L’habitat urbain : les pauvres indésirables
Par emcee le lundi 10 juillet 2006, 18:39 - Féodalité, précarité, pauvreté, Big Brother, Douce France - Lien permanent
Aux Etats-Unis, c’est très tendance : les riches investissent des
quartiers entiers, souvent occupés par les pauvres et se débarrassent de leurs
occupants moins favorisés en faisant grimper les prix de l’immobilier.
Où finissent ces derniers ? C’est le moindre de leurs soucis.
Voici un article, trouvé dans Dissident Voice, où Sheila Vélasquez, qui habite à Bozeman dans le Montana au pied des montagnes, explique que la ville, convoitée par les promoteurs, devient peu à peu une «gated community ».
I
les ruines
Il me suffit de 16 enjambées pour traverser mon appartement dans le sens de
la longueur et de 4 ou 5 dans le sens de la largeur - selon que j’aille jusqu’à
la salle de bains ou non. Je n’ai jamais habité dans un aussi petit appartement
mais je l’adore, avec ses 4 fenêtres et ses trois vérandas qui, ont, en tout,
la même superficie que l’appartement lui même. De mon porche d’entrée je vois
la montagne et plus près, à quelques rues d’ici, la grue à plusieurs étages qui
monte les matériaux servant à la construction de maisons en pseudo style
Nouvelle Angleterre qui se vendent pour pas loin d’un million de dollars. Le
quartier où j’habite, pourtant, a été déclaré délabré.

Style Nouvelle-Angleterre
Bozeman, dans le Montana, est très recherché. Les spéculateurs et les
promoteurs immobiliers salivent à l’idée de racheter les petites maisons
proprettes et colorées qui se tiennent côte à côte, et dont les tout petits
jardins abondent de fleurs à cette époque de l’année. Les résidants font partie
de la classe ouvrière. Certains sont pompiers-parachutistes et vivent loin de
chez eux une grande partie de l’été, pendant toute la période de sècheresse
estivale. D’autres ont un emploi dans le secteur des services, ou sont
artistes, ou bien sont de doux rêveurs qui travaillent à leur compte. Il y a
des tas de bébés. Je les vois jeter des coups d’oeil furtifs quand leur tête
dépasse des sacs que leurs parents s’attachent sur le dos ou sur le ventre pour
les transporter, souvent sous la pluie ou dans la neige, en revenant des
courses pour le repas du soir. Des vieux véhicules, voitures ou camionnettes,
sont garés le long du trottoir, certains arborant des autocollants avec
« I
les ruines».
En fait, dans beaucoup de rues, il n’y a pas de trottoir : c’est un des
critères qui ont été retenus pour décréter qu’on se trouve dans un périmètre de
rénovation urbaine. Il semble qu’actuellement le sentiment d’appartenance à un
quartier, comme le prouve le très actif comité d’intérêt local, ne fait plus
partie des critères servant à en évaluer la qualité. Mais les trottoirs, eux,
sont sur la liste. C’est une zone urbaine à « usage mixte »* et les
habitants ne prennent la voiture qu’en cas de nécessité On peut aller à pied à
la poste, au parc, à la petite épicerie familiale, au marché à viandes, à la
bibliothèque et à la nouvelle boulangerie italienne située à quelques rues de
là, ouverte par une famille du comté de St Bernard venue s’installer ici après
le passage de l’ouragan Katrina. Nous passons sans nous arrêter devant les
boutiques chic, les épiceries fines, les magasins d’antiquités qui ont remplacé
les petits supermarchés indépendants et les bars à «cowboys » dans la rue
principale pour revenir dans ce carré formé par une douzaine de rues, le
quartier le plus convoité par les agents immobiliers de tout l’ouest des
Etats-Unis. La résistance est forte.
Il n’y a pratiquement plus de logement abordable à Bozeman et il n’est pas
rare que les propriétaires d’une riche demeure rachètent la maison - ou
l’immeuble – d’à côté et la fassent raser simplement pour qu’elle ne leur gâche
pas le paysage.
Les maisons sont rachetées et démolies pour laisser la place à des logements
neufs. Les autorités qui feignent de ne pas voir ce qui se passe dans leur
ville prétendent que ce n’est pas juste de demander aux promoteurs immobiliers
de prévoir la construction d’un certain pourcentage de logements sociaux dans
leurs projets mais, je suppose, que c’est juste que les ouvriers du bâtiment
vivent dans leur voiture parce qu’ils ne trouvent pas à se loger
ailleurs.
Ici, dans la partie nord-est de la ville, la réhabilitation de bâtiments
commerciaux désaffectés a déjà commencé. Des silos à grains vides et d’autres
bâtisses deviendront bientôt des quartiers résidentiels dont le prix dépassera
largement le budget des résidants du quartier.
A Bozeman, la vie est devenue si chère que les familles à revenus moyens
sont parties s’installer à la périphérie, sauf que maintenant le coût de la vie
a doublé également dans des communes comme Belgrade, Three Forks, Manhattan et
Livingston et, aujourd’hui, les salariés sont obligés d’effectuer de longs
trajets quotidiens. Au sud de Bozeman, se trouve Big Sky, qui offre énormément
de travail aux artisans et autres salariés pour satisfaire les besoins des
riches mais qui ne fournit pas les logements bon marché à ces travailleurs,
dont beaucoup sont des saisonniers venus ici pour répondre à la demande de main
d’œuvre nécessaire à la construction de résidences tape-à-l’oeil.
Il y a plein de place pour les riches, pourtant, à commencer par le
Yellowstone Club, qui offre de magnifiques panoramas, des sports d’hiver et du
golf. Le groupe Yellowstone Club World qui possède des villas sur la côte
mexicaine, un château en France et une île privée dans les Caraïbes, a racheté
récemment plus de 1500 hectares de terrain pour créer le Ranch Buffalo Bill
près de Cody, dans le Wyoming. Les cotisations, qui oscillent entre 3 et 10
millions de dollars, permettent entre autres, d’utiliser les avions privés et
les yachts du club. Les 25 premières cartes d’adhérents se sont vendues en
l’espace d’une journée.
Aujourd’hui, les nouveaux colons embouteillent les rues de Bozeman,
véritables menaces pour les piétons quand ils roulent en zigzag dans leur 4x 4
Hummer, tout en jacassant au téléphone. Beaucoup d’entre eux ont revendu de
riches propriétés sur la côte est ou ouest des Etats-Unis et en ont racheté ici
pour moins cher, et maintenant, ils veulent rebâtir la ville à leur convenance.
Cet afflux de nouveaux arrivants a créé des besoins croissants de services
(tout, depuis la police jusqu’au traitement des déchets). La population locale
peut s’attendre à voir les impôts locaux continuer de grimper à cause des
constructions et des besoins en personnel. Cela lui est bien égal que ses
modestes biens aient également pris de la valeur. Elle n’a pas acheté dans le
but d’investir. C’est là qu’elle vit. Et personne ne s’intéresse à ses
besoins.
Malheureusement, même si les prix de l’immobilier baissent aux Etats-Unis,
il est probable que Bozeman et d’autres enclaves similaires seront épargnés. La
clôture invisible qui protègera Bozeman de ces funestes éventualités
économiques permettra essentiellement de créer une ville réservée aux riches.
Quand le bâtiment connaîtra un ralentissement, les ouvriers qui se retrouveront
au chômage se verront dans l’impossibilité de vivre dans le nouveau
Bozeman.
Des logements à prix raisonnables ne seront pas construits pour répondre à
leur demande et les appartements à loyers modérés dans mon petit quartier
minable, où il n’y a pratiquement pas de départs, seront peut-être la seule
possibilité - une possibilité (au mieux) bien mince quand on voit qu’on revend
la terre que nous avons sous les pieds.
- Mixed-use area : zone où sont regroupés des lieux d’habitation, des commerces, des bureaux, des hôtels, etc. pour favoriser les déplacements piétons.
http://www.dissidentvoice.org/June0...
………………………………………………………………………………………………………………………...............
Eh bien voilà, les riches choisissent un endroit à leur convenance et virent
les pauvres pour rester entre eux. Pire encore, ils ne leur offrent même pas la
possibilité de se reloger décemment. Dehors, les pauvres,
dehors !
C’est ainsi que des pans entiers de mémoire collective et d’histoire seront
à jamais détruits pour satisfaire la cupidité de quelques-uns (voir à la
Nouvelle-Orléans).
Comment peuvent-ils se regarder dans un miroir, ces gens qui n’ont aucun
scrupule à écraser le reste de l’Humanité, simplement pour satisfaire des
caprices éphémères?
Et la France dans tout cela ?
On pourrait croire que ça n’arrive qu’aux autres, que cela se passe dans
cette Amérique où tous les excès sont permis, où des populations de même
couleur de peau (blanche, bien sûr), religion, classe sociale, classe d’âge
s’enferment derrière des hauts murs gardés par une armée de vigiles.
Eh bien non, cette tendance existe hélas également - et s’accélère - dans le
Pays des Droits de l’Homme (ça me fera toujours marrer cette appellation, quand
on voit où on en est !).
On expulse aussi les pauvres des logements insalubres qu’ils ont été
contraints d’habiter, faute de structures adéquates. Soit subrepticement, soit
de force. On les accule dans les coins les plus sordides à l’extérieur des
villes, loin de tout. Pour se déplacer ils auront de longs trajets à effectuer
et peut-être devront renoncer à travailler pour incompatibilité avec les
transports publics. Alors, ils seront confinés dans leurs ghettos, leurs
bidonvilles, humiliés par des autorités ricanantes qui les auront pourtant
repoussés là.
Et encore, s’ils sont jeunes, ils peuvent encore espérer rebondir. Mais que
dire de ces personnes qui arrivent à la fin de leur vie après avoir trimé dur,
qui ont à peine de quoi survivre et qu’on arrache à leur quartier, à leurs
souvenirs, aux visages familiers qu’ils ont toujours connus, à la vie,
quoi.
Les médias s’en contrefichent
Quelques mois après les incendies qui ont ravagé des immeubles à Paris et
coûté la vie à des femmes, des hommes et des enfants, sait-on ce que sont
devenus les survivants ? Où logent-ils ? Que font-ils ? Plus
personne ne le sait. Les médias aiment le sordide, le violent, pas le
quotidien. Les médias s’accrochent à l’info unique comme les arapèdes à leur
rocher. Cette info, elle avale tout le reste jusqu’à ce qu’elle soit remplacée
par une autre.
Je ne regarde pratiquement jamais les infos à la télé mais il suffit de
tomber dessus à l’occasion pour savoir quel est le sujet du moment. Incendies
d’immeubles, Sarkozy, tsunami,, Outreau , « banlieues », ministre de
l’Intérieur, anti-sémitisme, foot, délinquance, insécurité, foot, CPE,
Villepin, casseurs, Sarkozy, expulsions, musulmans, re-foot, tennis, sans
papiers, cyclisme.
Mais jamais, à part de temps en temps, par la grâce d’associations, de
syndicats ou / et de citoyens méritants et opiniâtres qui arrivent à se frayer
un chemin jusqu’aux médias, on n’entend parler de la vraie vie. Ni des vrais
salauds.
Les chibanis à Marseille
Le tribunal de grande instance de Marseille a prononcé une ordonnance
politique d’expulsion de 34 vieux travailleurs immigrés qui habitent le
quartier du Rouet à Marseille. A compter du 21 juin, ils ont un mois pour
partir et une astreinte de 300 euros par personne et par jour s’ils ne
s’exécutent pas.
Cela, grâce au sympathique maire de Marseille avec son accent d’opérette qui
a décidé d’engager une procédure contre eux. Ces chabanis (les anciens) sont
venus en France pour aider à construire des immeubles et personne n’a jamais
songé à leur fournir un logement correct. Ils vivent en France depuis plus de
quarante ans. Ils ont leurs attaches au Rouet, un quartier du centre ville de
Marseille, et touchent de maigres allocations qu’ils perdraient s’ils
quittaient le pays. Quand on pense que Raffarin (encore un nom en « –in
»…) a osé donner des leçons de solidarité aux Français lors de la canicule
!
Ca ne vous fait pas mal de vivre dans un pays où des ignobles individus
cherchent à atteindre les plus hautes marches de la république pour mieux nous
cracher dessus ? Et de savoir que ces odieux personnages, bouffis de
suffisance et de cupidité, sont capables de laisser crever sans sourciller des
personnes âgées et isolées ? Et, en plus, de rejeter la faute sur les
autres. Ces gens-là sont des carpettes sans honneur (version polie).
C’est une HONTE !
Faites sortir l’Abbé Pierre !
Aidons-les :
Assoce Le Rouet : http://www.centrevillepourtous.asso...
Commentaires
Je viens de lire votre article dans le cadre d'une recherche sur la précarité urbaine. Je me rend compte qu' Internet est un moyen fabuleux d'expression mais malheureusement trop de mots et trop d'articles font que les gens ne les lisent pas assez. C'est regrettable! Si seulement tout le monde pouvait avoir conscience du problème que vous exposez ça irez peut-être mieux.
Les médias ont des bons et des mauvais coté et je vous dis ça a défaut de les étudier; mais ce sont les gens devant leur petit écran qui submergés par leur vie monotone se gavent de ce qu'ils disent sans même réfléchir une seconde devant le refrain éternel qu'il finissent par intégrer.
Alors comment faire? Des campagnes pour réaprendre à vivre...ça me désole un peu!!! Même beaucoup!
La nostalgie, les souvenirs et les histoires personnelles sont présentes mais j'ai l'impression que la vie est trop pesante et à force de la voir (soit disant en vrai) à la tv les gens finissent par zapper ces problèmes. Sentiment d'habitude aussi.
Alors merci à vous d'essayer de les faire ressortir. Espérons que vous soyez entendu!
merci Alexia