Le ministre de la Com’ sur France-Intérieur : «La France sombre ».
Par emcee le mercredi 21 décembre 2005, 00:05 - Banlieues, quartiers chauds: "embrasons-nous, folles villes" - Lien permanent
Et d’abord, Le saviez vous ? c’est pourtant arrivé près de chez vous...
Retour sur une info passée pratiquement inaperçue : « Une manif de chasseurs dégénère en émeute ».
Plus fort que les banlieues et ... "même pas mal!".

La ville de Rouen a été samedi 17 décembre dans l'après-midi, pendant trois
heures, le théâtre d'affrontements entre des chasseurs et les forces de
l'ordre. Le calme est revenu vers 19h après de violents incidents.
Des voitures ont été cassées, des feux tricolores renversés, des lampadaires
arrachés, et des oeufs, des bouteilles et des bombes de peinture ont été
lancées contre la préfecture de Seine-Maritime. Des vitres du bâtiment,
touchées par des projectiles, ont volé en éclat, selon un témoin.
L’appel à la manifestation était lancé par un groupement de chasseurs en
colère du Grand Ouest, qui réclamait l'abrogation de l'arrêté du 24octobre
dernier leur interdisant de chasser avec des appelants vivants. Près de 3.000
chasseurs, selon les organisateurs, 2.000, selon la police, étaient réunis
devant la préfecture de Seine-Maritime.
Vers 15h, le préfet de la région Haute-Normandie a reçu les représentants
des différentes fédérations de quatre départements normands (Seine-Maritime,
Eure, Manche, Calvados).
"Le préfet a compris ce qui se passait, et le message est passé ».
Il nous a affirmé qu'il allait transmettre nos revendications auprès du
ministère", a assuré à la sortie de la réunion Didier Vergy, président de la
fédération du Calvados de Chasse, Pêche, Nature et Tradition (CPNT).
Mécontents des négociations, les chasseurs les plus virulents ont commencé à
charger les forces de l'ordre qui ont aussitôt riposté en envoyant des grenades
lacrymogènes. Pendant trois heures, chasseurs et manifestants se sont
violemment opposés.
Les représentants des différentes fédérations ont aussitôt condamné les
violences. Les chasseurs ont confié "ne pas vouloir en rester là". Ils se
disent prêts à durcir le mouvement si leurs revendications ne sont pas prises
en compte.
Les CRS ont eu des difficultés à les disperser. Le calme est revenu peu à
peu vers 19h.
( NOUVELOBS.COM | 18.12.05 | 16:50 et AP.).
Tirez pas sur la chasse.
Je n’ai pas entendu si à la suite de ces violences urbaines
il y avait eu des arrestations et des menaces de renvoi à la frontière pour les
émeutiers en situation irrégulière. On ne sait pas non plus si des sanctions
seront prises pour ces voyous qui se sont attaqués aux biens de
malheureux travailleurs, à des symboles de l’Etat et à la Police de la
République. Le couvre-feu sera-t-il appliqué?
C'est très flou. La presse est restée étonnamment peu prolixe sur les
faits, sans doute pour ne pas entraîner un effet boule de neige comme on l’a vu
pour des événements précédents où s’est développée une surenchère stupide de la
prise de trophées, au grand dam du gouvernement débordé. Ou alors, je ne
comprends pas.
Enfin, si, je comprends : il n’y avait rien à redire dans ce
cas précis parce que les chasseurs en colère exprimaient un ras le bol bien
légitime. Et qu’ils cherchaient seulement à défendre des droits fondamentaux et
vitaux et à manifester leur colère devant la dégradation de leurs conditions,
la surdité du gouvernement et son mépris pour les grandes causes et leur
résolution. Alors, ils se sont un tout petit peu énervés. Pas grave. Au moins,
cela permettait aux CRS de se dégourdir un peu les jambes après quelques
semaines d’inaction. Sinon, ils se rouillent trop. D’ailleurs, ça s’est
vu : pendant les «émeutes des banlieues », combien ont été arrêtés ?
Des centaines. Et là ? Pas un seul. En peu de temps, on
leur a plombé les ailes, aux poulets. C'est pour ça qu'ils rouillent, sans
doute.
Lundi matin 19 décembre, sur France Inter, l’Intérieur n’en a pas
soufflé mot, de cette histoire (et on ne pouvait pas compter sur Paoli pour le
guingasser sur le sujet).
L’Intérieur, lui, était encore tout retourné par ce voyou qui a
aspergé une personne handicapée d’essence et qui y a mis le feu. Cette
histoire, ça a dû le contrarier, il n’arrête pas d’en parler ; on ne sait
pas ce qu’il est advenu in fine de cette infortunée personne mais là n’est pas
le propos du ministre. Elle doit être morte dans d’atroces souffrances,
probablement, pour qu’il manifeste autant d’affliction et de compassion. Après
tout, il la connaissait pas, non?
Et aussi il a évoqué ce monstre qui a poignardé sa prof. Il a
expliqué qu’on n’en serait pas là si on avait agi à temps, dès la maternelle
(pourquoi si tard ? on ne peut pas créer des structures dans les crèches
?).
Pour lui, c’était de la plus haute importance. A la fin on comprend
bien ce que c'est que la « banlieue » : des vauriens qui agressent
sauvagement des individus parce qu’on ne les a pas assez punis quand ils
étaient petits. Y a pas à chercher plus loin.
Tout le reste est donc littérature ou affabulation. Tout devient si
simple quand c’est un ministre de ce gouvernement qui
explique!
Alors, comme c’est un homme sensible, on n’a peut-être pas voulu lui
encombrer les neurones avec des petits riens très anodins, des comportements de
potaches.
D’ailleurs, que viendrait faire au milieu de tant de barbarie cette
affaire de braves chasseurs animés par une juste colère qui se sont amusés à
bombarder amicalement la police avec des petits cailloux de rien du tout et à
lancer d’amusants projectiles divers et variés ou à égratigner tout ce qui ne
bougeait pas aussi ? Ils ont pas tiré avec leurs fusils, hein ?
Alors, où est le problème ? Pas la peine de mobiliser l’énergie d’un
ministre pour si peu. Il a tant à faire par ailleurs. Avec de vrais
délinquants: les voyous, comme il dit.
Sur France-Intérieur, le petit ministre a aussi parlé de ces gens
honnêtes qui se lèvent le matin pour aller travailler alors que d’autres vivent
de l’assistanat (parce qu’ils le veulent bien, évidemment, et que c’est top
confort). Et il a dit que c’était pas juste, que la France sombrait. Si,
si : il a dit : « La France sombre » (peut-être même aussi
à cause de ces « travailleurs » privilégiés et de leurs
revendications cyniques). Il a raison, le ministre : tous ces gens qui
profitent de l’Etat pour s’enrichir personnellement, c’est
scandaleux.
Il y a quand même un truc que je ne saisis pas bien, oh, juste un
détail : cela fait plus de trois ans et demi (eh, oui, c’est long !) qu’il
fait partie du gouvernement, trois ans et demi qu’il change tout en France pour
que ça aille mieux et la France, au lieu de relever la tête, elle pique de plus
en plus du nez ? Il y a un mystère à éclaircir ici, même si loin de moi
l’idée d’émettre un quelconque jugement à l’encontre de ce gouvernement qui se
donne bien du mal.
Bon, j’en étais où … Ah oui : après, il a expliqué qu’il n’y
avait pas besoin de logements sociaux parce que les gens en fait aspiraient à
devenir propriétaires. Et puis aussi, s’il y avait pas de logements sociaux
c’est que les gens quand, finalement, ils s’y installaient, ils ne voulaient
plus céder la place aux autres. Il a dit « quand on a un HLM, on le
garde ».
Tous ces gens qui sont accrochés à leurs barres et leur petit
confort mesquin, si c’est pas une honte ! Ils s’incrustent et refusent de
renvoyer l’ascenseur à d’autres.. Bon d’accord, il est souvent en panne
l’ascenseur, mais est-ce une raison pour le monopoliser ? Et pendant ce
temps, y en a qui attendent. C’est aussi simple que ça. Comme il dit ; on
a mis des logements sociaux et des barres partout dans la banlieue-est de
Paris, on va pas maintenant en construire partout à l’ouest. Ben oui, ce serait
moche, tous ces pauvres avec leur linge aux fenêtres, leur parabole et les
vélos volés sur les balcons.__
Et à Neuilly, quelle est la situation ? a demandé, sournois, le
Paoli. Apparemment, tout est en règle. Tout va bien. Pas une seule infraction à
l’horizon.
En revanche, il ne nous a toujours pas dit comment cela se fait que
ces trois gamins ... euh ... voyous se sont retrouvés stupidement dans
un transformateur EDF (cela dit en passant, ils sont plus à nous, ces trucs-là
et si deux d’entre eux n’étaient pas morts, ils auraient pu être accusés à
juste titre de violation de propriété privée. Ah, y a de la chance que pour la
canaille !). Mais en ce moment, il est fâché avec les RG, alors on comprend
qu’il n’ait pas voulu s’abaisser à leur demander des comptes. Va savoir ce
qu’ils auraient encore inventé pour se rendre intéressants !
Finalement, le ministre a bien répété plusieurs fois que les gens en
ont marre : ils veulent plus vivre dans la peur d’être agressés à tout
moment par leur voisin de palier, un feignant et un profiteur. Donc, lui, il va
régler tout ça vite fait et tout le monde sera enfin
heureux.
Heureux, comme au pays de Candy.

Note au lecteur occasionnel qui s'égare parfois sur ce
blog:
Les illustrations de mes billets ne comporteront pas de photos de personnes
déjà bien trop médiatisées dans la presse traditionnelle.
Les noms de certains personnages seront également occultés, si
possible.
D'autre part, s'il m'est arrivé d'appeler l'Intérieur "le Nain", je ne le
ferai plus. Ce serait très désobligeant pour Thierry Lenain dont j'ai découvert
le blog récemment (voir lien page d'accueil) et qui n'a pas à pâtir (de même
que ceux qui ne sont pas très grands) des sobriquets dont on affuble parfois
méchamment, trop souvent gratuitement, les gens de petite taille.
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