Ca sent le soufre dans les quartiers pauvres ? Ils n’ont pas fini de souffrir
Par emcee le samedi 24 décembre 2005, 15:26 - Féodalité, précarité, pauvreté, Big Brother, Douce France - Lien permanent
Le ministre de l’Education leur sert un cocktail explosif : suppression de la méthode globale, suppression de moyens et des flics partout. Il s’appelle Robien.

Le ministre de l’Education revient en force. Lui qu’on avait peu entendu pendant les émeutes dans les quartiers a fini par prendre les mesures urgentes qui s’imposaient et :
- Vouer aux gémonies la méthode globale, responsable, selon lui (et quasiment lui seul), des difficultés scolaires et donc des problèmes des banlieues, sans doute. Et il va exiger que, dès janvier 2006, les inspecteurs veillent à ce que disparaisse définitivement cette monstruosité. Pas de bon point pour le ministre : il ne sait pas que cette méthode n'est pratiquement plus utilisée depuis les années 1970-80. Encore un emploi précaire sans formation. Décidément, c'est une manie.
- Supprimer les Zep pour donner des moyens supplémentaires à de Super-Zep (résultat : pas plus de frais – si ce n’est moins- on bouge les pions mais on est toujours au même endroit).
Mais, il faudra procéder à un tri : qui sera élu Super-Zep et quels seront les maillons faibles ?
On pourrait faire ça à la télé en demandant aux téléspectateurs de téléphoner, non ? En plus, ça rapporterait de la thune. Attendez, ce n’est pas plus aléatoire et inconsidéré qu’une décision ministérielle par les temps qui courent! Et certainement plus festif. Pour la Courneuve, tapez UN, pour Ivry, tapez DEUX, pour Clichy, TAPEZ FORT. Alors … alors ? … alors ? Voyons … c’est ..La-Cour-neu-ve ! Bravo La Courneuve !
Désolé pour les perdants. Mais vous n’avez pas tout perdu : vous avez droit à un cadeau de consolation PHE-NO-ME-NAL, mais oui, mais oui, on va organiser Intervilles chez vous cet été. Et avec l’argent recueilli, on mettra des caméras partout dans les écoles. Merci, qui ?
Et les vrais perdants, les déchus du statut de ZEP? Système D. Comme dépouillement.
Réforme des ZEP :
http://info.france2.fr/education/16534089-fr.php
- Faire rentrer les flics à l’école (d’après ce que j’ai entendu dire, eux ne voudraient pas. On les comprend : ils ne sont pas familiers des lieux).
Extraits de l’article paru dans Libération le 19 décembre 05 :
«Pour Robien, fini de «tergiverser» sur la présence policière à l'école »
http://www.liberation.fr/page.php?Article=346129
« Des magistrats et des policiers pour permettre «aux profs, aux personnels, de pouvoir se confier» (sic). Avec Nicolas Sarkozy et les partenaires sociaux, j'aimerais réfléchir à une permanence, une fois, deux fois, trois fois par semaine le cas échéant, de la justice ou de la police ».
Et alleï, encore des flics ! D’abord, cela met une fois de plus en selle le ministre de l’Intérieur qui écope de la casquette de surgé-chef – une qu’il n’avait pas encore.
Mais après, ils vont les trouver où, les flics et magistrats formés pour recueillir les confidences des profs en détresse ? Et puis, QUELLES «confidences »?
On imagine la scène : le flic de base local qui vient tenir la permanence au collège du coin. Et les profs qui viennent raconter leurs malheurs à ce brave flic. « M’sieur l’Agent, y a Rachid qui me traite : qu’est-ce que je peux faire ? ».
Et qu’est-ce qu’il en fera des infos, le brave flic ? qu’est-ce que c’est que ce mélange des genres ? Où il a vu que les flics (ou les magistrats) étaient destinés à recueillir des « confidences » ? Y aurait-il un changement de statut dans l’air ? Va t-on confier désormais le rôle de nounou aux flics? («Bon, allez, toi Marcel, tu vas à la Maternelle, ce matin ». « Oh, et pourquoi toujours moi de corvée de chiottes? » «parce que tu le vaux bien, ah ! ah ! ah !»).
Garde-chiourme, ils ne semblaient pourtant pas en prendre la voie, ces derniers temps, les pandores. A part dans leurs locaux feutrés, bien sûr. Ils ne semblaient pas non plus avoir un penchant naturel pour l’écoute et le dialogue.
« Objectif: rassurer les professeurs, bien sûr, mais aussi permettre aux policiers de savoir ce qui se passe à l'intérieur de l'école: «Je crois qu'il ne faut pas tergiverser, on a trop longtemps tergiversé sur, par exemple, la présence de la police aux abords des établissements scolaires, à l'intérieur des établissements: l'Ecole est un lieu de la République qui doit assurer une sérénité pour l'enseignement ».
La Ré-pu-bli-que ! le grand mot est lâché. Dès qu’ils prennent des mesures qui vont justement à l’encontre des principes de la République, ils nous sortent ça. On va finir par plus y croire, à leur Ré-pu-bli-que.
(Cela, si on y croit encore. moi, j’ai des doutes parce que si n’importe qui peut faire n’importe quoi, contre l’avis de la majorité des citoyens, c’est qu’il y a une faille dans le système).
« Rassurer les profs » : est-ce que les policiers seront armés ? («Assieds-toi, j'te dis. Tu bouges, je te bute, compris? »). Pas sûr qu'ils soient rassurés et sereins, les profs, avec un type armé pour passer la craie ou effacer le tableau.
Et combien y en aura-t-il dans chaque établissement?
Et les caméras ? Va bien falloir en installer quelques-unes : la police dit elle-même qu’elle peut pas être partout. Ce qu’on pourrait faire, pour éviter tout ce personnel qui circulera dans les couloirs et dans les classes : on met des caméras partout et on installe un flic dans un réduit avec les télés à surveiller tout le monde.
Ca fait marcher le commerce des caméras (l'assurance des caméras, le réparateur des caméras...), ça coûte rien en personnel (on peut même en enlever encore un peu) et tout le monde est content: le marchand de caméras, le ministre, les flics qui n’ont plus à venir à l’école et le vieux flic à quelques mois de la retraite qui n’aura plus besoin de se colleter dans la rue avec les voyous qui, eux, auront abandonné l’école à 14 ans car ils n’auront pas trouvé de stage.
Ils y ont pensé, aux caméras ? M’étonnerait pas. Il y en a déjà partout où on va. Manquait plus qu’à l’école. Et des portiques. Penser aux portiques à l’entrée. Un portique, trop classe! Yo! comme aux Stètz, man! Si ça se trouve, cela va faire revenir à l'école les petits délinquants qui vendent du shit aux abords des lycées. Ca et la sacoche Nike distribuée gratos avec les livres McDo et les cahiers Lewis.
« (…) permettre aux policiers de savoir ce qui se passe à l'intérieur de l'école (…). (Il est) très important que les forces de police et de justice soient au courant de menaces». Il ne faut pas que les enseignants hésitent à porter plainte, quelquefois ils hésitent en se disant: “Ça va faire pire que mieux“».
Ah, c’est plus clair. Donc, l’idée, ce n’est pas que les profs se « confient » mais qu’ils dénoncent. Et tout de suite. Pas la peine de «tergiverser ». Alors, si tu vas pas au commissariat, le commissariat viendra-t-à-toi.
Des délateurs, voilà ce qu’on veut faire des enseignants. Comme cela a été essayé, sans succès apparent pour l’instant, avec les éducateurs.
Les chefs d’établissement, les instits, les éducateurs, les assistantes sociales, voire, pourquoi pas, les infirmières et les médecins scolaires mais aussi les autres « partenaires sociaux », comme le patronat local : tous ensemble, main dans la main avec les flics, à traquer le futur délinquant, à ficher les élèves. Comme cela, on pourra plus facilement couper les vivres aux parents indignes ou emprisonner leurs rejetons (direct de l'école à la prison, sans les intermédiaires agaçants). TAPER FORT, donc. Sinon, ce sera du bricolage et on n’arrivera jamais à remplir les prisons privées qui vont fleurir sous peu.
Je m’égare ? Mais, non. S’ils repassent, ces gens-là, ils vont commencer par ça. En 2007, si je n’ai pas sombré dans l’autisme, l’amnésie ou la mélancolie ou les trois à la fois, je vous rappellerai les références de ce billet.
Et quand elle est construite, la prison, elle est là pour rester (d’ailleurs, placée où elle sera placée, elle pourra même pas être recyclée en club de vacances pour les orphelins des clients de la Police) alors, autant la remplir pour la rentabiliser !
Mais revenons au ministre de la lumière :
« On peut avoir beaucoup de connaissances, les transmettre et ne pas forcément avoir suffisamment d'autorité dans des cas comme celui-là: je crois que ça s'apprend ».
« Ne pas avoir suffisamment d’autorité dans des cas comme celui-là » :
DONC, le problème, ce n’est pas l’indigence des moyens, la disparition du personnel d’encadrement, les difficultés que rencontrent les jeunes et leurs familles, la suppression de structures-relais, l’absence d’écoute de la hiérarchie. Non, non, non, le problème, c’est que si cette malheureuse enseignante a fini poignardée (et même pas par un qu’elle avait repéré comme dangereux, l'idiote, puisqu'elle s'était même trompée de classe!), c’est qu’elle n’avait PAS ASSEZ d’AUTORITE. .
Ben voyons !
Déclarer publiquement des choses pareilles montre de façon flagrante une ignorance crasse de ce que représente le métier d’enseignant et les difficultés quotidiennes à affronter.
Comment peut-il tenir de tels propos quand son gouvernement a fait enlever des écoles la majorité du personnel formé et compétent et qu’il a laissé les profs débrouiller seuls tous les problèmes qui surgissent dans des classes pléthoriques avec des adolescents souvent mal dans la vie et mal dans leur peau ?
Comment peut-il demander à des enseignants de remplacer toute une chaîne de professionnels et les accuser ensuite de «manque d’autorité» ?
Comment le ministre de l’EDUCATION (excusez du peu) peut-il dire cela alors qu’il est lui-même protégé (sans doute 24h/24) contre d’éventuelles agressions ?
Quand ils se rendent en banlieue (et ailleurs) tous ces fanfarons de ministres sont entourés de cordons de CRS car ils sont morts de trouille mais une femme, elle, peut très bien entrer dans une salle avec 35 ados pas forcément attentifs et elle se doit de gérer tout son monde, sinon elle « manque d’autorité » ?
C’est volontairement blessant et indigne de la part d’un ministre qui, loin de reconnaître le courage quotidien de ces laissés pour compte, les montre du doigt, caché derrière une horde de gardes du corps.
En conclusion, dès que les ministres arrivent avec une idée nouvelle, c’est pour faire pire qu’avant. Ici, trois idées nouvelles : trois fois pire.
Arrêtez donc le train de réformes, Messieurs les ministres (je ne dis pas Mesdames, parce qu’à part la ministre des armées, je n’en connais pas. Et dans le secteur, des réformes, il n’y en a pas beaucoup. Même avec les effectifs en baisse, le budget reste le même, c’est dire.).
Arrêtez tout! Et ... cassez-vous.

Commentaires
pour les sdf il sont mal