Grippe aviaire: du Tamiflu au dessert
Par emcee le lundi 6 mars 2006, 00:13 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie - Lien permanent
... Et les marrons d’Inde
"La grippe aviaire en Inde : les profits plus importants que les questions de santé publique"
Traduction de: "Bird flu in India: profits override public health
concerns"
By Parwini Zora
Article pêché dans le "World Socialist Web Site"
Quand les premiers cas de grippe aviaire ont été annoncés en Inde le mois
dernier, le gouvernement central a envoyé des messages contradictoires où ils
minimisaient l’apparition du virus dans le pays tout en prenant des mesures
pour faire procéder à l’abattage massif de volatiles.
Après la découverte de la souche pathogène du virus de la grippe aviaire
dans la petite ville rurale de Navapur, dans l’état de Maharashtra, à l’ouest
de l’Inde, débuta alors la recherche systématique de personnes atteintes
d’accès de fièvre suspecte.
Par précaution, les autorités ont isolé Navapur et 19 villages avoisinants,
c à d une agglomération de 30000 habitants. L’existence d’un deuxième foyer
d’infection a été localisé dans la petite ville de Uchchal dans l’état voisin
de Gujarat.
Selon les déclarations de la Secrétaire adjointe du Département des
élevages, à la date du 27 février, près de 40000 volatiles avaient été d’ores
et déjà abattus dans un rayon de 3 Kms dans les régions touchées. Elle a
indiqué que des analyses effectuées à Navapur et à Uchchhal avaient décelé le
virus sur certains échantillons mais que dans les 516 autres échantillons
prélevés dans différentes parties du pays, il n’y avait pas trace de
contamination.
Quatorze habitants de Navapur, dont 3 enfants de moins de deux ans,
susceptibles d’être contaminés par le virus avaient été mis en quarantaine et
placés en observation. Et 90000 autres personnes de la région ont fait l’objet
d’analyses.
D’après l’Asia Times, malgré l’éventualité des risques, seuls 25 millions de
dollars US ont été affectés par le gouvernement central pour empêcher la
propagation du virus et pour rendre opérationnels les 3 laboratoires à
Bangalore, Chennai et Kolkata, en plus du laboratoire central de Bhopal,
destinés à la recherche du virus H2N1. Le ministre de l ‘Agriculture, Sharad
Pawar, n’a su que répéter ce que disaient les milieux financiers, à savoir que
les médias ne devaient pas faire de battage publicitaire disproportionné sur
cette affaire afin de ne pas affecter durement l’économie rurale.
Les grands producteurs de volailles en Inde s’efforcent de concert de
minimiser les risques. L’annonce de l’apparition de la grippe aviaire a fait
chuter les ventes de volailles de 80 à 90% et a fait cesser les exportations
vers les pays voisins, le Moyen Orient et le Japon. Ceci a entraîné jusqu’à 15%
de baisse des actions de Venky’s India et de SKM Egg Products, les plus grands
producteurs de volailles en Inde. Les actions d’importantes compagnies de
tourisme (Asian Hotels, Oriental Hotels et Royal Orchid) ont également
enregistré une forte baisse.
L’Inde est le premier producteur mondial d’œufs et se situe au 5° rang pour
l’élevage de poulets, un secteur en pleine expansion estimé à 6,7 milliards de
dollars. Environ 60% des 490 millions d’élevages de volailles font partie du
secteur industriel, le reste étant des petites exploitations familiales dont
dépendent pour vivre 3 millions de personnes.
Alors que les grands producteurs volaillers perdent des marchés à
l’exportation lucratifs, les petits éleveurs doivent subir l’extermination de
toute leur production avec à la clé peu ou pas d’indemnisation à cause de mises
en quarantaine irréfléchies et de mesures arbitraires imposées par des
autorités qui manquent de personnel compétent et de matériel adéquat. d’après
certains articles de presse, le gouvernement du Maharashtra a promis de verser
un dollar US d’indemnité pour toute volaille abattue, ce qui, selon les
éleveurs ne remboursera même pas la moitié des frais engagés.
Navapur est une petite ville rurale typique en Inde où il y a peu
d’infrastructures sociales et où le dispensaire n’offre aucun traitement
efficace et abordable. La population connaît un taux de chômage élevé et des
enfants meurent de malnutrition. La plupart des habitants n’ont pas eu
d’information adéquate sur les implications de la grippe aviaire, et encore
moins comment elle se propageait ni quelles mesures de prévention il y avait
lieu de prendre. Cela, à cause de l’absence de programmes gouvernementaux de
sensibilisation et de prévention alliée à des taux effarants
d’analphabétisme.
Après l’apparition du virus R5N1, les autorités de l’état ont dû mettre en
place un service de soins spécifiques avec des lits d’isolement et du personnel
soignant supplémentaire. Il a fallu faire venir du matériel médical
indispensable, comme par exemple 4 respirateurs artificiels, et deux
anesthésistes.
Le docteur Archana Chitte, l’unique médecin à Sarel, un autre village du
Maharashtra a expliqué à la BBC qu’il devait s’occuper d’un secteur comprenant
28 villages environnants, ce qui représentait une population de 20000
habitants.
« Pourquoi le gouvernement ne prend-il pas des mesures pour qu’il y ait
deux médecins responsables du même secteur, cela permettrait d’alterner les
jours de visite. Il me faut parfois me rendre dans les environs pour aller
chercher des médicaments ou du matériel. Qui s’occupe de mes malades pendant ce
temps ? ».
Ses déclarations donnent un aperçu de l’indigence des moyens dans les
régions rurales en Inde où deux tiers de la population vivent toujours, sans
sanitaires et autres mesures d’hygiène.
Une enquête effectuée en 2003 par l’organisme national d’études et de
statistiques indique qu’en Inde on trouve un centre de soins à plus de 5 Kms de
54% des villages et à plus de 10 kms de distance pour 27% d’entre eux. Il n’y a
un dispensaire que dans 10% des villages et une clinique privée ou un médecin
dans 20% d’entre eux.
Les chiffres de l’OMS montrent qu’il y a en moyenne seulement 45 médecins et
8,9 lits d’hôpital pour 100 000 patients, cette proportion étant bien
inférieure dans les états les plus pauvres. L’Inde se situe au 127° rang sur
les 177 pays classés par l’Indice de Développement Humain (IDH) qui mesure la
qualité de la vie dans un pays à partir de différents indicateurs
sociaux.
Le Dr Chiite ajoute : « Ici, on manque d’eau courante et
d’électricité ». L’état du Maharashtra manque d’électricité à cause des besoins
d’entreprises locales et étrangères basées à Mumbai, un des grands centres
industriels et financiers. Le gouvernement de l’état a demandé récemment à la
population de réduire de 20% sa consommation d’électricité.
La population rurale compte souvent sur l’élevage d’animaux pour subvenir à
ses besoins alimentaires. Elle vit dans des hameaux à très forte densité et en
étroite promiscuité avec les animaux, comme la volaille ou les cochons. Jusqu’à
présent, les 170 personnes infectées dans le monde par le virus, dont 92 sont
mortes, travaillaient ou avaient été en contact direct avec des oiseaux
contaminés.
Le danger, c’est que dans ces conditions la grippe aviaire ne se mute en un
virus mortel transmissible entre humains. Si cela se produit, alors, on
pourrait avoir à faire face à une pandémie qui provoquerait la mort de millions
de personnes dans le monde entier.
Le gouvernement indien dépense moins d’1% du PIB pour la santé publique. Le
système de santé est un des plus privatisés au monde à cause des réformes
économiques mises en œuvre par les gouvernements successifs depuis 1991. En
conséquence, les dépenses de santé augmentent, de façon effarante, de 14% tous
les ans, alors que le pays a le taux annuel le plus élevé de cas mortels de
tuberculose. Et que beaucoup d’autres meurent de maladies évitables et curables
comme la malaria, la dengue ou le choléra.
K.N. Nagaraj de l’Institut de Madras des études sur le développement
explique : « Très peu de pays consacrent une part aussi faible de
leur PIB aux dépenses de santé. Parmi ceux-là, il y a le Myanmar, le Burundi,
et l’Azerbaïdjan. D’autre part, il n’y a peut-être qu’une douzaine de pays en
développement où la part dans le PIB des dépenses de santé privées est
supérieure à celle de l’Inde. Si on regarde la part des dépenses privées dans
l’ensemble des dépenses de santé, c’est pire. En Inde, elle est de
78,7%.
Et cette politique est bien partie pour perdurer malgré la menace de grippe
aviaire. Même si le ministre des finances a tenté de présenter le 3° budget
gouvernemental de l’Alliance Progressiste Unie (UPA), annoncé cette semaine,
comme un « antidote à la pauvreté » et « pro-pauvre », il
affirme que le gouvernement doit poursuivre la réduction du déficit
budgétaire.
Les laboratoires mondiaux et nationaux se positionnent actuellement pour
tirer profit d’une éventuelle épidémie humaine mondiale de grippe aviaire.
Ranbaxy, le géant indien de la pharmacie, qui réalise 80% de son chiffre
d’affaires à l’étranger, dit que les pourparlers avec Roche pour obtenir la
licence qui lui permettrait de produire le Tamiflu, l’antiviral du groupe
suisse, sont bien avancés. Cipla, un autre groupe pharmaceutique en Inde, joue
des coudes pour obtenir de Roche une licence secondaire pour la fabrication et
la distribution de l’antiviral.
Le projet de politique pharmaceutique nationale en Inde prévoit la réduction
de la production de génériques à faibles coûts pour les maladies chroniques et
mortelles, ceci à cause des modifications apportées par l’Inde à sa législation
sur les brevets pour se mettre en conformité avec l’accord de l'OMC sur les
Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce (ADPIC)
et qui a pris effet en janvier 2005.
Au cours de l’année 2006, un grand nombre de géants mondiaux de la pharmacie
vont sans doute sous-traiter la fabrication de leurs produits en Inde où les
coûts de production sont bien inférieurs à ceux pratiqués en Europe ou aux
Etats-Unis. Goldman Sachs, une banque d’investissement, estime que les coûts de
la recherche et du développement en Inde représentent un 1/8ième de ceux
pratiqués dans les pays occidentaux. L’an dernier, les bénéfices nets de 50
grands groupes pharmaceutiques indiens ont augmenté de 32,4%.
Le gouvernement UPA, dominé par le parti du Congrès, et soutenu par le
« Front de Gauche », a poursuivi la libéralisation du secteur de la
Recherche, faisant passer les contributions indirectes sur les produits
pharmaceutiques de 16 à 8% et en renonçant au contrôle des prix pour les
laboratoires qui ont une grande part du marché intérieur.
Parallèlement, la très grande majorité de la population indienne n’aura pas
les moyens d’acheter le Tamiflu. Roche a annoncé à ses actionnaires qu’il
compte faire payer une boîte de traitement 17 dollars dans les pays
industrialisés et 14 dollars « seulement » dans les pays en
développement. Une boîte de 10 comprimés pour un traitement de 5 jours
équivaudrait à plus de la moitié du revenu mensuel de la plupart des
Indiens.
Les statistiques ont montré que 30% de la population en Inde vit avec moins
d’un dollar par jour, les pauvres dans les villes et dans les campagnes
habitant dans des taudis sordides.
Et pourtant le gouvernement indien a refusé l’aide des services sanitaires
internationaux pour faire face aux risques que constitue la grippe aviaire,
affirmant que l’Inde est en mesure de régler la crise toute seule. En même
temps qu’elle met en danger la population, cette attitude rigide et bornée
entrave le besoin d’une coordination scientifique et médicale internationale
qui permettrait de régler une crise mondiale, et non pas spécifiquement
indienne, qui touche maintenant une vingtaine de pays.
Une pandémie de grippe aviaire pourrait résulter en une véritable
catastrophe humaine en Inde et dans le reste du monde à cause de grands groupes
financiers avides de profits, secondés par des politiques gouvernementales qui
font fi de la santé de millions de personnes, et cela pour des vulgaires
raisons commerciales et de réductions de coûts.
4 March 2006; World Socialist Web Site
http://www.wsws.org/articles/2006/m...
VOIR également:
Roche s’enrichit avec le risque de pandémie aviaire et prévoit 2
milliards d’euros de bénéfices
http://www.local.attac.org/marseill...
OMC et génériques, dossier par Act-Up
http://www.actupparis.org/propriete...
Commentaires
Hello,
L'arrivée du printemps et le CPE nous détournent du sujet de la grippe aviaire.
Pour autant l'OMS reste vigilante.
Nous sommes toujours en phase 3 de l'alerte, le stade pré-pandémique.
On aurait tort de prendre à la légère le phénomène d'autant que la période
d'incubation peut nous révéler, plus tard, une très désagréable surprise.
Pensons aux vacances pendant que le virus prends des forces.
Son objectif est de vivre, par tous les moyens, y compris à nos dépends.
Les vaccins "trouvés" pour l'homme sont complétement bidons
car on ne sait pas encore à quoi va ressembler le futur virus.
L'industrie pharma a pour habitude louable d'étudier de nombreuses années
un virus avant d'en faire un vaccin, c'est à dire un virus sans danger inoculable.
Ici, nous avons affaire à de la manipulation digne de l'apprenti sorcier
en introduisant un virus dont on sait finalement peu de choses.
Dans le cas présent, nous n'avons aucun recul puisque
ce virus mutant n'existe pas encore.
Un site plutôt bien renseigné auprès de l'OMS, de l'AFSSA ainsi
que d'autres sources fiables et officielles nous instruit sur les risques
de la pandémie de grippe aviaire :
www.grippe-aviaire-infos....
Serge