Nation No-Mates
Gary Younge
The Guardian; June 23, 2006
http://commentisfree.guardian.co.uk...

Un peuple sans amis

Le nombre d’Américains qui dit avoir des amis intimes a encore dégringolé. Ce n’est pas dur de comprendre pourquoi.

Oubliez Chandler, Rachel, Rose et compagnie. Laissez tomber Jerry, George, Elaine et Kramer. Non seulement ils ne sont plus à l’antenne mais même quand ils étaient au sommet de leur popularité, ils étaient déjà obsolètes.
A l’époque où la cellule familiale traditionnelle était remplacée par des groupes constitués d’amis, d’ex et de co-locataires dans les sitcoms américaines, le nombre d’Américains qui déclaraient avoir des amis intimes avait déjà chuté.
Confirmant l’analyse de Robert Putnam dans « Bowling alone » (« Un ballon pour jouer tout seul »), une enquête qui paraît aujourd’hui dans le magazine de sociologie américain montre que les Américains ont moins d’amis et de personnes à qui se confier qu’il y a 20 ans en arrière.
En 1985, l’Américain moyen avait trois amis intimes. En 2004, ce chiffre est tombé à deux et un quart des personnes interrogées déclarait n’avoir personne à qui se confier.
“Il n’y a jamais eu en l’espace d’une vingtaine d’années un tel changement de société” explique à USA TODAY Lynn Smith-Lovin, co-auteur de l’enquête et professeur de sociologie à Duke University à Durham, Californie du N.

Vu de l’extérieur, ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Etant donné les horaires de travail des Américains, le peu de vacances auxquelles ils ont droit, les immenses zones à la (très) grande périphérie des villes où ils habitent et les longs trajets qu’ils doivent effectuer quotidiennement, il est probablement difficile de se faire des amis et d’avoir des relations suivies. Ce n’est pas aussi dramatique à New York, San Francisco, Chicago, Seattle et quelques autres villes « piétonnes ». Mais les amis, cela prend du temps et le temps, c’est une des choses dont le salarié américain dispose le moins.

Cette situation, c’est le prix, dont on ne parle jamais, que paient les salariés américains pour l’énorme augmentation des gains de productivité, si souvent saluée par les économistes. C’est aussi une avancée, implicite, sur la conception du travail en Europe et pour la défense de laquelle tant de personnes, en particulier en France, descendent dans la rue.

En résumé, à quoi cela sert-il d’avoir plus d’argent si on n’a pas le temps d’en profiter, ou personne avec qui en profiter ?

Traduit de l’anglais par moi-même

(Gary Younge est chroniqueur, actuellement aux Etats–Unis, du Guardian, le quotidien britannique)

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Et la France, dans tout ça ?

Sarkozy veut « mettre la France au travail ». Encore un. C’est le credo du Medef et des néocons du monde entier. Cela ne s’inscrit dans aucune logique. Il est même bel et bien prouvé que la productivité est moindre dans les pays où les horaires de travail sont plus longs (sauf, paraît-il, aux Etats-Unis, qui commencent vraiment à cumuler! Ils s’emmerdent donc tant que ça, chez eux ?).

Alors pourquoi ? Par IDEOLOGIE, purement et simplement.

Un peuple abruti au travail pour se maintenir à un niveau matériel «acceptable» n’a pas le ressort de penser à se révolter. S’il a tout : la maison, le bolide étincelant, le robot ménager intelligent, le home cinéma, le four micro-ondes et tout le bastringue, il va quand même pas aller se faire chier à se plaindre avec les gueux, qui, eux, n’ont rien de tout ça et encore moins, mais à qui la faute, hein?

Asservir la classe moyenne, stigmatiser les pauvres et profiter de tout le monde pour s’approprier toutes les richesses, voilà ce que la minorité de nantis veut faire de la planète. Les ficelles sont grosses ? Apparemment pas assez grosses, puisque il en est encore une majorité à se laisser bercer par les discours mensongers de ces escrocs.

Le Sarko, une fois de plus, annonce la couleur. « Mettre la France au travail ». Quoi ça? Il veut dire qu’on ne fout rien ? Tu ne te sens pas d’emblée insulté, toi qui rentres le soir, épuisé après une journée d’engatzes au bureau?

Et ceux à qui ils sont incapables de donner du travail, ces bouffis, ils vont les mettre au travail comment ? Commence par trouver du travail à tout le monde et après on avise pour voir s’il faut vraiment en faire plus pour que tout le monde vive dans la soie.

Et en faire plus, pourquoi ?

Pour faire grimper l’immobilier et faire travailler encore et encore les salariés qui veulent s’assurer un toit au-dessus de la tête ? Pour renoncer aux loisirs accessibles, aux réunions en famille ou entre amis, à la lecture, à toute culture?

Ah, bon, c’est CA la vie ?

Travailler pour QUI ?

Pour enrichir les riches?

Parce qu’on ne sera pas plus riches si on doit se payer la sécu, l’éducation des enfants, un toit décent, les transports et quelques maigres loisirs pour «se laver la tête».

La classe moyenne en Amérique bosse pour son « sam’suffit » à des kilomètres à vol d’oiseau de son « sam’suffit pas » - où elle trime jour après jour pour avoir, en plus du château, le garage rempli de 4x4, l’écran télé à cristaux liquides, le BBQ qui ne sera jamais allumé, la pizza surgelée achetée au supermarché du coin ouvert 24 heures sur 24 et où bossent des esclaves à qui il reste à peine le RMI pour survivre.

La classe moyenne en Amérique n’a plus le temps de s’informer et prend pour argent comptant la propagande assénée à longueur d’antenne. La classe moyenne est hypnotisée par les discours sur le patriotisme, les valeurs morales et religieuses, le Bien et le Mal et Terminator. Elle est coupée de la misère, enfermée dans son bunker capitonné, loin, très loin des réalités de la vie. Loin, très loin de l’armée de miséreux que la société capitaliste a créée pour assurer la pérennité du système.

Loin, très loin de l’Humanité.

La classe moyenne s’enferme entre quatre murs et voit le monde extérieur à travers une lucarne, que ce soit l'écran de la télé ou d’Internet, un écran pour chaque membre de la famille, des fois qu'ils voudraient se rapprocher inutilement et se regarder dans les yeux.

C’est ça que les libéraux rêvent pour nous? Nous couper du reste de l’humanité ?

Et on va les laisser faire, parce qu’on a un pois chiche à la place du cerveau (version optimiste)? Et qu’on nous terrorise avec les pseudo terroristes et tous ceux qui veulent venir égorger nos fils et nos compagnes ?

Mais si nous avons plus de biens matériels, il va bien falloir se protéger encore davantage de ceux que nous aurons contribué à exclure des richesses, non ? Et il va falloir payer très cher pour notre « sécurité », cela aux dépends de nos libertés et de notre tranquillité.

Ce n’est pas de la science-fiction, ni un délire galouzeaubrantesque: ceux qui regardent autour d’eux et qui s’informent le savent très bien. D’ailleurs, le processus est largement entamé. Toute la politique libérale n’a qu’un objectif : ficher, bunkériser, criminaliser, atomiser la société pour mieux museler toute opposition et tout élan solidaire. Tu bouges, je t'écrase, sale cafard.

Ne vaut-il pas mieux vivre ensemble, se parler et prendre du plaisir à se mélanger et se comprendre plutôt que de dresser des murs, mettre des barreaux et des chaînes à un cercueil doré ?

Les néo-cons cherchent à nous imposer définitivement la consommation, les heures de travail supplémentaires et la productivité comme valeurs universelles.

Le petit ministre candidat, en campagne présidentielle, le dit, il veut «décupler le travail supplémentaire » et propose que les heures supp’ soient totalement exonérées d’impôts et de charges sociales.

Ben voyons ! Encore les pauvres qui trinqueront et les patrons qui s’en mettront plein les fouilles. En plus, il n’a pas dit si les heures seraient payées à ceux qui les effectuent. Mais, y a pas de raison (*).

Selon un sondage Sofres-Le Figaro, le triste individu « inquiète » 55% des Français et en « rassure » 36%.

En voilà une nouvelle qu’elle est rafraîchissante. Me voilà un peu (oh, très peu) rassurée. Je le serai pleinement quand les mêmes Français diront la même chose des socio-libéraux, la madone des sondages en tête.

Si les sondages disent vrai, évidemment.

(*) Note: j'ai vu sur actu-chômage que cette partie de mon commentaire avait été copiée et commentée. Précision: quand je dis "y a pas de raison", je veux dire "y a pas de raison qu'ils les paient". Vu qu'ils n'arrêtent pas de tempêter contre les 35H, c'est qu'ils veulent rallonger la durée du travail sans compensation. Ce serait bien dans leur logique. Quant aux exonérations, elles sont pour les PATRONS, probablement...
C'est contradictoire d'exonérer d'impôts des heures supp' non payées? ce ne serait pas la première fois que cet individu roule les électeurs dans la farine en disant tout et son contraire...…………………………………………………………………………………………………..........

Quelques brèves de mon cru, d’après l’actu de ces derniers jours.

Les néo-libéraux font le nettoyage pour le printemps 2007.

« Là-bas si j’y suis » devient « Là-bas si j’y suis plus ». Et passe dans le créneau réunion Tupperware.
France Inter, écoutez l'indifférence.

Signez la pétition contre la mainmise sur le service public des fossoyeurs de la démocratie.

http://petition.la-bas.org/
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Eric Raoult, lui, se met en chasse contre le nombril et les fesses des jeunes filles.
Eh, oui, monsieur, la femme est perverse et s’expose toute nue toute crue à la convoitise des vieux cochons. Parce qu’un vieux cochon, peuchère, ce qu’il voit, il veut toucher.
Quand on pense que son cher sinistre de l’Inférieur avait réussi à ôter de notre vue les péripatéticiennes qui faisaient tant désordre dans ce pays de Tartufe. Ah, monsieur le curé, on n’est pas sortis de l’auberge. Il y a des femmes PARTOUT. Et elles se prennent pour le nombril du monde. Si c’est pas une misère !

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Le péhesse s’est trouvé un nouveau cheval de bataille : le mariage des homosexuels. En voilà une cause universelle qu’elle est bonne. C’est à peu près tout ce qui reste à améliorer dans le pays : le mariage. Mais, à part s’indigner des délires du premier ministre, quelle cause pourraient-ils bien épouser, hein ? On a tout bon pour le reste.

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7000 postes d'enseignants sucrés: la note est salée. On attend la fin du tour de France et on voit?

La Slovaquie passe à gauche. Qu'elle se méfie: les étiquettes sont trompeuses. Elles valsent vite.

10 employés d'une boulangerie enlevés à Bagdad. Ils s'enlèvent carrément le pain de la bouche! c'est à ça qu'on reconnaît les barbares. Très cons.

Ségo entartée: elle porte plainte. Elle aurait déclaré:"j'avais pas besoin de ça". Si elle le sait, c'est moindre mal. Sarko avait fait coffrer pendant un mois un SDF qui l'aurait insulté. Pour ségo, on ne peut pas faire moins humanitaire. Je suggère donc de faire sortir de taule pendant 30 jours un gars qui a pignon sur rue.

Paul Mc Cartney is 64: tout arrive. Souvenez-vous 1984. A l’époque, c’était de la science-fiction.

Coluche: 20 ans déjà, Desproges pas loin, et Devos qui a fait long feu.
Les grands comiques disparaissent. Nous restent les petits sinistres.

Et TOUJOURS le même président...

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Lues, dans Var-matin, vendredi 23 juin, quelques brèves qui ont retenu mon attention et m’ont inspiré des commentaires.

(Je rappelle, pour ceux qui n’ont que de vagues connaissances géographiques, que Var-Matin est publié dans le Var, département français du sud-est de la France coincé entre les Alpes-Maritimes, connues pour Braïce et pour le Festival de Cannes qui a lieu carrément … à Cannes et les Bouches du Rhône, qui ont vu naître Zidane et JC Gaudin – on a les références qu’on peut):

''Saddam Hussein en grève de la faim pour protester contre l’assassinat de son avocat'' (le énième).
Il a décrété cela jeudi matin, juste après … le petit déjeuner. Tiendra-t-il jusqu’à midi ?

Renaud (l’ancien chanteur) va avoir un fils incessamment.
O pôvre, on n’a pas fini de l’entendre brailler le nom de sa progéniture sur les ondes!

William d’Angleterre : 24 ans déjà. Mais le malheureux n’a pas pu fêter dignement son anniversaire: il était consigné à l’académie militaire de Sandhurst.
Si même les aristos ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent, où va-t-on ?

Je devrais acheter Var-Matin plus souvent. Cela me permettrait de soutenir les efforts de ses journalistes. …………………………………………………………………………………………………...................