Traduction de: "Bird flu in India: profits override public health concerns"

By Parwini Zora

Article pêché dans le "World Socialist Web Site"



Quand les premiers cas de grippe aviaire ont été annoncés en Inde le mois dernier, le gouvernement central a envoyé des messages contradictoires où ils minimisaient l’apparition du virus dans le pays tout en prenant des mesures pour faire procéder à l’abattage massif de volatiles.

Après la découverte de la souche pathogène du virus de la grippe aviaire dans la petite ville rurale de Navapur, dans l’état de Maharashtra, à l’ouest de l’Inde, débuta alors la recherche systématique de personnes atteintes d’accès de fièvre suspecte.

Par précaution, les autorités ont isolé Navapur et 19 villages avoisinants, c à d une agglomération de 30000 habitants. L’existence d’un deuxième foyer d’infection a été localisé dans la petite ville de Uchchal dans l’état voisin de Gujarat.

Selon les déclarations de la Secrétaire adjointe du Département des élevages, à la date du 27 février, près de 40000 volatiles avaient été d’ores et déjà abattus dans un rayon de 3 Kms dans les régions touchées. Elle a indiqué que des analyses effectuées à Navapur et à Uchchhal avaient décelé le virus sur certains échantillons mais que dans les 516 autres échantillons prélevés dans différentes parties du pays, il n’y avait pas trace de contamination.

Quatorze habitants de Navapur, dont 3 enfants de moins de deux ans, susceptibles d’être contaminés par le virus avaient été mis en quarantaine et placés en observation. Et 90000 autres personnes de la région ont fait l’objet d’analyses.

D’après l’Asia Times, malgré l’éventualité des risques, seuls 25 millions de dollars US ont été affectés par le gouvernement central pour empêcher la propagation du virus et pour rendre opérationnels les 3 laboratoires à Bangalore, Chennai et Kolkata, en plus du laboratoire central de Bhopal, destinés à la recherche du virus H2N1. Le ministre de l ‘Agriculture, Sharad Pawar, n’a su que répéter ce que disaient les milieux financiers, à savoir que les médias ne devaient pas faire de battage publicitaire disproportionné sur cette affaire afin de ne pas affecter durement l’économie rurale.

Les grands producteurs de volailles en Inde s’efforcent de concert de minimiser les risques. L’annonce de l’apparition de la grippe aviaire a fait chuter les ventes de volailles de 80 à 90% et a fait cesser les exportations vers les pays voisins, le Moyen Orient et le Japon. Ceci a entraîné jusqu’à 15% de baisse des actions de Venky’s India et de SKM Egg Products, les plus grands producteurs de volailles en Inde. Les actions d’importantes compagnies de tourisme (Asian Hotels, Oriental Hotels et Royal Orchid) ont également enregistré une forte baisse.

L’Inde est le premier producteur mondial d’œufs et se situe au 5° rang pour l’élevage de poulets, un secteur en pleine expansion estimé à 6,7 milliards de dollars. Environ 60% des 490 millions d’élevages de volailles font partie du secteur industriel, le reste étant des petites exploitations familiales dont dépendent pour vivre 3 millions de personnes.

Alors que les grands producteurs volaillers perdent des marchés à l’exportation lucratifs, les petits éleveurs doivent subir l’extermination de toute leur production avec à la clé peu ou pas d’indemnisation à cause de mises en quarantaine irréfléchies et de mesures arbitraires imposées par des autorités qui manquent de personnel compétent et de matériel adéquat. d’après certains articles de presse, le gouvernement du Maharashtra a promis de verser un dollar US d’indemnité pour toute volaille abattue, ce qui, selon les éleveurs ne remboursera même pas la moitié des frais engagés.

Navapur est une petite ville rurale typique en Inde où il y a peu d’infrastructures sociales et où le dispensaire n’offre aucun traitement efficace et abordable. La population connaît un taux de chômage élevé et des enfants meurent de malnutrition. La plupart des habitants n’ont pas eu d’information adéquate sur les implications de la grippe aviaire, et encore moins comment elle se propageait ni quelles mesures de prévention il y avait lieu de prendre. Cela, à cause de l’absence de programmes gouvernementaux de sensibilisation et de prévention alliée à des taux effarants d’analphabétisme.

Après l’apparition du virus R5N1, les autorités de l’état ont dû mettre en place un service de soins spécifiques avec des lits d’isolement et du personnel soignant supplémentaire. Il a fallu faire venir du matériel médical indispensable, comme par exemple 4 respirateurs artificiels, et deux anesthésistes.

Le docteur Archana Chitte, l’unique médecin à Sarel, un autre village du Maharashtra a expliqué à la BBC qu’il devait s’occuper d’un secteur comprenant 28 villages environnants, ce qui représentait une population de 20000 habitants.

« Pourquoi le gouvernement ne prend-il pas des mesures pour qu’il y ait deux médecins responsables du même secteur, cela permettrait d’alterner les jours de visite. Il me faut parfois me rendre dans les environs pour aller chercher des médicaments ou du matériel. Qui s’occupe de mes malades pendant ce temps ? ».

Ses déclarations donnent un aperçu de l’indigence des moyens dans les régions rurales en Inde où deux tiers de la population vivent toujours, sans sanitaires et autres mesures d’hygiène.

Une enquête effectuée en 2003 par l’organisme national d’études et de statistiques indique qu’en Inde on trouve un centre de soins à plus de 5 Kms de 54% des villages et à plus de 10 kms de distance pour 27% d’entre eux. Il n’y a un dispensaire que dans 10% des villages et une clinique privée ou un médecin dans 20% d’entre eux.

Les chiffres de l’OMS montrent qu’il y a en moyenne seulement 45 médecins et 8,9 lits d’hôpital pour 100 000 patients, cette proportion étant bien inférieure dans les états les plus pauvres. L’Inde se situe au 127° rang sur les 177 pays classés par l’Indice de Développement Humain (IDH) qui mesure la qualité de la vie dans un pays à partir de différents indicateurs sociaux.

Le Dr Chiite ajoute : « Ici, on manque d’eau courante et d’électricité ». L’état du Maharashtra manque d’électricité à cause des besoins d’entreprises locales et étrangères basées à Mumbai, un des grands centres industriels et financiers. Le gouvernement de l’état a demandé récemment à la population de réduire de 20% sa consommation d’électricité.

La population rurale compte souvent sur l’élevage d’animaux pour subvenir à ses besoins alimentaires. Elle vit dans des hameaux à très forte densité et en étroite promiscuité avec les animaux, comme la volaille ou les cochons. Jusqu’à présent, les 170 personnes infectées dans le monde par le virus, dont 92 sont mortes, travaillaient ou avaient été en contact direct avec des oiseaux contaminés.

Le danger, c’est que dans ces conditions la grippe aviaire ne se mute en un virus mortel transmissible entre humains. Si cela se produit, alors, on pourrait avoir à faire face à une pandémie qui provoquerait la mort de millions de personnes dans le monde entier.

Le gouvernement indien dépense moins d’1% du PIB pour la santé publique. Le système de santé est un des plus privatisés au monde à cause des réformes économiques mises en œuvre par les gouvernements successifs depuis 1991. En conséquence, les dépenses de santé augmentent, de façon effarante, de 14% tous les ans, alors que le pays a le taux annuel le plus élevé de cas mortels de tuberculose. Et que beaucoup d’autres meurent de maladies évitables et curables comme la malaria, la dengue ou le choléra.

K.N. Nagaraj de l’Institut de Madras des études sur le développement explique : « Très peu de pays consacrent une part aussi faible de leur PIB aux dépenses de santé. Parmi ceux-là, il y a le Myanmar, le Burundi, et l’Azerbaïdjan. D’autre part, il n’y a peut-être qu’une douzaine de pays en développement où la part dans le PIB des dépenses de santé privées est supérieure à celle de l’Inde. Si on regarde la part des dépenses privées dans l’ensemble des dépenses de santé, c’est pire. En Inde, elle est de 78,7%.

Et cette politique est bien partie pour perdurer malgré la menace de grippe aviaire. Même si le ministre des finances a tenté de présenter le 3° budget gouvernemental de l’Alliance Progressiste Unie (UPA), annoncé cette semaine, comme un « antidote à la pauvreté » et « pro-pauvre », il affirme que le gouvernement doit poursuivre la réduction du déficit budgétaire.

Les laboratoires mondiaux et nationaux se positionnent actuellement pour tirer profit d’une éventuelle épidémie humaine mondiale de grippe aviaire. Ranbaxy, le géant indien de la pharmacie, qui réalise 80% de son chiffre d’affaires à l’étranger, dit que les pourparlers avec Roche pour obtenir la licence qui lui permettrait de produire le Tamiflu, l’antiviral du groupe suisse, sont bien avancés. Cipla, un autre groupe pharmaceutique en Inde, joue des coudes pour obtenir de Roche une licence secondaire pour la fabrication et la distribution de l’antiviral.

Le projet de politique pharmaceutique nationale en Inde prévoit la réduction de la production de génériques à faibles coûts pour les maladies chroniques et mortelles, ceci à cause des modifications apportées par l’Inde à sa législation sur les brevets pour se mettre en conformité avec l’accord de l'OMC sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce (ADPIC) et qui a pris effet en janvier 2005.

Au cours de l’année 2006, un grand nombre de géants mondiaux de la pharmacie vont sans doute sous-traiter la fabrication de leurs produits en Inde où les coûts de production sont bien inférieurs à ceux pratiqués en Europe ou aux Etats-Unis. Goldman Sachs, une banque d’investissement, estime que les coûts de la recherche et du développement en Inde représentent un 1/8ième de ceux pratiqués dans les pays occidentaux. L’an dernier, les bénéfices nets de 50 grands groupes pharmaceutiques indiens ont augmenté de 32,4%.

Le gouvernement UPA, dominé par le parti du Congrès, et soutenu par le « Front de Gauche », a poursuivi la libéralisation du secteur de la Recherche, faisant passer les contributions indirectes sur les produits pharmaceutiques de 16 à 8% et en renonçant au contrôle des prix pour les laboratoires qui ont une grande part du marché intérieur.

Parallèlement, la très grande majorité de la population indienne n’aura pas les moyens d’acheter le Tamiflu. Roche a annoncé à ses actionnaires qu’il compte faire payer une boîte de traitement 17 dollars dans les pays industrialisés et 14 dollars « seulement » dans les pays en développement. Une boîte de 10 comprimés pour un traitement de 5 jours équivaudrait à plus de la moitié du revenu mensuel de la plupart des Indiens.

Les statistiques ont montré que 30% de la population en Inde vit avec moins d’un dollar par jour, les pauvres dans les villes et dans les campagnes habitant dans des taudis sordides.

Et pourtant le gouvernement indien a refusé l’aide des services sanitaires internationaux pour faire face aux risques que constitue la grippe aviaire, affirmant que l’Inde est en mesure de régler la crise toute seule. En même temps qu’elle met en danger la population, cette attitude rigide et bornée entrave le besoin d’une coordination scientifique et médicale internationale qui permettrait de régler une crise mondiale, et non pas spécifiquement indienne, qui touche maintenant une vingtaine de pays.

Une pandémie de grippe aviaire pourrait résulter en une véritable catastrophe humaine en Inde et dans le reste du monde à cause de grands groupes financiers avides de profits, secondés par des politiques gouvernementales qui font fi de la santé de millions de personnes, et cela pour des vulgaires raisons commerciales et de réductions de coûts.

4 March 2006; World Socialist Web Site
http://www.wsws.org/articles/2006/m...

VOIR également:

Roche s’enrichit avec le risque de pandémie aviaire et prévoit 2 milliards d’euros de bénéfices
http://www.local.attac.org/marseill...

OMC et génériques, dossier par Act-Up
http://www.actupparis.org/propriete...