Mondialisation en Inde
Par emcee le jeudi 20 avril 2006, 00:07 - Continents à la dérive - Lien permanent
Entre les extravagances des parvenus et la misère noire des laissés-pour-
compte.
Un exemple parmi d’autres : l’Inde, où les agriculteurs, grevés de dettes,
sont aculés au suicide pendant que les nouveaux riches dépensent leur argent
avec ostentation dans un pays où 45% des enfants souffrent de malnutrition.

Child rag-pickers in Calcutta. Photograph: Deshakalyan Chowdhury
Traduction (presque intégrale) de l’article du
Guardian (April 5, 2006):
« A Tale of Two Indias »
http://www.guardian.co.uk/india/sto...
CONTE DES DEUX INDES
Reportage de Randeep Ramesh
Une “gated community” (quartier résidentiel enclos) pour les riches du
sous-continent indien … et un enterrement pour un petit producteur de coton,
poussé au suicide à cause de l’escalade de la pauvreté. La croissance
économique en Inde est époustouflante mais en cette période de mondialisation,
les inégalités qui existaient déjà deviennent encore plus tranchées.
Un Boris Becker en costume bleu se caresse le menton, secoue la tête puis
s’adresse à la caméra. « Non, Non, désolé, je ne vois vraiment pas
d’endroit où j’aimerais vivre autant que celui-là ». Entouré de chalets suisses
en bois et de pelouses bien vertes coupées aux ciseaux à ongles, l’ancien
vainqueur de Wimbledon s’en va tranquillement retrouver, on suppose , son
« endroit ». La publicité qui passe en boucle sur les écrans de télévision
en Inde depuis le mois dernier, donne à penser que Becker veut passer le reste
de son existence à l’ombre des collines Sahyadri, oasis de verdure au milieu de
la poussière de l’état indien du Maharashtra.
C’est une première dans le pays : la publicité pour une enclave privée
qui va isoler 35000 riches résidents de la pauvreté endémique en Inde. Pour y
parvenir, 11000 acres de forêt vitale sont progressivement remplacés par une
ville, Aamby Valley, dont l’accès est interdit par des hauts murs de brique
rouge surmontés d’une clôture électrique. A l’intérieur de chaque maison, il y
a une sonnette d’alarme et les rues sont truffées de caméras de TV à circuit
fermé. Fermée et gardée par des policiers armés, cette commune est inaccessible
aux non-résidents, volontairement isolés du reste du pays.
De multiples façons, Aamby Valley fait penser à un lieu de vacances de luxe
plutôt qu’à un paradis impénétrable. Le climat est un des plus agréables du
pays, la température dépassant rarement 32° grâce aux brises qui soufflent tout
au long de l’année. Il y a des parcs aquatiques, des circuits de randonnée, des
murs d’escalade, un parcours de golf de 18 trous, un village tribal, des
restaurants 5 étoiles, un hôpital de 1500 lits et un aéroport pour les jets
privés. Avec seulement 250 maisons construites sur les 7500 prévues, Aamby
Valley a l’air sinistre d’un plateau d’Hollywood à l’abandon. Mais le quartier
est plus qu’un simple lotissement tape-à-l’œil. sa réalisation marque un
changement dans l’évolution du pays qui passe de la misère noire à des revenus
moyens, insensible au fait que les riches se remplissent de plus en plus les
poches et que certains d’entre eux accumulent des fortunes
indécentes.
Auparavant, les riches qui devaient s’accommoder de la pauvreté oppressante
du pays frôlaient de leur Mercedes des vaches indolentes et évitaient de mettre
les pieds dans les flaques d’urine avec leurs chaussures de luxe. En aucune
façon il n’était possible d’échapper à la criminalité, à la circulation et au
bruit qui sévissent dans les villes. Jusqu’à ce que l’Inde rejoigne l’économie
de marché mondiale dans les années 90, les Indiens étaient enclins à
s’identifier aux pauvres, une caractéristique culturelle qui s’inspirait de
l’ascétique Mahatma Ghandhi.
L’Inde de Ghandi, ou du moins son influence sur l’économie a disparu
complètement au cours de ces dix dernières années. De 1947 à 1991, le taux de
croissance économique annuel était de 3,5%, ce fameux « taux de croissance
hindou » qui privilégiait l’égalité et la stabilité sociale plutôt que
l’opulence. Après 1991, tout cela a changé. Les notions de rapidité d’exécution
et de performances ont été inculquées à la société indienne qui par tradition
vivait de façon plus posée et plus décontractée.
Le taux de croissance annuel a grimpé à 6%. Et ces trois dernières années,
il a atteint 8%, ce qui indique que l’économie aura doublé d’ici 10 ans. Le
message actuel est semblable à celui de la Chine dans les années 90, dans les
paroles attribuées à Deng Xiao Ping: « s’enrichir c’est magnifique ». Non
pas que la richesse ait atteint toutes les couches de la société. L’Inde est un
seul et même pays mais les riches et les pauvres semblent habiter sur des
planètes différentes. Pratiquement passées sous silence, il y a des réalités
quotidiennes abominables : le taux de malnutrition des enfants de moins de
5 ans est de 45%, un taux scandaleusement élevé. Moins d’un tiers des maisons
en Inde sont équipées de sanitaires et la plupart des femmes doivent attendre
la nuit pour répondre à l’appel de la nature. Les discours sur l’éradication de
la pauvreté dans le monde sonnent creux en Inde, un pays qui compte un tiers
des pauvres de la Planète et où 300 millions de personnes vivent avec moins
d’un dollar par jour.
Pourtant un autre monde est en train d’émerger, dynamisé par la fortune
immense qu’amassent les nouveaux riches en Inde, qui achètent les produits de
luxe aux noms réputés, vont skier dans les Alpes et envoient leurs enfants à
Harvard. A brève échéance, il y aura 3,8 millions de foyers dont le revenu
atteindra 10 millions de roupies (200.000€).
En dessous d’eux, la bourgeoisie représente environ 150 millions de
personnes. Leur appétit pour les biens de consommation a vu se développer une
nouvelle culture de l’argent, comment en gagner et comment le dépenser. En
Inde, les classes moyennes, dans une économie où l’Etat intervenait davantage,
n’avaient pas le choix entre divers produits. Le pays connaît actuellement une
hausse rapide de la consommation. Pour certains, ceci est bien la preuve que
l’Inde, en ouvrant ses frontières, a bénéficié de la mondialisation – en
permettant à Dior, Bulgari et Rolls Royce de s’implanter dans le pays. La
consommation dans cette Inde-là est particulièrement ostentatoire.
Aambay Valley offre aux Indiens la possibilité de se séparer de l’Etat
moyennant sonnantes et trébuchantes : un acre (env. 5000 m2) ou deux de
terrain coûte 70 millions de roupies (1,3m €). Le prix du chalet de base avec 2
chambres est de 15 millions de roupies (300 000 €) – c à d 90 fois le revenu
annuel moyen d’une famille en Inde. Ce fait seul donne aux riches l’assurance
qu’ils seront complètement séparés de la populace (…)
Au cœur de ces projets, se profile la privatisation des espaces urbains.
Aamby Valley est géré par une compagnie privée, Sahara, un groupe indien qui a
créé une compagnie aérienne, dirige des chaînes de télévision ainsi qu’un
réseau de banque rurale dans le Nord de l’Inde (…).
Tout cela laisse présager une transformation bien plus profonde :
l’éclosion d’une classe de gens qui se méfient de l’Etat et rêvent de se créer
un Eldorado bien à eux. Les nouveaux riches en Inde abandonnent l’Etat
discrètement : en payant leur propre police et en jouant au golf dans des
clubs privés. Apparemment, ils ne se soucient guère de financer les services
publics ou d’aider les pauvres qui restent avec leurs écoles et leurs hôpitaux
délabrés. Cette inégalité institutionnelle émane du système de castes,
hiérarchie sociale en Inde, mais s’y ajouteront bientôt d’autres clivages
sociaux quand les villes non modernisées seront envahies par toute une classe
d’indigents.
Pour voir l’éclosion d’une nouvelle ère en Inde, il suffit de regarder la
télévision. Les personnages de spots publicitaires pour les voitures semblent
toujours conduire sur des routes impeccables, à travers des forêts en Autriche
ou le long de plages californiennes, sans ornières ni vaches sacrées.
Ancré chez les riches indiens, il y a le sentiment triomphant qu’une Inde
fière et arrogante revendique aujourd’hui la place qu’elle mérite dans le
monde. Et qu’à l’ère des délocalisations, des technologies de pointe et des
armes nucléaires, l’image de l’Inde à l’étranger ne peut plus être réduite à
celle d’éléphants, de maharajas et d’enfants en guenilles aux ventres
protubérants.
Il faut souvent le soutien de célébrités pour que les pauvres puissent se
faire entendre. Le mois dernier, à Delhi, l’écrivain indienne Arundhati Roy se
tenait aux côtés de femmes en sari qui scandaient des slogans dans l’espoir
d’attirer l’attention sur un fléau terrible : l’épidémie de suicides chez
les petits agriculteurs. Des milliers d’agriculteurs se sont donné la mort
quand ils se sont retrouvés avec des dettes qui, transposées en dollars,
représenteraient à peine le prix d’un I-Pod, mais qui suffisent à plonger dans
la misère une famille entière.
(…) Roy explique : « Une partie de l’Inde a fait sécession. La
mondialisation a créé une classe de gens très riches. Ils se fichent pas mal
que les colporteurs soient chassés des rues ou que les taudis soient détruits
du jour au lendemain.
Selon elle, l’Inde se désagrège avec une rapidité inouïe et intolérable à
cause de la libéralisation. Dans les villes, marteaux et bulldozers démolissent
des quartiers entiers de bidonvilles pour les remplacer par des immeubles
flambant neuf. Et ces transformations affectent encore plus profondément les
villages où, dit Roy : « l’Inde ne vit pas. Elle se meurt.
».
L’Inde est une mosaïque de 500.000 villages, chacun peuplé d’un millier
d’habitants environ. Cette spécificité démographique s’est pliée, des siècles
durant, à un ordre établi tacite, régi par le système de castes, les moissons
et les fêtes religieuses.
Mais l’avènement du capitalisme - qui s’est traduit, dans les villes par une
consommation effrénée, des constructions extravagantes et des mœurs plus
dissolues - a eu un effet bien plus dévastateur sur les villages
indiens.
A une centaine de kilomètres de Aamby valley, dans la région de Vidarbha, la
ceinture agricole à l’est de l’état du Maharashtra, se trouvent des champs de
terre noire qui produisaient autrefois une abondante récolte d’ «or blanc»,
comme on appelait le coton. Mais la récolte a perdu de sa superbe ces dernières
années. L’arrivée sur le marché de nouveaux pesticides et de semences
génétiquement modifiées, ainsi que de tracteurs ultra-modernes qui siphonnent
goulûment une essence qui augmente sans cesse, a fait flamber les coûts de
production. Parallèlement, l’Inde, dans sa campagne de libéralisation, a
supprimé les barrières douanières qui interdisait l’entrée au coton
étranger.
Les agriculteurs de Vidarbha, qui ne sont plus protégés grâce au contrôle du
marché et aux tarifs douaniers, sont obligatoirement mis en concurrence avec
les agriculteurs de UE et des Etats-Unis qui eux sont subventionnés à coups de
milliards de dollars par an. Résultat : les cultivateurs de coton en Inde
ont été ruinés en quelques petites années. Enfermés dans la pauvreté à cause de
dettes qu’ils ne peuvent pas rembourser, les agriculteurs ont revendu leurs
charrettes, puis leur bétail, et enfin, leurs terres et leur maison. Certains
proposent un rein pour 100 000 roupies.
D’autres ont mis en vente des villages entiers. Les 800 acres de Dorli, un
village dans la région de Wardha, tout équipé pour recevoir 46 familles, peut
être à vous pour 200m de roupies (£2,5m), environ la même somme que pour trois
lots à Aamby Valley. « Ca peut se négocier », dit Sujata Halule, 27 ans,
membre élu au conseil municipal du village. « Nous n’avons pas de
vêtements, rien à manger … les chiens vivent mieux que nous ici maintenant
».
Dans le journal local il y a un décompte sinistre du nombre de suicides
d’agriculteurs dans la région : le total en six mois le jour de mon
arrivée était de 348. Kadu Petkar en fait partie : en février dernier, il
a avalé une bouteille d’insecticide, s’est allongé sur son hamac, a vomi et est
mort.
La maison de Petkar, faite de briques et d’argile, située dans le village de
Kurjhi Fort contient 3 ou 4 petites pièces qui, à mon arrivée, se remplissent
de personnes en deuil. La mère de Petkar est accroupie sur le sol, Nanda, la
fille, raconte comment elle a retrouvé son père ce matin-là. Cet agriculteur de
45 ans avait emprunté 31.000 roupies (450€) dix ans auparavant ; malgré
quelques remboursements occasionnels, sa dette avait triplé au moment de son
suicide. La banque était déjà venue demander son dû, l’obligeant à vendre une
partie de ses terres.
Petkar laisse derrière lui sa femme, sa mère de 75 ans, son père de 80 ans
et 4 enfants qui vont tous sombrer encore davantage dans la misère. Les plus
âgés d’entre eux sont repartis travailler dans les champs comme travailleurs
journaliers où ils gagnent moins d’une livre par jour (1,50 €). Nanda, 16 ans
va bientôt les rejoindre. Elle préfèrerait pourtant poursuivre ses études «à la
grande ville » et aller faire les magasins comme toutes les filles de son
âge mais la mort de son père a anéanti ses ambitions. «Maintenant je n’ai plus
de rêves», dit-elle.
Le mois dernier, 77 agriculteurs se sont suicidés, ce qui fait près de 3 par
jour. Certains écrivains ont appelé cela « la Grande Dépression »
mais la semaine même où les chiffres des suicides étaient publiés, il y avait
dans les journaux plus d’articles sur la semaine de la mode à Mombai que sur
les souffrances du monde rural.
La mondialisation en Inde, phénomène brutal et de grande ampleur, a créé
dans le pays des changements rapides. Et plus il y avait de rentrées d’argent
grâce à l’ouverture des marchés, plus les transformations étaient
déconcertantes.
Et les Indiens qui se comptent parmi les perdants de ces évènements sont
largement beaucoup plus nombreux que les gagnants. Plus de 400 millions
d’agriculteurs affichent à peine 375 dollars chacun de rendement annuel alors
qu’il est de 25.000 dollars pour le million environ d’ingénieurs en
informatique.
Ce sont ces inégalités, particulièrement dans une société qui en est venue à
valoriser l’accumulation des richesses, qui répercute les pronostics de la CIA
et des banques d’affaires comme Goldman Sachs selon lesquels l’Inde, de même
que la Chine, qui sont appelées à dominer l’économie mondiale dans les
prochaines décennies. La Chine est déjà la deuxième économie mondiale ;
l’Inde est sur le point de dépasser le Japon et de prendre la 3° place. Un
avenir de prospérité encore plus importante semble donc assuré. C’est le cas
également pour la réalité actuelle qui est que le pays reste un endroit
effroyable où vivre quand on est pauvre.
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ET AUSSI:
Inde: toujours davantage de problèmes liés au coton
transgénique
L’Etat d’Andra Pradesh menace Monsanto d’engager une procédure pénale au cas
ou l’entreprise refuserait de dédommager les agriculteurs qui exigent des
compensations. Le gouvernement dispose de 20 rapports qui confirment que les
paysans ont été abusés. Ces rapports dénoncent également le marketing agressif,
les prix trop élevés, les chiffres de production trompeurs et les cultures en
plein champ secrètes de l’entreprise.
Dans l’Etat de Vidarbha, le nombre de suicides des agriculteurs surendettés, en
proie au désespoir, augmente; la majorité d’entre eux sont des paysans
cultivant des OGM. (WebIndia02, 06)
Gentech-news 129 ; janvier 2006
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Rapport intéressant de Swissaid sur le génie génétique appliqué à
l’agriculture, en particulier dans les pays pauvres:
http://www.swissaid.ch/politik/f/do...
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Who said "the poor cannot be happy "?
The toothless, but hearty smile of an Halakki lady conceals a life of utter
poverty, illiteracy and exploitation. Traditionally, these tribals led a simple
farming life along the Sahyadri mountains in southwest India, but the extremely
simple lifestyles of Halakkis made them vulnerable against the currents of
"progress" and in the recent years, their men have taken to drinking and
gambling in large numbers and the women have fallen prey to the exploits of
men, Indian and foreign.
Le sourire édenté mais cordial d’une femme Halakki dissimule une vie d’extrême pauvreté, d’analphabétisme et d’exploitation. Traditionnellement, ces tribus menaient une vie modeste de fermiers le long de la chaîne de montagnes Sahyadri au sud-ouest de l’Inde mais leur mode de vie extrêmement simple les ont rendus vulnérables aux vagues de « progrès » de ces dernières années. Les hommes se sont mis à boire et à jouer tandis que les femmes sont devenues la proie des hommes, Indiens et étrangers.
Photos
http://www.kamat.com/kalranga/bhiks...
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Commentaires
Je connais un peu l'Inde, j'y ai vécu de sacrés trucs, des moments d'émotions grandioses. Ce texte m'a complètement déprimé.
C'est malin !
coucou
j'arrive chez toi!
cet article sur l'Inde m'intéresse beaucoup. je connais bien l'Inde du sud et je l'aime beaucoup (et encore plus).
L'article est parfait , il énonce parfaitement les problèmes. l'écart entre riches et pauvres se creuse encore, de façon dramatique. ça m'avait particulièrement frappée à Bangalore ,et le libéralisme fou pousse les paysans au déséspoir.
si ça t'intéresse, j'ai tenu tout lété, sur mon blog, un journal de notre voyage en Inde, dédié à toutes les rencontres que nous avons faites, disons que c'est un panorama de la société indienne (avac ses limites, les très riches comme les très pauvres sont inaccessibles)
J'aime beaucoup tous les textes de ton blog, et son orientation
je reviendrai
bonne journée
Bonjour, Céleste,
Je n'avais pas vu ce commentaire qui était, lui aussi, resté lettre morte.
Je ne comprends pas pourquoi certains passent et d'autres non. En revanche, leurs trucs porno imposés par des tarés, eux passent parfaitement! Il faut vraiment que cette société de m. salisse tout.
Bon, voilà qui est réparé.
Pour revenir à L'Inde, c'est un pays qui me fascine. Et je n'arrive pas à comprendre comment une démocratie, somme toute ancienne, n'arrive pas à assurer un minimum vital à chacun de ses citoyens (malgré, évidemment tous les obstacles auxquels se heurtent les autorités, évidemment, dont les pratiques ancestrales qui ont la vie dure).
Et la mondialisation est en train de créer ses dégâts irréversibles (par ex: Coca, boycotté, puis boycott levé; OGM etc.).
J'ai vu sur ton blog tout ce que tu as ramené de là-bas. Photos, témoignages etc. qui montrent bien que ce n'était pas du simple tourisme, mais une volonté de rencontrer la population et de les comprendre.
Mais je t'en parlerai plutôt sur ton blog...
Autre billet sur l'Inde dans ce blog: [2006/03/06/88-grippe-aviaire-du-tamiflu-au-dessert]
Bonjour,
Je rentre tout juste de 6 mois en Inde. Parti sac au dos, guitare en bandouliere, pour une mission de commerce equitable de coton.
Ton article est tres bon, quoiqu'un peu tronque.
Oui les riches en Inde font des choses completement outrageuses compte tenu de la pauvrete du pays. Oui les paysans meurent, je suis bien place pour le savoir. Oui les ultra riches s'enferment et gardent jalousement meme les miettes de leurs festins quand les autres crevent de faim.
Mais d'un autre cote, toute une population peut se permettre desormais de rever a l'achat d'un telephone, d'une moto, d'une tv, et surtout de manger de temps a autre autre chose que du riz et du dal.
Ce qui m'inquiete davanatage c'est la pollution hallucinante qui se profile du fait de cette consommation effrennee.
Merci de ce beau texte en tous cas.
Namastegi.
Marc-Henri.
Merci, marc-Henri, pour ce commentaire intéressant. Je ne connais pas l'Inde, hélas: c'est un pays passionnant à bien des égards. C'est pourquoi, j'ai traduit cet article du Guardian qui me semblait proche de la réalité.
Ton expérience de six mois en Inde doit être extraordinaire et je suis curieuse d'avoir des détails, en particulier, en ce qui concerne le commerce équitable du coton.
J'ai lu beaucoup d'articles contradictoires sur le commerce équitable, et je n'arrive pas à me faire ma propre opinion (ou disons que j'en ai une mais qui est peut-être un peu trop négative).
Et également, j'aimerais savoir dans quelles parties de l'Inde tu as sillonné.
Pour ce qui concerne la frange de la population qui a quelque espoir de pouvoir accéder à des biens de consommation, je comprends son enthousiasme.
Mais le modèle occidental qui fait des ravages sur toute la planète (pollution, individualisme, consommation outrancière de produits somme toute inutiles, "avoir" au lieu d'"être", pillage de ressources vitales pour le bien de quelques-uns, etc.) est-il un exemple à suivre?
N'y-a-t-il point un juste milieu pour tous?
Ou bien sommes-nous irréversiblement destinés à une disparition prématurée?
C'est très compliqué, tout cela. Et il n'y a pas l'ombre d'une réponse globale côté autorités, à part des mesurettes démagogiques qui ne dérangent surtout pas l'ordre établi. C'est inquiétant.
Amicalement
Bonjour,
Expatrié français à Calcutta (Kolkata), je trouve votre article bien écrit et bien renseigné.
Cela dit, je ne voie pas très bien où vous voulez en venir. Laissons ("nous" les occidentaux, le gouvernement du pays, etc.) les Indiens dans les champs de coton? Interdisons aux millions d'informaticiens locaux de bien gagner leur vie (et celle de leur famille au sens large) parce qu'en agissant de la sorte on facilitera la vie de l'Inde rurale?
Premièrement, permettez-moi de rappeler que la pauvreté des villages indiens n'a pas attendu internet et la mondialisation. A propos de l'exode rural vers les mégapoles (en l'occurence Calcutta) est-il utile de citer "La Cité de la Joie" de Dominique Lapierre, années 70 si je ne m'abuse... no comment.
Deuxièmement, pardonnez-moi, mais la plupart des gens que j'ai croisés ici avec qui j'ai pu avoir ce genre de discussion (qui ne sont pas tous des bourgeois loin s'en faut, même au regard des critères locaux), détestent -le mot est faible- le cliché de "pauvreté heureuse", qui fait le beurre des bouquins touristiques occidentaux*. Ils ont soif, beaucoup plus que nous, de modernité et de performance. Ils revendiquent leur droit à vivre aussi bien que les Français ("become another France"), qui se permettent des minima sociaux (RMI) environ 10 fois supérieurs au salaire moyen ici, des soins médicaux du meilleur niveau, des infrastructures de grande qualité permettant un niveau de pollution bas (mettez-vous en perspective de Calcutta…) ? Pouvez vous affirmer en toute bonne foi (et bonne conscience) qu'ils puissent y parvenir avec des moyens de production ancestraux?
Enfin, avant que vous ne me jetiez sans autre forme de procès dans la catégorie des « requins capitalistes qui vont faire leur beurre sur le dos du tiers monde en appauvrissant les salariés français grâce aux délocalisations » : oui, je travaille dans l’industrie informatique offshore, en tant que simple salarié (non je ne viens pas faire fortune ici), et ma motivation est à mettre au compte de l’expérience humaine et professionnelle. Laquelle expérience me conforte dans l’idée que l’Inde avec son potentiel intellectuel a tout intérêt à construire des universités, des écoles d’ingénieurs, d’investir dans ses infrastructures, de promouvoir son industrie … en bref de poursuivre l’aventure de sa modernisation.
C’est le plus sûr moyen d’arriver, un jour, à nourrir tous ses citoyens.
Très sincères salutations.
coucou, articlentrès intéressant
je me demandais ce que tu voulais
indiquer dans cete précision: but hearty smile of an halakki lady conceals a
life of utter poverty ... A+