Une si longue (file d') attente ...

Pour le tsunami, les téléspectateurs impuissants ont ressenti de la compassion, de la peine pour tous ces êtres humains qui vivaient un cauchemar. Chacun depuis son fauteuil aurait voulu aider, parrainer ces gens qui avaient tout perdu. C’est ainsi, d’ailleurs, que tant de personnes ont envoyé spontanément des dons, comme pour s’excuser de ne pas être sur place.

En Asie, les aides logistiques des Etats et les organisations humanitaires étaient aussitôt sur place pour épauler les autorités locales. Médecins, infirmières, secouristes, pompiers, etc. venus du monde entier se penchaient sur les victimes, des vivres étaient distribués pour tenter de ravitailler les sinistrés. Bien sûr, dans tout ce chaos, les secours furent parfois désordonnés, insuffisants et pas toujours bien efficaces ; les différents corps au coude à coude se gênaient peut-être les uns les autres mais au moins, nous qui observions cela avions l’impression qu’il y avait du monde sur place qui s’inquiétait.

Mais à la Nouvelle Orléans, ce même sentiment de compassion pour les sinistrés a vite été mêlé à un profond sentiment de gâchis, d’incrédulité et d’horreur. L’horreur et une immense colère. Une colère mondiale.

Car devant nos écrans défilaient des images sans fin de personnes en perdition qui attendaient qu’on les tire du piège dans lequel la montée des eaux les avaient enfermées.

Et d’aide, il n’en venait point. Leur président l’avait refusée par mépris, arrogance et inconscience aux nombreux pays qui l’avaient spontanément offerte.

Ces milliers de sinistrés qui avaient réchappé à une terrible catastrophe naturelle, qui avaient perdu des êtres chers et tous leurs biens, devaient donc faire face à d’autres épreuves, tout aussi cruelles : être ignorés pendant de longs jours par les autorités; être abandonnés dans des conditions d’hygiène épouvantables par ceux-là mêmes qui auraient dû leur tendre la main ; être laissés là dans cet immense marigot où les enfants, les malades et les personnes âgées, voisins, amis, membres de leur famille souffraient terriblement et même mouraient faute de soins, d’eau et de nourriture, faute d’un peu d’amour, sous les yeux des autres, impuissants.

Mais POURQUOI?

Après avoir conseillé à la population de quitter la ville avant le passage de l’ouragan, les autorités ont peut-être estimé avoir fait amplement leur devoir?

Seulement voilà : ces gens-là (à tous les niveaux de responsabilité) n’avaient pas pensé à tout.

D’abord, ils avaient négligé de réparer cette digue qui menaçait depuis des années, mais évidemment, il fallait des sous et les sous il n’y en avait pas pour ça, puisque le président et ses fifres en avaient besoin encore et encore pour mater des peuples barbares et les remettre sur la bonne voie.

Et puis, l’état n’avait rien à voir là-dedans. La société privée qui était chargée de l’ entretien de la digue n’allait tout de même pas engager de tels frais, non ? Qu’auraient dit les actionnaires si leur argent avait été jeté par les fenêtres pour parer à un hypothétique et improbable accident ?

Les dirigeants n’avaient pas non plus imaginé que des millions de pauvres n’avaient même pas de quoi se payer un trajet d’autobus. Et que de toute façon… partir… Et pour aller OU ? Encore faut-il avoir un « ailleurs » possible.
Quand on est pauvre, on ne voyage pas. On ne peut pas. On n’a même jamais vu la mer. On passe sa vie autour du quartier où on est né. Le quartier, c’est la famille, les racines, le passé, le présent et le futur. En dehors, c’est déjà loin. Alors, aller plus loin encore …

Comment les autorités locales qui se sont fait élire par la population avec la promesse de les aider à avoir une vie meilleure ont-elles pu oublier la majorité des habitants de leur circonscription ? Comment ont-elles pu ignorer à ce point les conditions de vie et les besoins de leurs concitoyens ?

Quand G Bush, le président de tous les Américains (même si 75% d’entre eux au moins n’en voulaient pas expressément), s’est décidé à sortir du bois, il a fait des promesses et prononcé des mots creux, comme d’habitude. Mais cette fois-ci, personne ne pouvait y croire. La preuve du contraire était sur les images des postes de télévision du monde entier.

Le premier souci étant de protéger les biens privés, le président s’est d’abord préoccupé d’envoyer l’armée et la police (de toute façon, il n’avait pas d’autre idée) pour régler leur compte à ces pillards dont il avait entendu parler, ce qui avait frappé son imagination (façon de dire). Des « pillards sans scrupules » qui allaient chercher pour la majorité d’entre eux des produits de première nécessité que la grande Amérique était incapable de leur fournir.

Certes, il y avait des criminels, des vrais (la NO n’est-elle pas la ville où le taux de criminalité est le plus élevé ?), des bandes sans foi ni loi qui écumaient la ville.

Mais, ces criminels, qui les a réchauffés en son sein ? Qui les a abandonnés sans aucun espoir d’avenir, qui leur pilonne à longueur de journée que le bonheur, c’est la propriété et l’argent, qui les méprise et les nargue, qui leur montre le mauvais exemple, qui les arme?

Entend-on parler de pillages ailleurs, lors de catastrophes? Entend-on parler de personnes abandonnées par le reste de la population? Non, chacun protège l’autre.

A la Nouvelle Orléans, la solidarité n’a pas pu jouer à cause de la bêtise crasse des autorités et de leurs exécutants plus ou moins improvisés. Certains habitants expliquent qu’après avoir mis leur famille en sécurité, ils sont revenus pour prendre en charge d’autres personnes. D’autres faisaient la navette avec leur barque.
Mais les gardes-chiourmes qui déambulaient dans la ville (à défaut de sauveteurs expérimentés) le leur ont interdit, les privant de surcroît du seul réconfort quand on vit un drame: la chaleur de la solidarité, le bonheur d’avoir pu tendre une main secourable, le plaisir du partage.

Circulez, y a rien à voir. Cir-cu-lez, on vous dit ! Vous êtes sauvé ? alors de quoi vous vous mêlez ?

Et voilà ! un énorme gâchis parce que la politique du profit est incompatible avec la solidarité. Chacun pour sa peau dans un monde déshumanisé.

Sans des services publics adéquats, seuls ceux qui ont les moyens peuvent se tirer d’affaire (économies personnelles, assurances privées, moyen de locomotion, point de chute, etc.) . Car tout se monnaie, même le malheur et la souffrance. Encore plus probablement.

Où, à la NO, étaient donc les médecins, les infirmiers, les secouristes, les bénévoles, la Garde Nationale et tous les autres ? (Pour la garde nationale, elle a été retrouvée : elle avait été envoyée illégalement par Georgie Boy en Irak, qui avait besoin de chevaux frais).

Les pauvres se sont retrouvés pendant des jours parqués par milliers dans un stade sans aucun confort, sans hygiène, avec des rations de nourriture parcimonieuses.

Ensuite, on les a déposés quelque part au Texas ou ailleurs, avec un minimum d’aides où ils seront, sans nul doute, abandonnés. Laissés pour compte une fois encore, ils croupiront dans des ghettos reformés, loin de leurs racines, vulnérables au racisme et à la vindicte du reste de la population. S’ils ne finissent pas dans le couloir de la mort.

Et comme ces ultra-libéraux états-uniens ont une calculatrice dans le cœur, vous savez ce qui les émeut actuellement ? la re-cons-truc-tion. Là, ils vont se refaire. Ce n’est l’affaire que de quelques mois. Juste un mauvais quart d’heure à passer. Et ce sera la reprise. Youpi !

En plus, la NO, débarrassée de ces hordes de pauvres, les compagnies privées élues pourront enfin créer des quartiers bourgeois en lieu et place des anciens ghettos. Il y a du pognon en perspective, beaucoup de pognon, ouais !

Décidément, ce cyclone aura été un véritable nettoyage au karcher. A grande échelle.

Le monde entier a pu visualiser en direct les ravages de l’ultra-libéralisme. Tout y était, comme une caricature, et comme le dénonçaient les partis de gauche (la vraie) et que les autres ne voulaient pas croire : le cynisme des dirigeants, l’Etat policier en lieu et place de l’Etat solidaire, l’asservissement des populations, la misère, le manque d’autonomie, la discrimination, le démantèlement du tissu social et l’inhumanité qu’il génère.

Nous avons les mêmes en magasin, hélas. En 3 ans, ils ont déjà bien déblayé le terrain mais si, par malheur, ils repassaient en 2007, nous nous retrouverions comme aux Etats-Unis.

Adieu les services publics et tout ce qui constitue le tissu social. La France livrée aux compagnies privées qui feront leur beurre sur la misère. C’est déjà commencé.

Ce n’est PAS CE QUE NOUS VOULONS en France. Rappelez-vous : Chirac n’a pas été élu pour un quelconque programme consensuel libéral, il l’a été à cause de l’autre candidat en présence, dont l’ultra-libéralisme et l’idéologie basée sur l’exclusion et la discrimination étaient clairement affichés.

Si nous ne voulons pas du bruit des bottes, faisons en sorte que cela n’arrive JAMAIS.

Le petit minable de l’Intérieur, qui se sert de sa fonction comme tremplin électoral et qui multiplie les déclarations indécentes et porteuses de haine, ne passera pas le cap du premier tour des présidentielles si nous nous unissons. Les Français n’aiment pas les Rastignac. Moins encore que les aristos.

Quant à l’abruti du Texas, il devrait y retourner et y rester définitivement à caresser négligemment la croupe de ses chevaux. C’est encore ce qu’il sait le mieux faire.

A moins qu’il n’ouvre les portes de son ranch pour loger les malheureux qui ont tout perdu et qui n’ont aucun espoir de retrouver un toit décent. Il ne peut pas tous les prendre chez lui, mais un bon millier y serait à l’aise, je pense.

Ce serait le moins qu’il puisse faire pour réparer un tout petit peu son immense connerie. Pas sûr qu’elle soit réparable, toutefois. Il est né comme ça. Atavisme.

Eh, Georgie Boy, tu crois que ton Dieu est content de toi ? Tu es allé te confesser, au fait ? Comment, PAS-TA-FAUTE ?

PS: En France, pendant ce temps, les cerveaux chauffent. On va bien avoir d'ici peu une chanson là-dessus, du genre "Si les Ricains étaient pas prêts" ou "New-Orlinz-Baghdad", ou encore: "Ne m'appelez plus Louisiane"..

Question de faire feu de tout Bush...

emcee

Pour en savoir plus sur cette digue, lisez:

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