Peuple sans amis
Par emcee le dimanche 25 juin 2006, 00:40 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Aux Etats-Unis, la classe moyenne trime dur pour avoir l'argent qui procure le confort matériel et un certain statut social. Le problème, c'est qu'elle n'a plus le temps de partager son bien-être avec les amis.
Nation No-Mates
Gary Younge
The Guardian; June 23, 2006
http://commentisfree.guardian.co.uk...
Un peuple sans amis
Le nombre d’Américains qui dit avoir des amis intimes a encore dégringolé.
Ce n’est pas dur de comprendre pourquoi.
Oubliez Chandler, Rachel, Rose et compagnie. Laissez tomber Jerry, George,
Elaine et Kramer. Non seulement ils ne sont plus à l’antenne mais même quand
ils étaient au sommet de leur popularité, ils étaient déjà obsolètes.
A l’époque où la cellule familiale traditionnelle était remplacée par des
groupes constitués d’amis, d’ex et de co-locataires dans les sitcoms
américaines, le nombre d’Américains qui déclaraient avoir des amis intimes
avait déjà chuté.
Confirmant l’analyse de Robert Putnam dans « Bowling alone »
(« Un ballon pour jouer tout seul »), une enquête qui paraît aujourd’hui
dans le magazine de sociologie américain montre que les Américains ont moins
d’amis et de personnes à qui se confier qu’il y a 20 ans en arrière.
En 1985, l’Américain moyen avait trois amis intimes. En 2004, ce chiffre est
tombé à deux et un quart des personnes interrogées déclarait n’avoir personne à
qui se confier.
“Il n’y a jamais eu en l’espace d’une vingtaine d’années un tel changement de
société” explique à USA TODAY Lynn Smith-Lovin, co-auteur de l’enquête et
professeur de sociologie à Duke University à Durham, Californie du N.
Vu de l’extérieur, ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Etant
donné les horaires de travail des Américains, le peu de vacances auxquelles ils
ont droit, les immenses zones à la (très) grande périphérie des villes où ils
habitent et les longs trajets qu’ils doivent effectuer quotidiennement, il est
probablement difficile de se faire des amis et d’avoir des relations suivies.
Ce n’est pas aussi dramatique à New York, San Francisco, Chicago, Seattle et
quelques autres villes « piétonnes ». Mais les amis, cela prend du temps
et le temps, c’est une des choses dont le salarié américain dispose le
moins.
Cette situation, c’est le prix, dont on ne parle jamais, que paient les
salariés américains pour l’énorme augmentation des gains de productivité, si
souvent saluée par les économistes. C’est aussi une avancée, implicite, sur la
conception du travail en Europe et pour la défense de laquelle tant de
personnes, en particulier en France, descendent dans la rue.
En résumé, à quoi cela sert-il d’avoir plus d’argent si on n’a pas le temps
d’en profiter, ou personne avec qui en profiter ?
Traduit de l’anglais par moi-même
(Gary Younge est chroniqueur, actuellement aux Etats–Unis, du Guardian,
le quotidien britannique)
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Et la France, dans tout ça ?
Sarkozy veut « mettre la France au travail ». Encore un. C’est le credo
du Medef et des néocons du monde entier. Cela ne s’inscrit dans aucune logique.
Il est même bel et bien prouvé que la productivité est moindre dans les pays où
les horaires de travail sont plus longs (sauf, paraît-il, aux Etats-Unis, qui
commencent vraiment à cumuler! Ils s’emmerdent donc tant que ça, chez eux
?).
Alors pourquoi ? Par IDEOLOGIE, purement et simplement.
Un peuple abruti au travail pour se maintenir à un niveau matériel
«acceptable» n’a pas le ressort de penser à se révolter. S’il a tout : la
maison, le bolide étincelant, le robot ménager intelligent, le home cinéma, le
four micro-ondes et tout le bastringue, il va quand même pas aller se faire
chier à se plaindre avec les gueux, qui, eux, n’ont rien de tout ça et encore
moins, mais à qui la faute, hein?
Asservir la classe moyenne, stigmatiser les pauvres et profiter de tout le
monde pour s’approprier toutes les richesses, voilà ce que la minorité de
nantis veut faire de la planète. Les ficelles sont grosses ? Apparemment
pas assez grosses, puisque il en est encore une majorité à se laisser bercer
par les discours mensongers de ces escrocs.
Le Sarko, une fois de plus, annonce la couleur. « Mettre la France
au travail ». Quoi ça? Il veut dire qu’on ne fout rien ? Tu ne te
sens pas d’emblée insulté, toi qui rentres le soir, épuisé après une journée
d’engatzes au bureau?
Et ceux à qui ils sont incapables de donner du travail, ces bouffis, ils
vont les mettre au travail comment ? Commence par trouver du travail à
tout le monde et après on avise pour voir s’il faut vraiment en faire plus pour
que tout le monde vive dans la soie.
Et en faire plus, pourquoi ?
Pour faire grimper l’immobilier et faire travailler encore et encore les
salariés qui veulent s’assurer un toit au-dessus de la tête ? Pour
renoncer aux loisirs accessibles, aux réunions en famille ou entre amis, à la
lecture, à toute culture?
Ah, bon, c’est CA la vie ?
Travailler pour QUI ?
Pour enrichir les riches?
Parce qu’on ne sera pas plus riches si on doit se payer la sécu, l’éducation
des enfants, un toit décent, les transports et quelques maigres loisirs pour
«se laver la tête».
La classe moyenne en Amérique bosse pour son
« sam’suffit » à des kilomètres à vol d’oiseau de son
« sam’suffit pas » - où elle trime jour après jour pour
avoir, en plus du château, le garage rempli de 4x4, l’écran télé à cristaux
liquides, le BBQ qui ne sera jamais allumé, la pizza surgelée achetée au
supermarché du coin ouvert 24 heures sur 24 et où bossent des esclaves à qui il
reste à peine le RMI pour survivre.
La classe moyenne en Amérique n’a plus le temps de s’informer et prend pour
argent comptant la propagande assénée à longueur d’antenne. La classe moyenne
est hypnotisée par les discours sur le patriotisme, les valeurs morales et
religieuses, le Bien et le Mal et Terminator. Elle est coupée de la misère,
enfermée dans son bunker capitonné, loin, très loin des réalités de la vie.
Loin, très loin de l’armée de miséreux que la société capitaliste a créée pour
assurer la pérennité du système.
Loin, très loin de l’Humanité.
La classe moyenne s’enferme entre quatre murs et voit le monde extérieur à
travers une lucarne, que ce soit l'écran de la télé ou d’Internet, un écran
pour chaque membre de la famille, des fois qu'ils voudraient se rapprocher
inutilement et se regarder dans les yeux.
C’est ça que les libéraux rêvent pour nous? Nous couper du reste de
l’humanité ?
Et on va les laisser faire, parce qu’on a un pois chiche à la place du
cerveau (version optimiste)? Et qu’on nous terrorise avec les pseudo
terroristes et tous ceux qui veulent venir égorger nos fils et nos compagnes
?
Mais si nous avons plus de biens matériels, il va bien falloir se protéger
encore davantage de ceux que nous aurons contribué à exclure des richesses,
non ? Et il va falloir payer très cher pour notre « sécurité », cela
aux dépends de nos libertés et de notre tranquillité.
Ce n’est pas de la science-fiction, ni un délire galouzeaubrantesque: ceux
qui regardent autour d’eux et qui s’informent le savent très bien. D’ailleurs,
le processus est largement entamé. Toute la politique libérale n’a qu’un
objectif : ficher, bunkériser, criminaliser, atomiser la société pour
mieux museler toute opposition et tout élan solidaire. Tu bouges, je t'écrase,
sale cafard.
Ne vaut-il pas mieux vivre ensemble, se parler et prendre du plaisir à se
mélanger et se comprendre plutôt que de dresser des murs, mettre des barreaux
et des chaînes à un cercueil doré ?
Les néo-cons cherchent à nous imposer définitivement la consommation, les
heures de travail supplémentaires et la productivité comme valeurs
universelles.
Le petit ministre candidat, en campagne présidentielle, le dit, il veut
«décupler le travail supplémentaire » et propose que les heures supp’
soient totalement exonérées d’impôts et de charges sociales.
Ben voyons ! Encore les pauvres qui trinqueront et les patrons qui s’en
mettront plein les fouilles. En plus, il n’a pas dit si les heures seraient
payées à ceux qui les effectuent. Mais, y a pas de raison (*).
Selon un sondage Sofres-Le Figaro, le triste individu
« inquiète » 55% des Français et en
« rassure » 36%.
En voilà une nouvelle qu’elle est rafraîchissante. Me voilà un peu (oh, très
peu) rassurée. Je le serai pleinement quand les mêmes Français diront la même
chose des socio-libéraux, la madone des sondages en tête.
Si les sondages disent vrai, évidemment.
(*) Note: j'ai vu sur actu-chômage que
cette partie de mon commentaire avait été copiée et commentée. Précision: quand
je dis "y a pas de raison", je veux dire "y a pas de raison qu'ils
les paient". Vu qu'ils n'arrêtent pas de tempêter contre les 35H, c'est
qu'ils veulent rallonger la durée du travail sans compensation. Ce serait bien
dans leur logique. Quant aux exonérations, elles sont pour les PATRONS,
probablement...
C'est contradictoire d'exonérer d'impôts des heures supp' non payées? ce ne
serait pas la première fois que cet individu roule les électeurs dans la farine
en disant tout et son
contraire...…………………………………………………………………………………………………..........
Quelques brèves de mon cru, d’après l’actu de ces derniers jours.
Les néo-libéraux font le nettoyage pour le printemps 2007.
« Là-bas si j’y suis » devient
« Là-bas si j’y suis plus ». Et passe dans le créneau réunion
Tupperware.
France Inter, écoutez l'indifférence.
Signez la pétition contre la mainmise sur le service public des fossoyeurs
de la démocratie.
http://petition.la-bas.org/
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Eric Raoult, lui, se met en chasse contre le nombril et les
fesses des jeunes filles.
Eh, oui, monsieur, la femme est perverse et s’expose toute nue toute crue à la
convoitise des vieux cochons. Parce qu’un vieux cochon, peuchère, ce qu’il
voit, il veut toucher.
Quand on pense que son cher sinistre de l’Inférieur avait réussi à ôter de
notre vue les péripatéticiennes qui faisaient tant désordre dans ce pays de
Tartufe. Ah, monsieur le curé, on n’est pas sortis de l’auberge. Il y a des
femmes PARTOUT. Et elles se prennent pour le nombril du monde. Si c’est pas une
misère !
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Le péhesse s’est trouvé un nouveau cheval de
bataille : le mariage des homosexuels. En voilà une cause
universelle qu’elle est bonne. C’est à peu près tout ce qui reste à améliorer
dans le pays : le mariage. Mais, à part s’indigner des délires du premier
ministre, quelle cause pourraient-ils bien épouser, hein ? On a tout bon
pour le reste.
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7000 postes d'enseignants sucrés: la note est salée. On attend
la fin du tour de France et on voit?
La Slovaquie passe à gauche. Qu'elle se méfie: les
étiquettes sont trompeuses. Elles valsent vite.
10 employés d'une boulangerie enlevés à Bagdad. Ils
s'enlèvent carrément le pain de la bouche! c'est à ça qu'on reconnaît les
barbares. Très cons.
Ségo entartée: elle porte plainte. Elle aurait
déclaré:"j'avais pas besoin de ça". Si elle le sait, c'est moindre
mal. Sarko avait fait coffrer pendant un mois un SDF qui l'aurait insulté. Pour
ségo, on ne peut pas faire moins humanitaire. Je suggère donc de faire sortir
de taule pendant 30 jours un gars qui a pignon sur rue.
Paul Mc Cartney is 64: tout arrive. Souvenez-vous 1984. A
l’époque, c’était de la science-fiction.
Coluche: 20 ans déjà, Desproges pas loin, et Devos qui a
fait long feu.
Les grands comiques disparaissent. Nous restent les petits sinistres.
Et TOUJOURS le même président...
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Lues, dans Var-matin, vendredi 23 juin, quelques
brèves qui ont retenu mon attention et m’ont inspiré des
commentaires.
(Je rappelle, pour ceux qui n’ont que de vagues connaissances
géographiques, que Var-Matin est publié dans le Var, département français du
sud-est de la France coincé entre les Alpes-Maritimes, connues pour Braïce et
pour le Festival de Cannes qui a lieu carrément … à Cannes et les Bouches du
Rhône, qui ont vu naître Zidane et JC Gaudin – on a les références qu’on
peut):
''Saddam Hussein en grève de la faim pour protester contre
l’assassinat de son avocat'' (le énième).
Il a décrété cela jeudi matin, juste après … le petit déjeuner. Tiendra-t-il
jusqu’à midi ?
Renaud (l’ancien chanteur) va avoir un fils
incessamment.
O pôvre, on n’a pas fini de l’entendre brailler le nom de sa
progéniture sur les ondes!
William d’Angleterre : 24 ans déjà. Mais le malheureux
n’a pas pu fêter dignement son anniversaire: il était consigné à l’académie
militaire de Sandhurst.
Si même les aristos ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent, où va-t-on
?
Je devrais acheter Var-Matin plus souvent. Cela me permettrait de soutenir
les efforts de ses journalistes.
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Commentaires
Sur les classes moyennes américaines, un autre facteur d'atomisation sociale : la mobilité, dont on nous rabâche les oreilles ici.
Ma belle-soeur, qui vit là-bas, a changé 3 fois de ville en 5 ans, car l'Américain moyen doit suivre les opportunités de travail. En 3 semaines, maison vendue à Washington, nouvelle achetée à Atlanta, changement de boulot... et de vie. Les liens tissés dans leur première implantation se sont distandus lors de la deuxième et devraient imploser cette fois-ci.
Comme elle l'a remarqué dès le début de son mariage là-bas, les relations sociales sont très superficielles : fric, boulot, conso. Il est très difficile de mettre en place une relation d'amitié dans le sens où nous l'entendons en France. Je suppose que le vagabondage des jeunes cadres dynamiques de la middle class n'y est pas pour rien : à quoi bon créer du lien alors que tu ne sais pas où tu seras dans un mois?
sur l'atomisation des middle class US, je vous recommande la série Weeds qui se passe dans ces nouveaux ghettos de classes moyennes en dehors des grandes villes du pays...(ghettos pour riches qu'onr etrouve à toulouse , montpellier et dans les grandes villes françaises)
Cynique et très drôle, plus léger dans le ton que Six feet Under
Une série Téléchargeable facilement su BitComet
Il existe aussi une autre série métaphorique sur l'empire, le pouvoir, la relation entre nantis et conquêtes..c'est la série ROme qui est téléchargeable sur le net , il y a 12 épisodes, c'et ultra réaliste, loin d'être gnangnan et on apprend bcp de choses sur César... (un autre petit sinistre)
Bravo pour ces billets