I coeur.gif les ruines

Il me suffit de 16 enjambées pour traverser mon appartement dans le sens de la longueur et de 4 ou 5 dans le sens de la largeur - selon que j’aille jusqu’à la salle de bains ou non. Je n’ai jamais habité dans un aussi petit appartement mais je l’adore, avec ses 4 fenêtres et ses trois vérandas qui, ont, en tout, la même superficie que l’appartement lui même. De mon porche d’entrée je vois la montagne et plus près, à quelques rues d’ici, la grue à plusieurs étages qui monte les matériaux servant à la construction de maisons en pseudo style Nouvelle Angleterre qui se vendent pour pas loin d’un million de dollars. Le quartier où j’habite, pourtant, a été déclaré délabré.


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Style Nouvelle-Angleterre

Bozeman, dans le Montana, est très recherché. Les spéculateurs et les promoteurs immobiliers salivent à l’idée de racheter les petites maisons proprettes et colorées qui se tiennent côte à côte, et dont les tout petits jardins abondent de fleurs à cette époque de l’année. Les résidants font partie de la classe ouvrière. Certains sont pompiers-parachutistes et vivent loin de chez eux une grande partie de l’été, pendant toute la période de sècheresse estivale. D’autres ont un emploi dans le secteur des services, ou sont artistes, ou bien sont de doux rêveurs qui travaillent à leur compte. Il y a des tas de bébés. Je les vois jeter des coups d’oeil furtifs quand leur tête dépasse des sacs que leurs parents s’attachent sur le dos ou sur le ventre pour les transporter, souvent sous la pluie ou dans la neige, en revenant des courses pour le repas du soir. Des vieux véhicules, voitures ou camionnettes, sont garés le long du trottoir, certains arborant des autocollants avec « I coeur.gif les ruines».

En fait, dans beaucoup de rues, il n’y a pas de trottoir : c’est un des critères qui ont été retenus pour décréter qu’on se trouve dans un périmètre de rénovation urbaine. Il semble qu’actuellement le sentiment d’appartenance à un quartier, comme le prouve le très actif comité d’intérêt local, ne fait plus partie des critères servant à en évaluer la qualité. Mais les trottoirs, eux, sont sur la liste. C’est une zone urbaine à « usage mixte »* et les habitants ne prennent la voiture qu’en cas de nécessité On peut aller à pied à la poste, au parc, à la petite épicerie familiale, au marché à viandes, à la bibliothèque et à la nouvelle boulangerie italienne située à quelques rues de là, ouverte par une famille du comté de St Bernard venue s’installer ici après le passage de l’ouragan Katrina. Nous passons sans nous arrêter devant les boutiques chic, les épiceries fines, les magasins d’antiquités qui ont remplacé les petits supermarchés indépendants et les bars à «cowboys » dans la rue principale pour revenir dans ce carré formé par une douzaine de rues, le quartier le plus convoité par les agents immobiliers de tout l’ouest des Etats-Unis. La résistance est forte.

Il n’y a pratiquement plus de logement abordable à Bozeman et il n’est pas rare que les propriétaires d’une riche demeure rachètent la maison - ou l’immeuble – d’à côté et la fassent raser simplement pour qu’elle ne leur gâche pas le paysage.

Les maisons sont rachetées et démolies pour laisser la place à des logements neufs. Les autorités qui feignent de ne pas voir ce qui se passe dans leur ville prétendent que ce n’est pas juste de demander aux promoteurs immobiliers de prévoir la construction d’un certain pourcentage de logements sociaux dans leurs projets mais, je suppose, que c’est juste que les ouvriers du bâtiment vivent dans leur voiture parce qu’ils ne trouvent pas à se loger ailleurs.

Ici, dans la partie nord-est de la ville, la réhabilitation de bâtiments commerciaux désaffectés a déjà commencé. Des silos à grains vides et d’autres bâtisses deviendront bientôt des quartiers résidentiels dont le prix dépassera largement le budget des résidants du quartier.

A Bozeman, la vie est devenue si chère que les familles à revenus moyens sont parties s’installer à la périphérie, sauf que maintenant le coût de la vie a doublé également dans des communes comme Belgrade, Three Forks, Manhattan et Livingston et, aujourd’hui, les salariés sont obligés d’effectuer de longs trajets quotidiens. Au sud de Bozeman, se trouve Big Sky, qui offre énormément de travail aux artisans et autres salariés pour satisfaire les besoins des riches mais qui ne fournit pas les logements bon marché à ces travailleurs, dont beaucoup sont des saisonniers venus ici pour répondre à la demande de main d’œuvre nécessaire à la construction de résidences tape-à-l’oeil.

Il y a plein de place pour les riches, pourtant, à commencer par le Yellowstone Club, qui offre de magnifiques panoramas, des sports d’hiver et du golf. Le groupe Yellowstone Club World qui possède des villas sur la côte mexicaine, un château en France et une île privée dans les Caraïbes, a racheté récemment plus de 1500 hectares de terrain pour créer le Ranch Buffalo Bill près de Cody, dans le Wyoming. Les cotisations, qui oscillent entre 3 et 10 millions de dollars, permettent entre autres, d’utiliser les avions privés et les yachts du club. Les 25 premières cartes d’adhérents se sont vendues en l’espace d’une journée.

Aujourd’hui, les nouveaux colons embouteillent les rues de Bozeman, véritables menaces pour les piétons quand ils roulent en zigzag dans leur 4x 4 Hummer, tout en jacassant au téléphone. Beaucoup d’entre eux ont revendu de riches propriétés sur la côte est ou ouest des Etats-Unis et en ont racheté ici pour moins cher, et maintenant, ils veulent rebâtir la ville à leur convenance. Cet afflux de nouveaux arrivants a créé des besoins croissants de services (tout, depuis la police jusqu’au traitement des déchets). La population locale peut s’attendre à voir les impôts locaux continuer de grimper à cause des constructions et des besoins en personnel. Cela lui est bien égal que ses modestes biens aient également pris de la valeur. Elle n’a pas acheté dans le but d’investir. C’est là qu’elle vit. Et personne ne s’intéresse à ses besoins.

Malheureusement, même si les prix de l’immobilier baissent aux Etats-Unis, il est probable que Bozeman et d’autres enclaves similaires seront épargnés. La clôture invisible qui protègera Bozeman de ces funestes éventualités économiques permettra essentiellement de créer une ville réservée aux riches. Quand le bâtiment connaîtra un ralentissement, les ouvriers qui se retrouveront au chômage se verront dans l’impossibilité de vivre dans le nouveau Bozeman.

Des logements à prix raisonnables ne seront pas construits pour répondre à leur demande et les appartements à loyers modérés dans mon petit quartier minable, où il n’y a pratiquement pas de départs, seront peut-être la seule possibilité - une possibilité (au mieux) bien mince quand on voit qu’on revend la terre que nous avons sous les pieds.

  • Mixed-use area : zone où sont regroupés des lieux d’habitation, des commerces, des bureaux, des hôtels, etc. pour favoriser les déplacements piétons.

http://www.dissidentvoice.org/June0...

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Eh bien voilà, les riches choisissent un endroit à leur convenance et virent les pauvres pour rester entre eux. Pire encore, ils ne leur offrent même pas la possibilité de se reloger décemment. Dehors, les pauvres, dehors !

C’est ainsi que des pans entiers de mémoire collective et d’histoire seront à jamais détruits pour satisfaire la cupidité de quelques-uns (voir à la Nouvelle-Orléans).

Comment peuvent-ils se regarder dans un miroir, ces gens qui n’ont aucun scrupule à écraser le reste de l’Humanité, simplement pour satisfaire des caprices éphémères?

Et la France dans tout cela ?

On pourrait croire que ça n’arrive qu’aux autres, que cela se passe dans cette Amérique où tous les excès sont permis, où des populations de même couleur de peau (blanche, bien sûr), religion, classe sociale, classe d’âge s’enferment derrière des hauts murs gardés par une armée de vigiles.

Eh bien non, cette tendance existe hélas également - et s’accélère - dans le Pays des Droits de l’Homme (ça me fera toujours marrer cette appellation, quand on voit où on en est !).

On expulse aussi les pauvres des logements insalubres qu’ils ont été contraints d’habiter, faute de structures adéquates. Soit subrepticement, soit de force. On les accule dans les coins les plus sordides à l’extérieur des villes, loin de tout. Pour se déplacer ils auront de longs trajets à effectuer et peut-être devront renoncer à travailler pour incompatibilité avec les transports publics. Alors, ils seront confinés dans leurs ghettos, leurs bidonvilles, humiliés par des autorités ricanantes qui les auront pourtant repoussés là.

Et encore, s’ils sont jeunes, ils peuvent encore espérer rebondir. Mais que dire de ces personnes qui arrivent à la fin de leur vie après avoir trimé dur, qui ont à peine de quoi survivre et qu’on arrache à leur quartier, à leurs souvenirs, aux visages familiers qu’ils ont toujours connus, à la vie, quoi.

Les médias s’en contrefichent

Quelques mois après les incendies qui ont ravagé des immeubles à Paris et coûté la vie à des femmes, des hommes et des enfants, sait-on ce que sont devenus les survivants ? Où logent-ils ? Que font-ils ? Plus personne ne le sait. Les médias aiment le sordide, le violent, pas le quotidien. Les médias s’accrochent à l’info unique comme les arapèdes à leur rocher. Cette info, elle avale tout le reste jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par une autre.

Je ne regarde pratiquement jamais les infos à la télé mais il suffit de tomber dessus à l’occasion pour savoir quel est le sujet du moment. Incendies d’immeubles, Sarkozy, tsunami,, Outreau , « banlieues », ministre de l’Intérieur, anti-sémitisme, foot, délinquance, insécurité, foot, CPE, Villepin, casseurs, Sarkozy, expulsions, musulmans, re-foot, tennis, sans papiers, cyclisme.

Mais jamais, à part de temps en temps, par la grâce d’associations, de syndicats ou / et de citoyens méritants et opiniâtres qui arrivent à se frayer un chemin jusqu’aux médias, on n’entend parler de la vraie vie. Ni des vrais salauds.

Les chibanis à Marseille

Le tribunal de grande instance de Marseille a prononcé une ordonnance politique d’expulsion de 34 vieux travailleurs immigrés qui habitent le quartier du Rouet à Marseille. A compter du 21 juin, ils ont un mois pour partir et une astreinte de 300 euros par personne et par jour s’ils ne s’exécutent pas.

Cela, grâce au sympathique maire de Marseille avec son accent d’opérette qui a décidé d’engager une procédure contre eux. Ces chabanis (les anciens) sont venus en France pour aider à construire des immeubles et personne n’a jamais songé à leur fournir un logement correct. Ils vivent en France depuis plus de quarante ans. Ils ont leurs attaches au Rouet, un quartier du centre ville de Marseille, et touchent de maigres allocations qu’ils perdraient s’ils quittaient le pays. Quand on pense que Raffarin (encore un nom en « –in »…) a osé donner des leçons de solidarité aux Français lors de la canicule !

Ca ne vous fait pas mal de vivre dans un pays où des ignobles individus cherchent à atteindre les plus hautes marches de la république pour mieux nous cracher dessus ? Et de savoir que ces odieux personnages, bouffis de suffisance et de cupidité, sont capables de laisser crever sans sourciller des personnes âgées et isolées ? Et, en plus, de rejeter la faute sur les autres. Ces gens-là sont des carpettes sans honneur (version polie).

C’est une HONTE !

Faites sortir l’Abbé Pierre !

Aidons-les :

Assoce Le Rouet : http://www.centrevillepourtous.asso...

http://www.associationmodeemploi.fr...

http://lerouetacoeurouvert.blogspot...