Salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose
Par emcee le mardi 24 janvier 2006, 12:39 - Féodalité, précarité, pauvreté, Big Brother, Douce France - Lien permanent
Médias et pouvoir politique s’acharnent contre les citoyens ordinaires. La démocratie et la justice n’en sortent pas grandies une fois de plus.
Au pilori, les vulnérables, au pilori!

Les chiffres frappants de la violence anti-profs
« Après l'agression dont une enseignante d'Etampes a été victime, en décembre dernier, le ministère de l'Education, sans minimiser l'affaire, a tenu à calmer le jeu. Tout en soulignant la rareté de ce genre d'incident, les services de Gilles de Robien ont rappelé que le nombre de violences (de toute nature) recensées dans les établissements scolaires était resté presque stable en 2004-2005 : 1% d'augmentation par rapport à la précédente année scolaire. Mais le ministre s'est abstenu de faire allusion aux conclusions d'une note que lui a remise en novembre sa Direction de l'Evaluation et de la Prospective (DEP): les violences contre les enseignants - encore un prof agressé le 16 janvier à Vitry-sur-Seine - ont, en deux ans, crû de 9 %.
Parmi ces 12586 « incidents » (selon le terme de la DEP) plus de 1000 «violences physiques sans arme » (de la bousculade aux coups) et 129 « violences physiques avec arme ou arme par destination » (chaise, bâton, couteau et, surtout, jet d'objet). Enfin, près de 600 profs ont vu leur véhicule endommagé sur leur lieu de travail.
Cours de casse
A côté de ces joies de la vie de collège ou de lycée, les «insultes ou menaces graves» (10000 recensées) qu'endurent ces fonctionnaires paraissent presque banales. La preuve? Huit pour cent seulement d'entre elles ont fait l'objet de plaintes au commissariat. En partie parce que, précise la note, «sauf cas particulier » (menaces de mort, injures racistes ou homophobes notamment), cet acte n'est pas pénalement "poursuivable"».
Il n’empêche: les enseignants - et chacun, du syndicaliste au ministre, le déplore - font rarement état devant la police des menaces dont ils sont l'objet. Confrontés à ce même type de violence, les élèves ou leur famille, eux, portent plainte dans 15 % des cas. Même les violences avec arme n'ont donné lieu à un «signalement» aux services de police ou de gendarmerie que dans deux cas sur cinq! A peine mieux que les violences sans arme : 26% de plaintes.
Et le ministère de s'interroger : «Ceci traduit-il une préférence accordée à un règlement "en interne"; la volonté de restreindre la publicité autour de l'affaire, le peu de crédit porté à l'action judiciaire, la crainte de représailles ? Il faut noter que, pour ces actes, l’auteur est neuf fois sur dix un élève ».
Autre raison à ce manque de réaction, l’isolement dans lequel se trouvent certains enseignants confrontés à la violence. Peu en contact avec leurs collègues, insuffisamment soutenus par leur chef d'établissement, d'abord soucieux de la réputation du bahut, ils préfèrent souvent se taire plutôt que de donner l'image d'un maître débordé et manquant d'autorité.
Depuis quelques mois, Gilles de Robien a annoncé une foule de mesures susceptibles de faire reculer le nombre d'«incidents», comme l'installation dans les établissements de caméras, de portiques de sécurité, ainsi que de permanences policières. Et, tout récemment, un projet de circulaire en forme de mode d'emploi pour profs agressés. Innovations qui n'ont pas toutes soulevé l’enthousiasme.
En revanche, il a peu travaillé sur une mesure qui, elle, fait l'unanimité : pousser enseignants, personnels et chefs d'établissement à réfléchir et réagir collectivement après chaque incident. Et à déculpabiliser les victimes. Cette solidarité est l'une des clés de la réussite dans les pays où la violence recule.
Seconde piste délaissée par le ministre : augmenter le nombre d'infirmières, de psychologues, d'assistantes sociales et de surveillants théoriquement présents dans tous les bahuts. Il n'est pas rare que les professionnels de santé aient en charge plus de 3 000 élèves chacun. Facile, dans ces conditions, de détecter, d'aider ou de réorienter les élèves capables, un jour, de déraper.
.lean-François Julliard
le Canard Enchaîné, mercredi 18 janvier 2006
Moi ce que j’en dis de tout ça …
Voici un excellent article que j’ai repiqué dans le Canard de cette semaine. Je sais, ce n’est pas bien. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas trop. En tous cas, il en reste encore plein à lire (des articles) dans leur canard qui sont également intéressants mais il se trouve que celui-là, il tombe pilepoil dans le sujet qui m’interpelle cette semaine : le Ministre de l’Intérieur Adjoint.
Pourquoi ce nom ? Ben d’abord, parce que depuis quelques temps il semble marquer le titulaire à la culotte, puis parce que toutes les solutions qu’il préconise sont répressives et iniques et, finalement, parce qu’il donne des chiffres tout aussi faux que son collègue pour justifier des mesures irréfléchies afin de coller à une idéologie émétique.
Mais revenons à nos moutons :
L’article ci-dessus dit : Et le ministère de s'interroger : «Ceci traduit-il une préférence accordée à un règlement "en interne"; la volonté de restreindre la publicité autour de l'affaire, le peu de crédit porté à l'action judiciaire, la crainte de représailles ? »
Qui est-ce ce mystérieux « ministère » ? le ministre ?
Parce que si c’est le ministre soi-même, il y a encore du mouron a se faire.
En effet, pour l’affaire d’Etampes, celui-ci a déclaré : « Ce que je sais, ce que je peux dire, avec des éléments objectifs, c'est qu'il n'y a pas de fautes caractérisées ou de fautes graves dans cet établissement ».
Et voilà comment il soutient une enseignante qui s’est fait poignarder en cours. Poignardée une deuxième fois.
Dans le dos, cette fois-ci.
Si on lui tend encore un micro à propos de cette affaire, le ministre du B-A BA et de l’illettrisme généralisé va finir par dire, pour dédouaner encore un peu plus la « hiérarchie », que c’est en fait la prof qui s’est jetée à plusieurs reprises sur le couteau.
Toute cette hiérarchie, bien installée dans son fauteuil aérodynamique, la paie plus que confortable qui tombe à la fin du mois, les privilèges de notable et l’allégeance aux puissants, qui se couvre lâchement et crache dans la presse sur une enseignante de 27 ans jetée par leurs soins en pâture à des ados… Cette hiérarchie, disais-je, elle serait subitement frappée d’empathie pour une frêle enseignante qu’elle méprise profondément, comme ses congénères?
Vous avez essayé de parler de vos problèmes à vos supérieurs ? Il vous ont dit quoi ? Plus ou moins directement : « c’est VOTRE problème ». Et en plus, quand ils vous noteront, ils s’empresseront de laisser entendre sournoisement que vous êtes « fragile », que vos nerfs lâchent un peu trop vite, ce que les supérieurs retranscriront immanquablement par : « hystérique qui ne sait pas ‘tenir’ une classe ».
Les chefs d’établissement ont pour consigne : « pas de vagues, surtout » au risque de recevoir un blâme ou pire. Alors, les enseignants ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Autant ne rien dire. A personne. Chacun son « problème ».
Mais le ministre persiste :
"Je dis aux enseignants: surtout exprimez-vous. N'hésitez pas à aller voir la hiérarchie, n'hésitez pas à porter plainte, que la hiérarchie vous dise d'y aller ou ne vous le dise pas, faites des signalements, écrivez sur les mains courantes des commissariats, rapprochez-vous le cas échéant des procureurs de la République.
Oui, c’est cela. On y court.
Pour d’autres réflexions sur le sujet, voir ici :
Lire également : « Ecole : non au renoncement »
par Samuel JOHSUA, Philippe MEIRIEU et Jean-Yves ROCHEX
http://www.liberation.fr/page.php?Article=349307

AUTRE CAS QUE LE MINISTRE DOIT TRAITER CES JOURS-CI:

tiré de: "L'assiette au beurre"
Oh, ce n’est pas l’affaire Dreyfus, mais certains ingrédients y sont, comme la dénonciation et l'arbitraire de l'intolérance. La première différence c’est qu’ici, il n’y pas d’opposition digne de ce nom pour dire : « J’ACCUSE ». Le co*sensu*l, quoi.
L’affaire de la r*voc*ti*n d’un pr*vi*s*ur
(NB : je vais crypter certains mots afin que mon site n’apparaisse pas dans les requêtes de quelque p*rv*rs sur Gogole, comme cela s’est produit pour la personne citée).
Vous connaissez l’histoire, sans doute. Un pr*vi écrivait sur un blog une sorte de carnet de bord où il parlait de trucs qui se passaient dans son bahut, de petits (ou grands) riens de sa vie, de collègues qu’il côtoyait pour qui il n’était pas forcément tendre mais pas non plus odieux. Sans jamais citer de nom (on trouve sur le ouèbe des vestiges de ses écrits). Il y disait aussi sa solitude.
Rien de bien méchant. Et jusque là, tout ce qu’il y a d’anodin, me semble-t-il.
Oui mais voilà, il y avait un détail croustillant dans sa vie si bien rangée : il est hmxuoeseol ! Et il le dit. Il ne raconte même pas d’anecdotes amusantes ou groivises sur ses amours ou ses rencontres (juste il a mis une pub de m*cs en silp). Vraiment pas de quoi fouetter un chat. D’autant qu’il change de casquette et ne pratique jamais l’amalgame (voir plus de détails sur Wikipedia, rubrique …R*bien. Mais oui, mais oui, le min*st*e).
Des malintentionnés sont tombés sur le blog, ont reconnu le gars et l’ont dénoncé. Suspendu en septembre, il a été rév*q*é (= mis à la rue tout nu tout cru) en janvier à la suite d’une procédure interne.
S’il avait dit qu’il faisait venir dans le secret de son bureau des j*unes f*lles reb*lles mais g*rondes, qu’il les obligeait à se d*shab*ll*r ou qu’il leur faisait subir le « Monica treatment » et plein d’autres coch*n*eri*s htrééos même si non-déontologiques (fantasmes ou pas), les délateurs se seraient passé l’adresse du site sous le manteau en riant sous cape.
Il aurait pu dire aussi qu’en rentrant du bureau, pour se défouler, il battait sa femme. Cela n’aurait même pas amené un froncement de sourcils.
A l’annonce de la r*v*cat*on : br*nle-bas sur le ouèbe (pétitions, indignation, forums, etc.).
Le m*n*st*e de l’éduc finit-il par entendre parler de l’affaire ? (lui qui venait tout juste de se débarrasser d’Etampes !). Il se jette (tardivement) dans la mêlée et déclare publiquement avoir examiné le recours du fonctionnaire et compte "arrêter prochainement une décision mieux proportionnée à la faute commise." Comment, « mieux proportionnée » ?
DONC, comme pour le premier cas cité, cet homme est déjà condamné sur la place publique. Il aura juste un allègement de peine. Monsieur est bien brave.
Méthode Sharko : on fait une annonce urbi et orbi d’abord et APRES on prend une décision de « justice » (je ne dis pas « on réfléchit » parce que …).
Seulement, voilà, si on comprend bien: ce fonctionnaire n’a commis aucune indiscrétion, n’a pas mélangé boulot et s*x*, n’a jamais été équivoque dans ses propos, n’a jamais tenté de faire du prosélytisme (celui-là je le mets en entier : ça m’étonnerait qu’il sorte bien orthographié par les gévris du prono …).
Où est la faute, alors ? Je ne vois pas. A moins que ce soit sa déclaration sur ses orientations se*u*lles?
Et dans ce cas, il faudra que le ministre le dise. Clairement.
Jetés par la hiérarchie en pâture aux prédateurs médiatiques avides de sang, de sordide et de trivial (dont Libé qui s’est empressé de relayer l’ «info » sans états d’âme excessifs) le nom, la photo, le lieu de travail de cet homme ont été largement étalés dans les journaux.

Pour les cathos et autres chrétiens,
l'ostracisme cela remonte à la nuit des temps.
Pendant ce temps, les délateurs, eux, sont bien au chaud derrière leurs écrans, tapis dans l’ombre, à se réjouir peut-être des retombées inespérées de leur sale boulot, prêts à rebondir. A partir pour une nouvelle aventure. On ne saura jamais qui ils sont. Ce sont les précieux auxiliaires que ce gouvernement appelle de tous ses vœux. Ce gouvernement veut faire de chacun un collaborateur de la justice et de la police. « Collaborateur » ... ça ne vous rappelle rien?
D’autre part, il a décidé de réduire à sa plus simple expression la fonction publique. Alors en voilà une bonne idée : jeter l’opprobre sur les fonctionnaires les uns après les autres. Les montrer du doigt pour que se distille le venin dans l’opinion publique, prête à tout gober.
Deux d’un coup en un trimestre : il n’y a pas de petit profit. Et la fin justifie les moyens, n’est ce pas ?
A qui le tour maintenant?

DERNIERES NOUVELLES... DERNIERES NOUVELLES...DERNIERES NOUVELLES...
Le MINI-stre de l'EN a pris sa décision le 3 février: sanctionner quand même.
Le silence sur cette affaire a été assourdissant. Il y a des tabous qui ont la vie dure...
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-737862@51-727021,0.html
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