Elles profitent aux super-riches, qui s’enrichissent davantage, dépensent sans compter et font un étalage obscène de leur fortune souvent acquise grâce à la spéculation et accrue par l’exonération fiscale.

Pendant que les pauvres, qui souffrent encore plus de la misère et de l’indifférence, observent avec envie et ébahissement ces nouveaux riches se livrer à des dépenses somptuaires et des gaspillages scandaleux.

L’attitude arrogante de ces nantis est nouvelle en GB où les plus fortunés, mus par un sentiment de culpabilité, n’auraient pas songé à vouloir posséder toujours plus sur le dos des contribuables.

Le New Labour, entre autres, a balayé ces scrupules.

C’est à peu près ce que dit l’article du Guardian, traduit ci-dessous. Mais lisez-le quand même.




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Le train de vie des nouveaux super-riches britanniques, exonérés d’impôts, nous dépouille tous.

Il y avait naguère un sentiment de honte à laisser s’installer des inégalités criantes. Aujourd’hui, la nouvelle race de chefs d’entreprise se vautre dans l’opulence.

Il y a dix ans, la GB était un des pays les plus égalitaires des pays développés. Actuellement, c’est l’un des plus inégalitaires. Ce bouleversement est dû à une révolution extraordinaire : l’arrivée massive de super-riches. Non seulement ont-ils accumulé des fortunes à un niveau et à une allure qui ne s’étaient plus vus depuis près d’un siècle, mais ils ont remis au goût du jour l’étalage de luxe.

Les fêtes et les yachts sont toujours plus somptuaires, les clubs de foot de Première division sont devenus les jouets des super-riches mondiaux, l’aspersion au champagne est de plus en plus en vogue chez les banquiers d’affaires. Les riches aiment plus que tout battre leurs rivaux sur le terrain de l’étalage de la fortune.

Quand Philip Green s’est attribué des dividendes d’un milliard deux de livres, il a battu opportunément le record précédent détenu quelques mois plus tôt par le magnat de l’acier Lakshmi Mittal.

Il y a peu, une flambée des écarts entre les revenus des riches et des pauvres se serait avérée politiquement inacceptable. Mais l’explosion actuelle des fortunes a reçu un accueil très favorable de la part de toute la classe politique. Tony Blair a applaudi l’ascension des super-riches. Comme l’a dit Peter Mandelson, le « New labour » est tout à fait à l’aise vis à vis de ceux qui amassent des fortunes « indécentes ».

Le dogme actuel, c’est que dans la mesure où on améliore la situation des plus pauvres, ce fossé n’est plus un problème. Cette flambée des fortunes personnelles est interprétée comme le signe du dynamisme de la Grande Bretagne. Peu de personnes s’offusqueraient si ces énormes fortunes privées s’étaient constituées à la suite de créations d’entreprises et d’efforts pour ajouter de la valeur à l’entreprise à des niveaux encore inégalés. Mais est-ce vraiment ce qui a motivé l’augmentation phénoménale des salaires des PDG, les tarifs mirobolants à la City de Londres et les bonus records ?

Malheureusement, la réponse semble être essentiellement non. Evidemment, il y a beaucoup d’exemples de chefs d’entreprise, de James Dyson aux pionniers de l’Internet, qui ont créé des richesses, des emplois et des ouvertures et dont on estime qu’ils méritent leur place au sommet.
Mais ces chefs d’entreprise créatifs figurent peu sur la liste des super-riches. Nous ne sommes pas dans une période de renouveau économique où les nouveaux riches enrichissent la société, tirant tout le monde vers le haut. En fait, La GB a un faible taux d’innovations et de productivité au niveau international.

Les fortunes personnelles en croissance constante ne sont pas étroitement liées à des niveaux records de créations de richesses. Les rangs des riches sont, plutôt, composés de beaucoup de magnats, de banquiers et de PDG d’entreprises qui, loin de créer de la richesse, ont tiré profit de notre regard bienveillant vis-à-vis des riches pour s’emparer d’une plus grande part du gâteau. Loin de ce que certains enthousiastes affirment être un « jeu à somme positive » sans perdants, ce qui se passe c’est un transfert de richesses entre contribuables ordinaires, actionnaires et clients.

Les dirigeants de sociétés actuels ont tendance à jouer un rôle différent de ceux du passé.

Il y a plus de chances qu’ils aient accumulé leur fortune non pas en créant leur propre entreprise et leur production, ou en l’améliorant en introduisant de nouveaux procédés, mais grâce à des opérations boursières, à des négociations commerciales et des spéculations, ce qui comporte moins de risques et crée, en effet, moins de richesse, voire pas du tout.

Il y a vingt ans, le dirigeant type d’une compagnie cotée en bourse gagnait environ 25 fois plus qu’un salarié moyen ; aujourd’hui, il gagne près de 120 fois plus. Ce bond en avant aurait pu se justifier s’il avait été motivé par un changement radical des performances des entreprises en GB. Mais ce n’est manifestement pas le cas. Une étude effectuée par l’Université de Manchester démontre que les dirigeants d’entreprises jouissent d’augmentations de salaires qui prévalent sur un train de mesures visant à améliorer les performance des entreprises.

« Value skimming » (surévaluation) c’est ainsi que les auteurs appellent le phénomène.

Le magazine économique Management Today a condamné l’énorme écart des salaires en constante augmentation, disant qu’il défiait tout sens de la justice. Les “récompenses pour incompétence” sont devenues monnaie courante. La plupart des PDG ont négocié des contrats leur garantissant, même en cas de licenciement, des indemnités substantielles appelées « parachutes dorés ». Charles Handy, spécialiste de la gestion d’entreprise, fait remarquer que ces indemnités de départ offrent à la stupidité d’un dirigeant le moyen le plus rapide pour lui d’accéder au statut de millionnaire. En Amérique, on les appelle les « préservatifs dorés » parce qu’ils protègent le cadre et baisent l’actionnaire ». Cela n’est pas sans rappeler la réflexion du PDG adjoint de Lloyd’s : « Dieu n’en aurait pas fait des moutons s’il n’avait pas voulu qu’ils soient dépouillés ».

La plupart des banquiers de la City de Londres sont également concernés par une certaine forme de « surévaluation ». La City fonctionne comme un immense trust officieux qui fixe des tarifs excessifs pour un service qui, dans la majorité des cas, consiste à transférer (si ce n’est à détruire) des richesses plutôt qu’à en créer. De plus en plus, sont privilégiés les contrats à court terme qui apportent de l’argent vite gagné, ce qui contraste avec la patiente construction d’une activité commerciale sur laquelle reposent les entreprises qui durent et la création de richesses à long terme qui ont été à l’origine de nombreuses grandes compagnies prospères.

Les fusions et les rachats sont souvent plus motivés par la perspective de gains importants et de rentrées d’argent pour les administrateurs et leurs conseillers boursiers que par les intérêts à long terme des entreprises. La spéculation financière, à l’origine de nombreuses fortunes actuelles, est rarement associée à une création. Comme l’avoue une personnalité du secteur des « hedge funds »: « quand j’ai commencé à travailler à la City de Londres, je ne comprenais pas qu’on veuille me donner autant d’argent alors que je ne créais rien ».

La gestion d’entreprise et l’exonération des charges vont de pair. Il y a peu de grands chefs d’entreprises qui n’aient exploité tous les filons pour échapper à l’impôt afin d’accroître leur fortune personnelle (aux dépens des contribuables). P Green a économisé des millions de livres d’impôts sur le revenu parce que ses deux sociétés, Bhs et Arcadia, sont au nom de sa femme, Tina, qui est résidente monégasque (5000 Britanniques, pour la plupart patrons d’entreprises, habitant Monaco, ce paradis fiscal a été surnommé le « rocher anglais »). Sir Richard Branson, Lakshmi Mittal et Hans Rausing utilisent les paradis fiscaux en toute légalité pour payer moins d’impôts.

Les efforts successifs (et bien accueillis) pour encourager une nouvelle culture d’entreprise allaient entraîner, nous avait-on juré, un effet « *trickle down » qui finirait par profiter à tout le monde. En fait, ce qui s’est produit c’est que le 1% de riches s’est emparé d’une part de plus en plus disproportionnée de la richesse nationale : 23% aujourd’hui contre 17% à la fin des années 80. En revanche, la part qui revient à l’autre moitié de la population est passée de 10% à 6%. Cela ressemble plus à du « trickle up » qu’à du trickle down ».

Il n’y a rien d’inéluctable à ce fossé entre les riches et les pauvres. C’est essentiellement un phénomène anglo-saxon. Cette culture du « tous les moyens sont bons» peut être remise en cause, comme cela a eu lieu dans la période d’après-guerre où est né un modèle social qui a réfréné l’appât du gain de ceux en haut de l’échelle. Cependant, ces dernières années ont connu un déclin du gène de la honte qui permettait autrefois de juguler les abus dans les entreprises. Au moment même où les actionnaires expriment leur indignation en constatant certains des pires excès des dirigeants d’entreprises, le gouvernement a le soutien du public et le pouvoir de définir ce qui est acceptable. Que le capitalisme aie un « visage inacceptable », cela a été dit, d’ailleurs, il n’y a pas si longtemps que cela, par Edward Heath, Premier Ministre conservateur.

Stewart Lansley; Saturday April 1, 2006; The Guardian

Stewart Lansley is the author of Rich Britain, The Rise and Rise of the New Super-Wealthy; a longer version of this article appears in April's Fabian Review

"The tax-free lifestyle of Britain's new mega-wealthy is impoverishing us all"

http://www.guardian.co.uk/comment/s...

*Trickle down : théorie libérale qui affirme que l´enrichissement de l´élite irrigue grâce à ses investissements et à sa consommation toute la pyramide sociale"

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Mais la GB se rebiffe: 1 million de salariés du secteur public grévistes le mardi 28 mars 2006. Une telle mobilisation ne s'était plus vue depuis 1926.