Nous, les Français sommes-nous d'indécrottables anti-tout?
Par emcee le dimanche 9 avril 2006, 20:32 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Si c'est le cas, nous sommes en train de contaminer la Planète entière.
Ici, c'est un Américain, William Pfaff, éditorialiste dans divers journaux qu'on ne peut pas soupçonner de gauchisme échevelé, qui, dans l'article "Capitalism under fire", nous parle du capitalisme tel qu'il est devenu, cela à la lumière des mouvements sociaux en France.

Traduction de "Capitalism under fire" par William Pfaff, publié dans le
Herald Tribune
Le capitalisme sur la sellette
Les manifestations des étudiants, des travailleurs et des candidats
éventuels à l’emploi, ainsi que des syndicats et de la gauche française qui ont
pris le train en marche, ont abouti à une révolte spontanée contre un objet que
peu de participants, me semble-t-il, apprécient à sa juste valeur.
Ces manifestations, dont l’objectif apparent est d’obtenir le retrait d’une
petite modification de la politique de l’emploi de ce gouvernement, ont pris
une dimension radicalement différente.
Les foules de manifestants qui envahissent les rues contestent une certaine
forme d’économie capitaliste qu’une grande partie de la société française, si
ce n’est la majorité, considère comme un danger pour les principes de justice
et surtout d’ « égalité » - ce puissant concept que la France est
pratiquement le seul pays à avoir élevé au rang de cause nationale, cette
valeur qui figure au cœur de la devise de la République. » Liberté,
Egalité, Fraternité ».
Le premier ministre D de Villepin n’avait de toute évidence pas idée des
conséquences quand il s’est embarqué dans la mise en place de ce qui lui
paraissait être une mesure pour l’emploi minime mais constructive, destinée à
assouplir les blocages structurels qui empêchent les créations
d’emplois.
Il a sans le vouloir soulevé ce que beaucoup de Français considèrent comme
une des questions fondamentales de l’avenir de la nation. Tout comme il y a
deux ans le référendum sur la Constitution leur a fourni matière à réflexion
sur la nature de l’Union Européenne dans l’avenir et sur le modèle de
capitalisme qui y prévaudrait.
Les Français ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Un débat similaire sur les
« modèles » de capitalisme a lieu depuis toujours en Allemagne (qui
connaît actuellement une vague de conflits sociaux) et au sein de l’Union
Européenne même, qui, depuis qu’elle comprend 25 membres, s’est éloignée du
modèle «social » européen traditionnel. Même la Grande Bretagne a connu la
semaine dernière la grève la plus importante depuis les années 20, sur la
question des retraites.
Les Français, certes, ont été hostiles au « capitalisme sauvage »
depuis l’instant où la bête immonde s’est mise à rôder dans les usines
démoniaques de la Grande Bretagne du XIXième siècle, pour partir ensuite
implanter un autre repaire Outre-Atlantique.
Une enquête récente menée au niveau international sur le principe de libre
entreprise et d’économie de marché révèle que 74% des Chinois pensent que c’est
le meilleur système existant, contre 36% en France (les Allemands n’étaient pas
loin derrière les Français).
La question essentielle c’est : de quel capitalisme parle-t-on? depuis
les années 70, deux changements fondamentaux se sont opérés dans le modèle de
capitalisme dominant (américain).
Le premier c’est que le « stakeholder » (NDLT :
toute partie prenante dans l’entreprise), version du capitalisme (en Amérique)
remaniée après le New Deal qui dominait dans les pays occidentaux après la
Seconde Guerre Mondiale, a été remplacé par un nouveau modèle qui a redéfini
les objectifs et la responsabilité sociale des entreprises.
Le premier modèle impliquait que les entreprises avaient le devoir d’assurer
le bien-être de leurs salariés, et une dette vis-à-vis de la société (dont
elles s’acquittaient principalement, mais pas uniquement, en payant des
charges). Ce modèle-là a été remplacé par un autre où les dirigeants des
entreprises sont tenus de créer de la « valeur » à brève échéance
évaluée en termes de valeurs en bourse et de dividendes trimestriels.
Les conséquences logiques du système en sont: l’impératif d’effectuer des
coupes claires dans les salaires et les avantages sociaux des salariés (ce qui
conduit parfois même à escamoter les retraites des salariés ou à des forfaits
similaires), les pressions sur les politiques et le matraquage médiatique pour
expliquer qu’il faut limiter la contribution des entreprises aux finances de
l’Etat et à l’intérêt public.
En résumé, ce système dans les pays développés, revu et corrigé à partir des
années soixante, permet de s’emparer de la richesse des salariés et des aides
gouvernementales pour les distribuer aux actionnaires et aux dirigeants
d’entreprise.
Cette analyse peut paraître provocatrice, il me semble pourtant que ce n’est
qu’une observation des faits.
Ceux qui critiquent actuellement les Européens récalcitrants aux
« réformes » disent que leur attitude empêche les chefs d’entreprises
de réduire la main-d’œuvre et de délocaliser les emplois, cela pour ajouter de
la « valeur » à leur entreprise (le Herald Tribune titrait
récemment : « l’accord AT&T-Bell South applaudi par Wall St. La
fusion des deux entreprises pourrait se solder par la perte de 10000 emplois
»)
J’appelais cela “le capitalisme de PDG”, étant donné que les chefs
d’entreprise aujourd’hui contrôlent efficacement les conseils d’administration
et sont ceux qui profitent le plus du système, uniquement soumis aux
froncements de sourcils de gestionnaires de fonds communs de placement,
eux-mêmes cherchant à tirer les meilleurs dividendes possible, pas à défendre
les travailleurs ou l’intérêt public.
Le deuxième changement, c’est la mondialisation. Il en résulte pour la
société dans les pays développés la mise en concurrence des emplois avec les
pays les plus pauvres.
Pas besoin d’aller plus loin dans ce qui est une question très complexe, si
ce n’est citer l’économiste David Ricardo qui dit dans « la Loi
d’Airain » que dans des conditions de concurrence de salaires et de main
d’œuvre illimitée, les salaires chutent à un niveau à peine supérieur au
minimum vital.
Il n’y a jamais eu auparavant de travailleurs en nombre illimité. Or, c’est
le cas actuellement, grâce à la mondialisation. Et ce processus ne fait que
commencer.
Il me semble que ces conflits sociaux en Europe montrent qu’il existe une
énorme différence d’appréhension des conséquences pour les êtres humains d’un
modèle capitaliste qui considère la main d’œuvre comme une marchandise et étend
au monde entier la concurrence sur le prix de cette marchandise.
A plus long terme, il peut y avoir à cela des répercussions politiques plus
importantes que même les étudiants français politisés n’ont pas prévues. Ce qui
paraît être une prise de position réactionnaire, voire *Luddite pourrait bien
s’avérer prophétique.
William Pfaff
THURSDAY, MARCH 30, 2006; International Herald
Tribune
Texte original:
http://www.iht.com/articles/2006/03...
Sur l'auteur:
W. Pfaff:
http://www.tmsfeatures.com/tmsfeatu...
NOTE: *Luddite : le terme trouve son origine dans le
nom d'un ouvrier anglais, John ou Ned Ludd (parfois appelé « King
Ludd » ou « General Ludd »), qui aurait détruit deux métiers à tisser
en 1780.
L'authenticité de cet évènement et ses motivations exactes restent cependant
discutées. On ignore en fait s'il a véritablement existé. Mais des lettres
signées de ce nom ont été envoyées en 1811, menaçant les patrons de l'industrie
textile de sabotage.
Le terme « luddisme » est maintenant utilisé plus généralement de
façon péjorative pour fustiger tous ceux qui s'opposent aux nouvelles
technologies (on parle même de « neo-luddisme »).
Lire plus à ce sujet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Luddit...
Et aussi:
http://cetcopra.univ-paris1.fr/Docu...
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Pfaff et son analyse de nos
"présidentiables"
Villepin's presidential ambitions for 2007 can probably be forgotten,
although he has 13 months to prove otherwise.
Sarkozy has put himself under unprecedented scrutiny. He has abrasive
ambition, a short man's chip on the shoulder, but is hopelessly unable to
handle himself outside of France - and also doesn't look like a
president.
The Socialists offer a half-dozen mostly unconvincing candidates. The
crisis has demonstrated their divisions and lack of a program; and they remain
tainted by the Mitterrand record.
Traduction libre:
Villepin peut probablement oublier ses ambitions présidentielles pour 2007,
bien qu’il lui reste 13 mois pour prouver le contraire.
Sarkozy s’est mis sur le devant de la scène comme jamais encore personne
auparavant. D’une ambition dévorante, ce petit homme agressif et belliqueux est
cependant absolument incapable de dépasser les frontières de l’Hexagone. De
plus, il n’a pas une tête de président.
Les socialistes ont un éventail d’une demi-douzaine de candidats
improbables. La crise actuelle a montré leurs divisions et leur absence de
programme. Enfin, ils restent discrédités par le bilan de Mitterrand.
Bon, il a la dent dure avec tout ce beau linge. Tels qu'on les
connaît, ils ne vont apprécier que moyennement. Moins que moi, en tout
cas
Ils sont partout. Pourvu qu'il y ait du flouze à se faire. Des
tonnes de flouze.

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