus d’un mois ».

Quand Enayeh a compris que son retour chez elle était compromis, elle a décidé de se rendre aux Etats-Unis chez sa sœur. Ses deux enfants et son petit-fils de 3 ans ont fait le voyage avec elle pour lui dire au revoir. Qui sait quand ils se reverront ?

Aadel, lui, ne peut pas partir. A la fin des années soixante-début des années soixante-dix, il a passé 5 ans et demi dans une prison israélienne à cause de son adhésion au Front Populaire de Libération de la Palestine et, plusieurs années plus tard, pour ses activités au sein du Front Démocratique (alors qu’il avait déjà quitté le groupe). En 1998, il a été retenu par les services secrets palestiniens pendant 27 jours. Il faisait partie des vingt signataires d’une lettre ouverte qui dénonçait le régime corrompu d’Arafat et son incapacité à régler la question de l’occupation israélienne.

Mais ses séjours en prison n’avaient jamais eu d’incidence sur l’obtention des visas touristiques de sa femme donc, cette interdiction d’entrer en Israël n’a rien à voir avec le passé de son mari ou ses opinions politiques.

Depuis l’instant où nous nous sommes revus jusqu’à celui où nous nous sommes séparés à l’aéroport, elle n’a pas cessé de pleurer. » dit Yazan, son fils, « Et toi ? », « Moi aussi, j’ai pleuré, admet-il, « Et ma sœur aussi pleurait ».
Sa sœur a déclaré «Maman faisait dix ans de plus après un mois d’absence forcée de chez elle et l’angoisse de se demander quand elle pourrait revenir et si elle le pourrait un jour.

“Nous avions tant espéré », dit Samer, ingénieur, « que maintenant que nous sommes adultes et que nous avons une situation, Maman pourrait enfin se reposer, travailler moins » (au salon de beauté qu’elle a ouvert à Ramallah). Après les quatre jours qu’ils ont passés avec elle, Yazan raconte : « J’ai réalisé alors combien je suis faible. Je ne peux rien faire pour ma mère. Nous n’avons personne d’influent vers qui nous tourner, et le gouvernement israélien n’en fait qu’à sa tête. La politique d’Israël est bien connue. S’ils le pouvaient, ils expulseraient tout le monde. Tous les moyens seront bons pour faire partir les gens d’ici. »

Amira Hass writes for Ha'aretz. She is the author of Drinking the Sea at Gaza.

July11, 2006; CounterPunch

http://www.counterpunch.org/hass071...

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Le pot de terre contre le pot de fer