Pourquoi tant de hyènes?
Par emcee le samedi 15 juillet 2006, 01:54 - Brèves et hors catégories - Lien permanent
Alors que les attaques se multiplient au Proche-Orient, qu’Israël bombarde allègrement au Liban et dans la bande de Gaza et que les civils sont la cible privilégiée des va-t-en-guerre, l’histoire qui suit paraîtra presque dérisoire.
Hélas, non seulement elle ne l’est pas pour les protagonistes, mais il semble que ce soit loin d’être un cas isolé. Israël ne sait pas quoi trouver pour, au mieux, pourrir la vie des Palestiniens.
Mais jusqu’où iront la cruauté et la bassesse de l’Homme?
Pendant ce temps, les Etats-Unis et notre chère Europe font semblant de faire les gros yeux.

mur en Cisjordanie. Les Palestiniens sont en prison à ciel
ouvert.
Traduction de l’article d’Amira Hass, paru dans Ha’aretz et
repris par ''CounterPunch''
LA GUERRE CONTRE LES FAMILLES
30 ans après, une mère de famille perd le droit d’entrer en
Israël
« Il doit y avoir une erreur, il s’agit probablement de l’excès de zèle
d’un employé de bureau au poste frontière. » a répondu Aadel Samara quand
sa femme, Enayeh, lui a annoncé au téléphone le 26 mai, qu’on lui avait refusé
l’entrée en Israël par le pont Sheikh Hussein (près de la ville israélienne de
Beit She'an, à la frontière entre la Jordanie et Israël. NDLT).
On ne pouvait raisonnablement penser qu’à une erreur. Après tout, pendant
ces trente années qu’ils avaient passées ensemble, le rituel était le même:
tous les trois mois, un jour ou deux avant l’expiration de son visa sur son
passeport américain, elle partait quelques jours : pour la Jordanie,
parfois pour Chypre ou pour l’Egypte, puis elle revenait avec un nouveau visa
valable trois mois ….
Les Samara sont tous deux nés à Beit Ur al Foqa, un village à l’ouest de
Ramallah. Enayeh est née en 1950 et Aadel en 1944. Mais en 1967, deux mois
avant la guerre des Six Jours, elle est partie voir son père qui travaillait
aux Etats-Unis.
Après l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, Israël a
procédé à un recensement, décrétant que tous ceux qui étaient absents des
territoires au moment du recensement ne seraient plus considérés comme
résidents. C’est ainsi que, comme des milliers d’autres Palestiniens, Enayeh a
perdu son statut de résidente permanente. En 1975, elle s’est rendue dans sa
ville natale avec un passeport américain et un visa touristique. C’est là
qu’elle a rencontré Aadel, qu’ils sont tombés amoureux et qu’ils se sont
mariés. Sa fille, à peine âgée de trente-neuf jours et qu’elle allaitait, a dû
faire partie du voyage trimestriel en Jordanie pour le renouvellement de son
visa. Ils ont effectué plus d’une dizaine de demandes de regroupement familial
mais en vain.
Les autorités israéliennes qui contrôlent le Registre de la Population
Palestinienne depuis 1967 ont refusé. Alors, pendant toutes ces années, ils
n’avaient pas d’autre possibilité que de s’habituer à ces voyages fréquents.
« Nous aurions pu créer une entreprise prospère avec tout l’argent que
nous avons mis dans ces voyages » dit Aadel. « Essaie de passer par
le Pont Allenby », lui conseille-t-il le 26 mai. Il n’a même pas raconté à ses
enfants ce qui s’est passé exactement. « J’essaie d’éviter de leur parler
des coups durs, sinon, ils se mettraient à pleurer, explique-t-il, oubliant,
apparemment, que Samer a déjà 30 ans et que Yazan en a 26. Mais quand la sœur
d’Enayeh a téléphoné pour prévenir que celle-ci n’avait pas réussi à passer non
plus, ils ont compris qu’ils avaient été bien naïfs de croire que leur vie,
avec ce rituel quelque peu singulier, n’en serait pas un jour
perturbée.
Aadel a passé un mois à faire la navette entre les divers services
administratifs des autorités palestiniennes tout en essayant également, en
vain, d’obtenir un rendez-vous avec des représentants du consulat américain.
Parallèlement, à Chicago, sa belle-sœur tentait d’attirer l’attention du
sénateur de la circonscription. Enayeh, de son côté, remettait une lettre à
l’ambassade des Etats-Unis à Amman, courrier resté sans réponse.
Des cas similaires
C’est en effectuant toutes ces démarches qu’ils ont rencontré de plus en
plus de personnes confrontées à des problèmes similaires et ils en sont tous
venus à la conclusion que cette situation, qui dépassait le cadre de cas
particuliers, était en fait l’application d’une politique décidée en haut lieu.
Plusieurs de ceux à qui on a interdit l’entrée en Israël ont compris, d’après
les dires des autorités ou de la police à la frontière, que les « ordres
venaient du ministère de l’Intérieur » ou bien « qu’à partir de
maintenant, nous n’aurons le droit de venir en Israël qu’une seule fois par an
et pour pas plus d’un mois ».
Quand Enayeh a compris que son retour chez elle était compromis, elle a
décidé de se rendre aux Etats-Unis chez sa sœur. Ses deux enfants et son
petit-fils de 3 ans ont fait le voyage avec elle pour lui dire au revoir. Qui
sait quand ils se reverront ?
Aadel, lui, ne peut pas partir. A la fin des années soixante-début des
années soixante-dix, il a passé 5 ans et demi dans une prison israélienne à
cause de son adhésion au Front Populaire de Libération de la Palestine et,
plusieurs années plus tard, pour ses activités au sein du Front Démocratique
(alors qu’il avait déjà quitté le groupe). En 1998, il a été retenu par les
services secrets palestiniens pendant 27 jours. Il faisait partie des vingt
signataires d’une lettre ouverte qui dénonçait le régime corrompu d’Arafat et
son incapacité à régler la question de l’occupation israélienne.
Mais ses séjours en prison n’avaient jamais eu d’incidence sur l’obtention
des visas touristiques de sa femme donc, cette interdiction d’entrer en Israël
n’a rien à voir avec le passé de son mari ou ses opinions politiques.
Depuis l’instant où nous nous sommes revus jusqu’à celui où nous nous sommes
séparés à l’aéroport, elle n’a pas cessé de pleurer. » dit Yazan, son
fils, « Et toi ? », « Moi aussi, j’ai pleuré, admet-il,
« Et ma sœur aussi pleurait ».
Sa sœur a déclaré «Maman faisait dix ans de plus après un mois d’absence forcée
de chez elle et l’angoisse de se demander quand elle pourrait revenir et si
elle le pourrait un jour.
“Nous avions tant espéré », dit Samer, ingénieur, « que maintenant que
nous sommes adultes et que nous avons une situation, Maman pourrait enfin se
reposer, travailler moins » (au salon de beauté qu’elle a ouvert à
Ramallah). Après les quatre jours qu’ils ont passés avec elle, Yazan
raconte : « J’ai réalisé alors combien je suis faible. Je ne peux
rien faire pour ma mère. Nous n’avons personne d’influent vers qui nous
tourner, et le gouvernement israélien n’en fait qu’à sa tête. La politique
d’Israël est bien connue. S’ils le pouvaient, ils expulseraient tout le monde.
Tous les moyens seront bons pour faire partir les gens d’ici. »
Amira Hass writes for Ha'aretz. She is the author of Drinking the Sea at
Gaza.
July11, 2006; CounterPunch
http://www.counterpunch.org/hass071...

Le pot de terre contre le pot de fer

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