Nouveaux super-riches en GB: la culpabilité en moins, l'arrogance en plus
Par emcee le dimanche 2 avril 2006, 20:54 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
Les fortunes indécentes amassées par la nouvelle vague de dirigeants d’entreprises ne profitent pas à la Grande-Bretagne.
Elles profitent aux super-riches, qui s’enrichissent davantage,
dépensent sans compter et font un étalage obscène de leur fortune souvent
acquise grâce à la spéculation et accrue par l’exonération
fiscale.
Pendant que les pauvres, qui souffrent encore plus de la misère et
de l’indifférence, observent avec envie et ébahissement ces nouveaux riches se
livrer à des dépenses somptuaires et des gaspillages
scandaleux.
L’attitude arrogante de ces nantis est nouvelle en GB où les plus
fortunés, mus par un sentiment de culpabilité, n’auraient pas songé à vouloir
posséder toujours plus sur le dos des contribuables.
Le New Labour, entre autres, a balayé ces scrupules.
C’est à peu près ce que dit l’article du Guardian, traduit
ci-dessous. Mais lisez-le quand même.

Le train de vie des nouveaux super-riches britanniques, exonérés
d’impôts, nous dépouille tous.
Il y avait naguère un sentiment de honte à laisser s’installer des
inégalités criantes. Aujourd’hui, la nouvelle race de chefs d’entreprise se
vautre dans l’opulence.
Il y a dix ans, la GB était un des pays les plus égalitaires des pays
développés. Actuellement, c’est l’un des plus inégalitaires. Ce bouleversement
est dû à une révolution extraordinaire : l’arrivée massive de
super-riches. Non seulement ont-ils accumulé des fortunes à un niveau et à une
allure qui ne s’étaient plus vus depuis près d’un siècle, mais ils ont remis au
goût du jour l’étalage de luxe.
Les fêtes et les yachts sont toujours plus somptuaires, les clubs de foot de
Première division sont devenus les jouets des super-riches mondiaux,
l’aspersion au champagne est de plus en plus en vogue chez les banquiers
d’affaires. Les riches aiment plus que tout battre leurs rivaux sur le terrain
de l’étalage de la fortune.
Quand Philip Green s’est attribué des dividendes d’un milliard deux de
livres, il a battu opportunément le record précédent détenu quelques mois plus
tôt par le magnat de l’acier Lakshmi Mittal.
Il y a peu, une flambée des écarts entre les revenus des riches et des
pauvres se serait avérée politiquement inacceptable. Mais l’explosion actuelle
des fortunes a reçu un accueil très favorable de la part de toute la classe
politique. Tony Blair a applaudi l’ascension des super-riches. Comme l’a dit
Peter Mandelson, le « New labour » est tout à fait à l’aise vis à vis
de ceux qui amassent des fortunes « indécentes ».
Le dogme actuel, c’est que dans la mesure où on améliore la situation des
plus pauvres, ce fossé n’est plus un problème. Cette flambée des fortunes
personnelles est interprétée comme le signe du dynamisme de la Grande Bretagne.
Peu de personnes s’offusqueraient si ces énormes fortunes privées s’étaient
constituées à la suite de créations d’entreprises et d’efforts pour ajouter de
la valeur à l’entreprise à des niveaux encore inégalés. Mais est-ce vraiment ce
qui a motivé l’augmentation phénoménale des salaires des PDG, les tarifs
mirobolants à la City de Londres et les bonus records ?
Malheureusement, la réponse semble être essentiellement non. Evidemment, il
y a beaucoup d’exemples de chefs d’entreprise, de James Dyson aux pionniers de
l’Internet, qui ont créé des richesses, des emplois et des ouvertures et dont
on estime qu’ils méritent leur place au sommet.
Mais ces chefs d’entreprise créatifs figurent peu sur la liste des
super-riches. Nous ne sommes pas dans une période de renouveau économique où
les nouveaux riches enrichissent la société, tirant tout le monde vers le haut.
En fait, La GB a un faible taux d’innovations et de productivité au niveau
international.
Les fortunes personnelles en croissance constante ne sont pas étroitement
liées à des niveaux records de créations de richesses. Les rangs des riches
sont, plutôt, composés de beaucoup de magnats, de banquiers et de PDG
d’entreprises qui, loin de créer de la richesse, ont tiré profit de notre
regard bienveillant vis-à-vis des riches pour s’emparer d’une plus grande part
du gâteau. Loin de ce que certains enthousiastes affirment être un « jeu à
somme positive » sans perdants, ce qui se passe c’est un transfert de
richesses entre contribuables ordinaires, actionnaires et clients.
Les dirigeants de sociétés actuels ont tendance à jouer un rôle différent de
ceux du passé.
Il y a plus de chances qu’ils aient accumulé leur fortune non pas en créant
leur propre entreprise et leur production, ou en l’améliorant en introduisant
de nouveaux procédés, mais grâce à des opérations boursières, à des
négociations commerciales et des spéculations, ce qui comporte moins de risques
et crée, en effet, moins de richesse, voire pas du tout.
Il y a vingt ans, le dirigeant type d’une compagnie cotée en bourse gagnait
environ 25 fois plus qu’un salarié moyen ; aujourd’hui, il gagne près de
120 fois plus. Ce bond en avant aurait pu se justifier s’il avait été motivé
par un changement radical des performances des entreprises en GB. Mais ce n’est
manifestement pas le cas. Une étude effectuée par l’Université de Manchester
démontre que les dirigeants d’entreprises jouissent d’augmentations de salaires
qui prévalent sur un train de mesures visant à améliorer les performance des
entreprises.
« Value skimming » (surévaluation) c’est ainsi que les
auteurs appellent le phénomène.
Le magazine économique Management Today a condamné l’énorme écart des
salaires en constante augmentation, disant qu’il défiait tout sens de la
justice. Les “récompenses pour incompétence” sont devenues monnaie courante. La
plupart des PDG ont négocié des contrats leur garantissant, même en cas de
licenciement, des indemnités substantielles appelées « parachutes dorés ».
Charles Handy, spécialiste de la gestion d’entreprise, fait remarquer que ces
indemnités de départ offrent à la stupidité d’un dirigeant le moyen le plus
rapide pour lui d’accéder au statut de millionnaire. En Amérique, on les
appelle les « préservatifs dorés » parce qu’ils protègent le cadre et
baisent l’actionnaire ». Cela n’est pas sans rappeler la réflexion du PDG
adjoint de Lloyd’s : « Dieu n’en aurait pas fait des moutons s’il
n’avait pas voulu qu’ils soient dépouillés ».
La plupart des banquiers de la City de Londres sont également concernés par
une certaine forme de « surévaluation ». La City fonctionne comme un
immense trust officieux qui fixe des tarifs excessifs pour un service qui, dans
la majorité des cas, consiste à transférer (si ce n’est à détruire) des
richesses plutôt qu’à en créer. De plus en plus, sont privilégiés les contrats
à court terme qui apportent de l’argent vite gagné, ce qui contraste avec la
patiente construction d’une activité commerciale sur laquelle reposent les
entreprises qui durent et la création de richesses à long terme qui ont été à
l’origine de nombreuses grandes compagnies prospères.
Les fusions et les rachats sont souvent plus motivés par la perspective de
gains importants et de rentrées d’argent pour les administrateurs et leurs
conseillers boursiers que par les intérêts à long terme des entreprises. La
spéculation financière, à l’origine de nombreuses fortunes actuelles, est
rarement associée à une création. Comme l’avoue une personnalité du secteur des
« hedge funds »: « quand j’ai commencé à travailler à la City de
Londres, je ne comprenais pas qu’on veuille me donner autant d’argent alors que
je ne créais rien ».
La gestion d’entreprise et l’exonération des charges vont de pair. Il y a
peu de grands chefs d’entreprises qui n’aient exploité tous les filons pour
échapper à l’impôt afin d’accroître leur fortune personnelle (aux dépens des
contribuables). P Green a économisé des millions de livres d’impôts sur le
revenu parce que ses deux sociétés, Bhs et Arcadia, sont au nom de sa femme,
Tina, qui est résidente monégasque (5000 Britanniques, pour la plupart patrons
d’entreprises, habitant Monaco, ce paradis fiscal a été surnommé le
« rocher anglais »). Sir Richard Branson, Lakshmi Mittal et Hans Rausing
utilisent les paradis fiscaux en toute légalité pour payer moins
d’impôts.
Les efforts successifs (et bien accueillis) pour encourager une nouvelle
culture d’entreprise allaient entraîner, nous avait-on juré, un effet
« *trickle down » qui finirait par profiter à tout le monde. En fait,
ce qui s’est produit c’est que le 1% de riches s’est emparé d’une part de plus
en plus disproportionnée de la richesse nationale : 23% aujourd’hui contre
17% à la fin des années 80. En revanche, la part qui revient à l’autre moitié
de la population est passée de 10% à 6%. Cela ressemble plus à du
« trickle up » qu’à du trickle down ».
Il n’y a rien d’inéluctable à ce fossé entre les riches et les pauvres.
C’est essentiellement un phénomène anglo-saxon. Cette culture du « tous
les moyens sont bons» peut être remise en cause, comme cela a eu lieu dans la
période d’après-guerre où est né un modèle social qui a réfréné l’appât du gain
de ceux en haut de l’échelle. Cependant, ces dernières années ont connu un
déclin du gène de la honte qui permettait autrefois de juguler les abus dans
les entreprises. Au moment même où les actionnaires expriment leur indignation
en constatant certains des pires excès des dirigeants d’entreprises, le
gouvernement a le soutien du public et le pouvoir de définir ce qui est
acceptable. Que le capitalisme aie un « visage inacceptable », cela a été
dit, d’ailleurs, il n’y a pas si longtemps que cela, par Edward Heath, Premier
Ministre conservateur.
Stewart Lansley; Saturday April 1, 2006; The
Guardian
Stewart Lansley is the author of Rich Britain,
The Rise and Rise of the New Super-Wealthy; a longer version of
this article appears in April's Fabian Review
"The tax-free lifestyle of Britain's new mega-wealthy is
impoverishing us all"
http://www.guardian.co.uk/comment/s...
*Trickle down : théorie libérale qui affirme
que l´enrichissement de l´élite irrigue grâce à ses investissements et à sa
consommation toute la pyramide sociale"

Mais la GB se rebiffe: 1 million de salariés du secteur public
grévistes le mardi 28 mars 2006. Une telle mobilisation ne s'était plus vue
depuis 1926.
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