http//permanent.nouvelobs.com/ 26 août 2005

Les mesures annoncées par le ministre de l'Education m’amènent à formuler quelques réflexions, Oh, presque rien, rassurez-vous.

1. L’initiative gouvernementale : Il s’agit donc de recruter sur deux ans maximum à moindre frais des personnels précaires, sans qualifications spécifiques et mal rémunérés (combien d’heures devront-ils effectuer ? seront-ils employés à plein temps ou à temps partiel ?).

Cela ne vous rappelle rien? Mais si mais si, cela s’est passé pendant l’été. Rappelez-vous, ils vous en ont bien parlé sur la plage, les militants de l’UMP, non ? Ils n’ont pas omis de glorifier le Galouzeau et son lumineux «Contrat Nouvelle Embauche», tout de même?

Ben, cela fera toujours quelques chômeurs à rayer des statistiques. Puisque l’idée, c’est cela : faire baisser le taux de chômage pour quelques centimes de plus. N’ont jamais dit qu’en outre, ils voulaient le bonheur de ceux qui retrouveront du «travail ». Leur bonheur à eux leur suffit bien comme ça.

2. La réponse des syndicats d’enseignants « représentatifs »?

Si la solidarité et la lutte contre la précarité et la paupérisation ainsi que la défense des services publics ne sont pas des priorités gouvernementales (ils n’en sont pas là !), elles pourraient au moins figurer parmi les objectifs des syndicats, non ?

Or que lit-on dans les commentaires sur les déclarations des « responsables » syndicaux ? Qu’ils regrettent, qu’ils déplorent, qu’ils sont dubitatifs … Pas bien virulent tout ça. Cela voudrait donc dire que les affaires repartent normalement, comme pour une rentrée banale, avec les gémissements de rigueur …

Comme si le nouveau ministre n’avait pas entériné telle quelle derrière notre dos une réforme qui a été rejetée massivement par les intéressés eux-mêmes.

Comme si l’embauche hâtive de précaires au rabais, sans qualifications (et sans grand espoir d’en acquérir : n’est-ce pas à l’EN qu’on offre le moins de formation au personnel ?) et sur une période très courte en lieu et place de titulaires formés, c’était un pis-aller, ma foi, tolérable.

Comme si Le NON au TCE qui était, entre autres, motivé par le démantèlement des services publics – dont l’Education Nationale - n’avait été qu’une anecdotique et exotique saute d’humeur temporaire.

Que disent les leaders syndicaux des décisions gouvernementales éhontées? Le secrétaire général de l'UNSA-Education, Patrick Gonthier avoue qu'il "ne va pas cracher sur ces emplois et sur un renforcement du nombre d'adultes". Belle formule. Et si réaliste.

Et il ajoute : "les emplois-jeunes étaient des contrats sur cinq ans, donc une certaine stabilité, avec un salaire décent. Là, c'est à la fois flou et avec beaucoup de précarité et d'instabilité »

Voilà que les emplois-jeunes, créés eux aussi pour faire baisser les statistiques et certainement pas pour offrir une situation à ceux qui s’y sont résolus faute de meilleure perspective, deviennent la panacée pour l’UNSA. L’UNSA regrette les emplois jeunes (ces postes où le contractuel est mis à la porte au bout de cinq ans de bons et loyaux services) et déclare sans rire qu’ils apportaient une certaine stabilité.

Pour mémoire, rappelons au monsieur de l’UNSA ce qu’étaient les emplois-jeunes : les « emplois-jeunes » mis en place par le gouvernement social-démocrate ont fait les frais de la politique de soit-disant lutte contre le chômage : salaires honteux (et non pas « décents », comme il le prétend !), emploi quinquennal précaire, sans offre de formation solide à la clé, ni grand espoir d’intégration et cela au moment de la vie où on est censé se construire un avenir (fourchette : 23-30 ans). Excusez du peu.

Avec cela, leur statut et leur mission n’ayant jamais été clairement définis, ils ont souvent été utilisés comme bouche-trous dans les failles de personnel d’encadrement pour combler le manque de personnel statutaire dûment formé et rémunéré en conséquence. Toutes les conditions étaient ainsi requises pour les livrer à la merci des chefs d’établissements et d’autres petits chefs en veine d’autoritarisme.

Quant à être véritablement défendus par les grandes centrales syndicales, il aurait fallu pour cela qu’ils aient un avenir dans l’EN, non ?

L’UNSA déplore, d’autre part, le « flou » et « beaucoup de précarité et d’instabilité ». Ou comment parler pour ne rien dire. ("Cet été en Normandie, nous avons eu beaucoup de pluie" - "ah oui? combien?" - "je sais pas. Beaucoup"). C'est flou, ça, non?

Mais l’UNSA, c’est l’UNSA, on ne peut pas s’attendre à grand-chose de ce côté-là.

Voyons plutôt ce que propose la FSU, représentée par Gérard Aschieri qui, lui, déclare : "c'est plus un palliatif qu'une réponse aux besoins nécessaires. Ca ressemble beaucoup à du bricolage" (ça y ressemble?). M. Aschieri fait la moue. Il nous invente l’eau tiédasse.

Il a dit par ailleurs : « s’il n’a que ça en magasin, ce n’est pas suffisant ». Autrement dit : « Peut mieux faire. Copie incomplète ».

M. Aschieri se contenterait ainsi du nombre, à défaut de la « qualité » du personnel embauché. N’ « importe qui » ferait donc l’affaire pourvu que le compte soit bon: recrutement à la va-vite (à quelques jours de la rentrée, est-ce bien sérieux ? Mais, avec arrivages échelonnés jusqu'en décembre. Ca va être pratique) de personnel « kleenex » sans statut, sans tâches précises, sans formation préalable et sans espoir de promotion ou de titularisation ? et pour quel salaire?

Juste pour faire nombre ? C’est tout ce qu’exigent les fédérations syndicales « représentatives » de l’EN ? Il serait donc admis que les services publics ne se dotent désormais essentiellement que de personnel précaire, sous-payé et corvéable?

A part ça, si les gens sont trop cons pour accepter ces emplois, on n’y peut rien, n’est-ce pas ? On n’est pas là pour défendre toute la misère du monde.

Il est donc clair que ce n’est pas avec de telles déclarations qu’on va mobiliser les troupes pour déclencher une réaction virulente et massive aux attaques multiples du gouvernement. Aschieri sait comment arrêter une grève avant même qu’elle soit lancée.

Les « responsables » des syndicats représentatifs (j'ai du mal avec ce terme, je m'y fais pas!) de l’EN freinent des quatre fers et manifestent leur volonté d’entamer des négociations avec un gouvernement désavoué par tout le peuple de gauche (« Et si je t’en mets encore 5000, là, dans ton panier, ça va aller ? » - « Euh… c’est pas assez mais c’est un peu mieux » - « Je peux pas plus, tu sais, il y a Sarko, qui arrête pas de demander des effectifs et par les temps qui courent, vaut mieux des flics que des éducateurs, non ? 5000, pas plus, après, j’ai plus rien en stock » –« Mouais… Bon, va pour 5000 mais pas moins, hein ? » - « Tu me connais , non ? » - « Ben …euh… justement... »- « Pas de grève, alors? » - « oh, juste une petite symbolique quand tout le monde regardera ailleurs, comme d’hab. T’inquiète !).

Et voilà, emballez c’est pesé. La boutique peut tourner maintenant. Les négociants sont sur le pont.

Ils ont sorti les ardoises.